Les confidences de Fidel Castro au cardinal Bertone
La Havane: Fidel Castro souhaite recevoir Benoît XVI à Cuba
La Havane, 21 décembre 2005 (Apic) Fidel Castro souhaite recevoir Benoît XVI à Cuba, rapporte le cardinal Tarcisio Bertone, archevêque de Gênes (Italie), dans un entretien accordé au périodique italien Il Consulente Re, publié le 20 décembre 2005. Le cardinal s’est rendu dans l’île du 3 au 10 octobre dernier.
«J’ai immédiatement reconnu un visage d’ange, le visage d’une personne très bonne» aurait déclaré le Fidel Castro au cardinal italien au sujet de Benoît XVI. «Je voudrais l’inviter à Cuba» aurait-il aussi indiqué. Fidel Castro a alors demandé à l’ancien bras droit du cardinal Ratzinger à la Congrégation pour la doctrine de la foi de l’aider et de se faire son porte-parole: «Pouvez-vous dire au pape que je souhaite l’inviter?»
Le cardinal a accepté de le faire, tout en indiquant à Fidel Castro qu’en raison de son âge, le pape voyagerait moins que son prédécesseur. Enfin, le cardinal Bertone rapporte dans cet entretien que Fidel Castro souhaiterait une béatification rapide de Jean Paul II. Selon l’archevêque de Gênes, Fidel Castro s’est montré «impressionné par l’activité sociale de l’Eglise» et l’a même décrite comme «l’institution sociale la plus proche du peuple».
Cependant, les rapports entre l’Etat cubain et l’Eglise catholique «ne devraient pas changer rapidement, il faut être réaliste», a encore déclaré le cardinal Bertone, «mais le climat s’améliore et leur collaboration progresse».
Le voyage du cardinal Bertone à Cuba s’est déroulé peu après une vive polémique entre l’Eglise cubaine et le gouvernement, provoquée par des déclarations de l’ambassadeur cubain au Vatican. Ce dernier, Raul Roa, avait mis en cause «certains évêques» cubains, selon lui «bien plus proches du peuple de Miami, des Cubains émigrés» que du peuple de l’île. Le cardinal Jaime Ortega Alamino, archevêque de La Havane, avait jugé ces propos «outrageants» et «faux».
Haro contre l’embargo
En janvier 2005, Jean Paul II avait souhaité devant cet ambassadeur qui venait lui remettre ses lettres de créance que l’embargo américain sur Cuba soit remis en cause, afin de permettre le développement de l’île, et que le régime de Fidel Castro respecte la liberté religieuse. Il faisait allusion à l’embargo commercial et politique des Etats-Unis contre le régime communiste de Fidel Castro. Mis en place en 1962, cet embargo a encore été renforcé en 1992 et 1996 et une dernière fois en mai 2004. Lors de sa visite historique dans l’île, en janvier 1998, le pape polonais avait déjà appelé à la levée de ces mesures politiques et financières.
La Constitution cubaine de 1976 proclame les objectifs athées tout en garantissant officiellement la liberté religieuse. Pourtant, les activités religieuses sont strictement contrôlées dans le pays. En septembre 2003, les évêques cubains ont exprimé, pour la seconde fois depuis la révolution castriste de 1959, leur point de vue en la matière. L’Eglise catholique cubaine a ainsi questionné le gouvernement de Fidel Castro sur le «retour au langage et aux méthodes» idéologiques des premières années de la révolution. Bien plus, l’Eglise catholique a reproché au gouvernement de faire marche arrière en matière d’ouverture économique ainsi que de fermer des espaces à l’action de l’Eglise dans la société cubaine, y compris l’espace politique. La visite de Jean Paul II dans l’île en 1998 avait conduit à la libération de près de 300 prisonniers politiques. En avril 2003, le Saint-Siège a demandé un nouveau geste de clémence en faveur de dissidents politiques emprisonnés. (apic/imedia/hy/pr)




