Un des secrets les mieux entretenus du Vatican
Rome: De quoi est fait le quotidien de Benoît XVI ?
De Rome, Hervé Yannou, avec toute l’équipe d’I.MEDIA
Rome, 16 décembre 2005 (Apic) Au pied de l’obélisque de la place Saint-Pierre, la crèche de Noël est presque achevée. Benoît XVI inaugura, le 16 décembre en soirée, le sapin colossal qui la domine. Depuis ses appartements privés au troisième étage du palais apostolique, il aura une vue imprenable sur les illuminations de Noël de la place Saint-Pierre. Il y a cent ans que les papes ont élu domicile au troisième étage du palais, mais depuis l’élection de Joseph Ratzinger, la vie quotidienne dans l’appartement pontifical est l’un des secrets les mieux entretenus du Vatican.
Avec Benoît XVI, les portes de l’appartement pontifical se sont refermées. Jean-Paul II en avait pourtant fait un foyer chaleureux. Il recevait chaque matin pour sa messe privée, ne déjeunait et ne dînait presque jamais seul. Aujourd’hui, les visiteurs de son successeur restent sur leur faim. Benoît XVI a préservé la vie austère qu’il menait avant son élection. Il ne reçoit quasiment plus chez lui, sinon un nombre infime de privilégiés.
Benoît XVI a pris officiellement possession des lieux au lendemain de son élection. Il y vit désormais entouré de sa maisonnée. Carmela, Emanuela, Loredana et Cristina membres de l’association des ’Memores Domini’, la branche des laïques consacrées du mouvement italien ’Communion et Libération’ en font partie. Ce ne sont donc plus des religieuses, comme pour ses prédécesseurs, qui s’occupent de la cuisine et du linge du pape. Angelo Gugel, le majordome de Jean-Paul II continue de servir à table, le second secrétaire du pape polonais Mgr Mieczyslaw Mokrzycki, surnommé «Mietek», est aussi resté en fonction. De cette «famille pontificale», Mgr Georg Gaenswein, le secrétaire particulier du pape est la figure la plus médiatique. 49 ans, sportif, Bavarois tout comme le souverain pontife, «Don Giorgio» occupe un logement au quatrième étage du palais, au niveau des terrasses aménagées en jardin. Il le suit partout et a appris à être inflexible. Pas d’étiquette, mais des consignes strictes. Si l’on a la chance d’être présenté au pape, on dispose de quelques secondes pour le saluer et laisser le flash crépiter. Surtout pas de question.
Une vie minutée: sa façon de gouverner
Benoît XVI a une vie minutée. C’est une façon de gouverner. Avec une montre à l’heure de Rome, on peut savoir ce que le pape est en train de faire dans une journée ordinaire. Après s’être levé, vers 5h30, il célèbre la messe dans sa petite chapelle privée de marbres clairs, aux vitraux colorés, la même que Jean-Paul II, aménagée par Paul VI. Ses deux secrétaire servent cette messe à laquelle assistent les quatre femmes à son service. Suit le petit-déjeuner dans la salle à manger. Puis il retrouve son bureau aux murs couverts de rayonnages où se serrent et s’entassent les 20’000 ouvrages de sa bibliothèque personnelle. Par beau temps, la fenêtre qui donne sur la place Saint-Pierre est ouverte. C’est de là qu’il apparaît chaque dimanche à midi pour la prière de l’Angélus.
Une statue de saint Joseph, une icône de la Vierge à l’enfant et un chaton enjôleur en porcelaine sur la table, un vieux téléphone blanc, un sous-main usé et un porte-crayon sans âge sont les objets familiers qui entourent le pape théologien. C’est dans cette atmosphère universitaire, qu’il lie, étudie, écrit bon nombre de ses discours et travaille sur ses dossiers. Son ancienne gouvernante, Ingrid Stampa, habituée à retranscrire son écriture fine et ses notes en allemand ne l’a pas suivi dans sa nouvelle demeure. Elle est plus utile à la secrétairerie d’Etat, dans l’autre aile, et loge dans une petite rue de la Cité du Vatican, à deux pas du siège de L’Osservatore Romano.
La vie publique débute à 11h
Sauf le mercredi, jour de l’audience générale où se pressent des milliers de fidèles, c’est à 11h que commence la vie publique de Benoît XVI. Par un ascenseur privé, il gagne alors l’appartement officiel au second étage. Il y reçoit à la suite chefs d’Etat, ambassadeurs, évêques et divers groupes, dont la liste a été rendue public le matin même. Ces «ministres» les plus importants sont convoqués à heure et à jour fixes. Ainsi Mgr William Levada, son successeur à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, est reçu chaque vendredi à 18h00, accompagné du secrétaire du dicastère, Mgr Angelo Amato. Mais le pape se réserve le droit jusqu’au dernier moment d’accorder ou de refuser une audience. Les invités précédés d’huissiers, introduits par le préfet de la Maison pontificale, Mgr James Harvey, traversent l’enfilade des 11 antichambres pour gagner la bibliothèque où ils seront reçus tout au plus une demi-heure.
Vers 13h, le Pape peut regagner ses appartements privés et y déjeuner en compagnie de ses serviteurs. On ne lui connaît pas d’ami à Rome et à la curie. La cuisine est simple, plutôt italienne et pas trop salée. Le pape suivrait un régime depuis une première alerte cardiaque, il y a quinze ans. Mais il a un faible pour les sucreries. Il aura ensuite un peu de temps pour se détendre en jouant du Mozart au piano. Il n’a pas été aisé de monter son piano demi-queue au troisième étage.
Benoît XVI a fait faire des travaux dans cet appartement élégant et sévère aux grandes pièces tendues de toile claire et au sol de marbre. L’été dernier, plus d’une centaine d’ouvriers, peintres, tapissiers, électriciens, plombiers, s’y sont afférés. L’infirmerie a été déménagée – elle n’est plus voisine de la chambre du pape, mais proche de l’entrée de l’appartement – et modernisée, avec en particulier l’installation d’un cabinet dentaire. Carmela, Emanuela, Loredana et Cristina possèdent désormais chacune leur chambre. La cuisine est toute neuve. Fabriquée en Allemagne, c’est un cadeau d’un généreux donateur. Mais le mobilier est encore en grande partie celui de Jean-Paul II et surtout, malgré la légende et l’affection que le pape leur porte, il n’y a pas de chat qui joue dans les couloirs.
Promenade bucolique sous garde policière
A 16h30, une Mercedes noire aux vitres teintées déboule dans les cours médiévales du palais apostolique. Benoît XVI se rend dans les jardins du Vatican pour sa promenade quotidienne. Les gendarmes ont bouclé les alentours de la reproduction de la grotte de Lourdes. La voiture s’y arrête. Le pape en descend avec son secrétaire. Généralement, il se rend jusqu’à l’héliport et regagne ses appartements. A 18h00, il donne à nouveau audience à de hauts prélats de la curie et à leur suite. Seul chaque jour, le cardinal Secrétaire d’Etat du Saint-Siège depuis 15 ans, Angelo Sodano, passe devant le garde suisse en faction devant l’entrée des appartements. Il va s’entretenir des affaires de l’Eglise avec le souverain pontife. Sa visite n’est pas inscrite à l’agenda officiel. Pas plus que celle de certains visiteurs que le pape accepte de recevoir dans le plus grand secret. Le théologien contestataire Hans Kung ou Mgr Bernard Fellay, chef de file des intégristes font partie de ces privilégiés. Ainsi, Benoît XVI peut parfois briser ses habitudes. Cet été, alors qu’il résidait dans son palais de Castel Gandolfo, il est descendu dîner au corps de garde des Suisses.
A 19h00, le souverain pontife célèbre les vêpres, puis vient le temps du dîner. Il est maintenant 21h00, une ombre passe discrètement la porte Sainte-Anne, l’entrée administrative du Vatican, Mgr Gaenswein s’accorde une discrète sortie en ville. Bientôt la demie sonne à Saint-Pierre. La lumière de la chambre pontificale va bientôt s’éteindre. (apic/imedia/hy/bb)




