L’oecuménisme vu par le cardinal Kasper et le catholicos Aram Ier

Genève: Quarante ans de collaboration entre le COE et l’Eglise catholique

De Genève, Michel Bavarel

Genève, 18 novembre (Apic) Il y a 40 ans était créé le Groupe mixte de travail entre l’Eglise catholique romaine et le Conseil oecuménique des Eglises (COE). Célébré jeudi à Genève, cet anniversaire a été l’occasion pour le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens et pour le catholicos Aram Ier, président du Comité central du COE, de confronter leurs vues sur l’oecuménisme.

Organe consultatif, le Groupe mixte de travail s’est réuni pour la première fois à Bossey, près de Genève, en mai 1965, dans la foulée du Concile Vatican II qui allait s’achever quelques mois plus tard. Depuis, le paysage a changé, constatent tant le catholicos Aram Ier, de l’Eglise apostolique arménienne, que le cardinal Kasper. Les deux dignitaires ont tenu ensemble une conférence de presse avant de prononcer chacun une allocution au cours d’une manifestation publique au siège du COE.

« A la suite de Vatican II, il y a eu une époque de grande attente. Aujourd’hui, l’on est plus réaliste », relève le catholicos Aram Ier. Après avoir reconnu les progrès accomplis, le cardinal Kasper estime que l’on doit jeter un « regard critique » sur la situation présente du mouvement oecuménique. « Il a connu des temps forts, mais aussi des difficultés, des malentendus et des illusions ». Le cardinal rappelle cependant que, dès son élection, le pape Benoît XVI a réaffirmé « l’engagement irréversible » de l’Eglise catholique pour l’oecuménisme.

Un engagement qui ne laisse toutefois pas présager une prochaine entrée de l’Eglise romaine dans le COE comme membre à part entière. « Au Conseil oecuménique, nous ne devons donc pas nourrir de trop grands espoirs. Nous devons être patients », admet Aram Ier. C’est bien la tonalité de la rencontre. Pour le cardinal Kasper, le mouvement oecuménique se trouve actuellement dans une période de transition. Le prélat prend acte des fruits excellents du dialogue, mais ne peut ignorer les critiques selon lesquelles l’oecuménisme « est devenu un terme chargé négativement, un équivalent de relativisme doctrinal ».

Un énorme potentiel de division

« Aujourd’hui, nos Eglises sont plus divisées, à l’intérieur d’elles-mêmes et entre elles, sur des questions pastorales et éthiques que sur le plan doctrinal », estime le catholicos Aram Ier. C’est aussi l’avis du cardinal Kasper qui cite en particulier la morale sexuelle : « Autrefois, un large consensus existait, mais de nouvelles différences sont apparues. Elles portent un énorme potentiel de divisions et de tensions ».

Autre défi: l’émergence de nouvelles communautés de type pentecôtiste qui connaissent une formidable croissance, par exemple en Afrique ou au Brésil. Cela pose un problème à toutes les Eglises dites « historiques », appelées, selon le cardinal Kasper, à améliorer leur pastorale face à cette réalité. Quand on lui demande si l’on s’efforce d’engager un dialogue avec ces communautés, il répond que ce n’est pas facile, car le dialogue implique un respect mutuel. « Souvent, ces communautés n’adhèrent pas au mouvement oecuménique, quand elles ne lui sont pas ouvertement hostiles. »

De son côté, le catholicos Aram Ier rappelle à ce sujet l’idée, avancée il y a quelques années, de la création d’un « forum chrétien global » qui comprendrait également ces communautés. « Etant donné la progression de cette forme de christianisme, je me demande si le COE et l’Eglise catholique ne devraient pas assumer la responsabilité de promouvoir un rassemblement ».

« Dans un monde d’incertitudes et de tensions, les peuples aspirent de plus en plus à entendre la voix unie des Eglises », souligne par ailleurs le catholicos. Les divergences qui subsistent ne doivent pas conduire à un éloignement et à un isolement.

Faire ce qui est possible aujourd’hui

En effet, même si les deux partenaires ne partagent pas la même conception de l’oecuménisme et de ses buts ou même si catholiques et protestants ont une ecclésiologie différente, le président du Conseil pontifical pour l’unité comme celui du Comité central du COE affirment leur volonté de poursuivre sur la voie de la collaboration. « Nous voulons une nouvelle impulsion et un nouveau dynamisme », déclare le catholicos. « En ce début du 21ème siècle, le mouvement oecuménique a besoin d’une vision revitalisée et d’un esprit renouvelé. Cela ne signifie pas qu’on échafaude des utopies irréalistes. Au lieu de nous fixer sur l’impossible et de nous en irriter, nous devons faire ce qui est possible aujourd’hui », ajoute le cardinal.

« Sans risquer de trahir notre foi, nous pourrions aujourd’hui déjà accomplir ensemble beaucoup plus que ce que nous faisons », dit-il encore, évoquant en particulier une coopération dans les domaines du développement et de la sauvegarde de l’environnement ou des médias.

Les deux dignitaires religieux insistent encore sur la reconnaissance mutuelle du baptême. « Rebaptiser est anti-chrétien », dit avec force le catholicos Aram Ier. « Ce n’est pas acceptable, c’est un scandale », lui fait écho le cardinal Kasper.

Tous deux se retrouvent encore sur la nécessité d’un « oecuménisme spirituel », sinon, dit le cardinal Kasper, « il ne s’agit que d’une collaboration bureaucratique ». « J’accueille l’insistance de l’Eglise catholique sur la spiritualité. La renforcer est une priorité majeure pour nous tous », confirme le catholicos Aram Ier. (apic/mba/pr)

18 novembre 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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