Messe en technicolor pour l’armée la plus pacifique du monde
Fribourg: Plus de 700 anciens gardes suisses pontificaux au rendez-vous pour leur jubilé
Bernard Bovigny, Apic
Fribourg, 22 janvier 2006 (Apic) Plus de 700 anciens gardes suisses étaient présents, dimanche à Fribourg, pour fêter le 500e anniversaire de «la plus petite armée du monde». Fidèles au poste, ils ont défilé de l’Université de Miséricorde à la Cathédale St-Nicolas, où une célébration était présidée par le cardinal Georges-Marie Cottier, ancien théologien de la Maison pontificale.
Le cortège a quitté la place de l’Université à 9h30 précises, Contingent des Grenadiers en tête, avec ses fifres et tambours. Puis les gardes suisses se sont mis en marche. Une centaine étaient vêtus de leur tenue d’apparat bleu – rouge -or, et d’une collerette blanche. Certains étaient armés de leurs instruments de musique, drapeaux, épées ou hallebardes. La plupart des gardes présents sont restés en civil, reconnaissables par une simple écharpe ornée des trois couleurs de leur ancien corps d’armée. Ils ont clos le cortège, accompagnés de leur famille, marchant au pas libre et échangeant entre eux les souvenirs de leur glorieux passage à Rome.
L’usure du temps- plusieurs d’entre eux ont nettement dépassé l’âge de ta retraite – et le froid hivernal qui a enveloppé la ville de Fribourg, accentué par une bise mordante, n’ont pas entamé le moral des troupes, ni contredit la devise «courage et fidélité». Il n’a fallu que dix minutes au cortège pour atteindre la place de la cathédrale.
Le conseiller fédéral Samuel Schmid est du reste arrivé tout juste à temps pour les accueillir. Accompagné d’une petite escorte, sans doute inutile au vu du nombre de «sentinelles» présentes sur place, l’ancien président de la Confédération s’est frayé un chemin dans la foule pour assister à l’arrivée du cortège. Arrivé sous le porche de la cathédrale, il a spontanément confié avec le sourire son manteau et son écharpe à un grenadier présent, avant de se tenir droit comme un i pour saluer la venue des premiers gardes suisses en uniforme.
Cette participation de plus de 700 anciens gardes à cette journée de retrouvailles est «remarquable», a confié à l’Apic le président de l’Association des anciens gardes suisses pontificaux, Jacques Babey. Fondée en 1921 à Fribourg, elle compte actuellement 910 membres. Seul environ un quart des anciens gardes n’y ont pas adhéré. «Les jeunes attendent souvent quelques années avant de nous rejoindre», confie jacques Babey.
L’armée la plus pacifique du monde
Devant un parterre choisi – l’édifice n’a été accessible qu’aux invités – l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Bernard Genoud, a accueilli les personnalités présentes. Il a qualifié la Garde suisse pontificale de «la plus vieille et la plus pacifique armée du monde, la plus fidèle à ses traditions, la plus noble dans ses idéaux, la plus stable dans ses immuables structures, la plus connue au monde pour ses superbes couleurs, et la plus médiatisée aussi».
La cérémonie s’est déroulée en présence de très nombreuses autorités politiques, religieuses et militaires. Parmi elles le nonce apostolique à Berne, Mgr Francesco Canalini, plusieurs évêques, des conseillers nationaux et conseillers d’Etat, le syndic de Fribourg Jean Bourgknecht, et plusieurs autres personnalités politiques en fonction ou retraitées. La liturgie s’est déroulée dans les quatre langues nationales – et en latin avec la «Missa brevis de Mozart», le cardinal Cottier ayant terminé son homélie en romanche.
Dans ses paroles, l’ancien théologien de la Maison pontificale a relevé que «les aspirations et l’idéal de la Garde suisse sont restés les mêmes au cours de ces cinq siècles malgré les évolutions qu’elle a subies». Le slogan «courage et fidélité» n’a jamais été pris en défaut. Le prélat genevois a mis en évidence un épisode tragique et révélateur de ces deux qualités: le Sac de Rome le 6 mai 1527 où 149 Suisses sont morts en protégeant le pape Clément VII. Devant le danger qui s’annonçait, les ressortissants zurichois avaient reçu peu avant l’ordre de leur gouvernement de rentrer pays. Ils ont répondu que leur devoir était de rester à Rome, a souligné le cardinal Cottier. Cette fidélité et ce courage leur ont ensuite coûté la vie.
C’est dans une aula de l’Université de Fribourg comble que les participants à la messe se sont ensuite retrouvés pour la partie officielle. Ils ont écouté par écran interposé un message du pape Benoît XVI et ont reçu sa bénédiction. Puis ce fut le tour de quelques représentants des autorités politiques de faire l’éloge des gardes suisses pontificaux, en activité ou qui ont rejoint la vie civile.
La garde a disparu et revécu trois fois
Le Conseiller d’Etat Claude Grandjean, président du gouvernement fribourgeois, a rappelé les relations complexes de son canton avec la Garde suisse pontificale au cours de l’histoire. «Le service à l’étranger n’a pas toujours eu bonne presse», a-t-il lancé, en rappelant que le Code pénal militaire suisse punit de la peine d’emprisonnement celui qui sert dans une armée étrangère. D’ailleurs, tous les services étrangers ont disparu, à la suite de leur formelle interdiction inscrite dans la Constitution fédérale de 1848. «Tous? Non, sauf la Garde suisse pontificale, restée en poste au Vatican, et sans que cela soit problématique», a affirmé le président du Conseil d’Etat. Claude Grandjean a rappelé que l’histoire de ce petit corps d’armée a subi de nombreux remous et a même disparu à trois reprises durant une brève période: après le Sac de Rome de 1527, puis deux fois au 18e et 19e siècle.
Ces «renaissances» et cette pérennité tiennent selon lui à la «force tranquille» de la Garde suisse. En 1943, postés aux confins de leur petit territoire, les hallebardiers n’avaient que cette qualité à opposer aux soldats nazis surarmés qui avaient envahi Rome, mais qui n’ont pas osé pénétrer au Vatican.
Samuel Schmid «en prison»?
Le conseiller fédéral Samuel Schmid, reprenant les propos de Claude Grandjean, a spontanément lancé que «si des gardes suisses devaient être emprisonnés pour avoir servi à l’étranger, alors j’irais en prison avec eux».
Le chef du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports a relevé que les gardes à Rome étaient «admirés, applaudis, photographiés et filmés par des millions de touristes chaque année». Ce qui fait d’eux non seulement des membres de la plus ancienne armée du monde, mais également des «ambassadeurs d’une des plus anciennes démocraties du monde». «Vous êtes un exemple pour nous tous», a lancé le conseiller fédéral Schmid en soulignant les valeurs de «courage et fidélité qui traversent les siècles car ce sont des valeurs humaines».
Encadré:
150 Suisses partent en plein hiver 1506 pour Rome
Dans une lettre datée du 21 juin 1505, et adressée à la Diète fédérale, le pape Jules II confiait au «camérier de Notre famille et commensal permanent de la table papale» Pierre de Hertenstein la «mission d’engager à solde dans votre pays et en Notre nom deux cents fantassins». Il voulait leur confier «la garde de Notre palais». Le recrutement débuta en octobre 1506, principalement dans les cantons de Lucerne et Zurich. Les 150 soldats enrôlés partent quelques mois plus tard en plein hiver. Ils feront leur entrée à Rome le 22 janvier 1506, date considérée comme celle de la constitution de la Garde suisse pontificale. Le corps connut un épisode tragique le 6 mai 1527 lors du «sac de Rome». 149 Suisses sont morts en protégeant le pape Clément VII. Depuis, le 6 mai est la journée de prestation de serment des nouveaux gardes. BB
Encadré:
Seize événements majeurs dans le cadre des festivités
Seize événements, ponctuels ou durables, marquent le 500e anniversaire de la Garde Suisse pontificale, de septembre 2005 à l’automne 2006.
Parmi eux:
– 25 mars 2006, Colloque scientifique «Cinq siècles de Garde suisse pontificale» samedi 25 mars à l’Abbaye de St-Maurice en Valais. Intervenants: Dominic M. Pedrazzini, secrétaire général de l’Association suisse d’histoire et de sciences militaires, Urban Fink-Wagner, historien et théologien, Colonel Elmar Maeder, commandant de la Garde suisse pontificale, Jürg Stüssi-Lauterburg, chef de la Bibliothèque militaire fédérale et Service historique.
– Du 7 avril au 4 mai 2006, la «Marche commémorative vers Rome» entraînera 80 anciens gardes sur les pas de leurs ancêtres, de Bellinzone à Rome.
– Festivités à Rome, du 3 au 6 mai 2006, avec une exposition sur l’histoire de la Garde, à Rome, salle du «Braccio Carlo Magno»; Jeudi 4 mai: «Journée des portes ouvertes» du quartier de la Garde, au Vatican. Les marcheurs donneront, avec l’entrée à Rome, le coup d’envoi aux Festivités du Jubilé. Vendredi 5 mai: «Journée des portes ouvertes» du quartier de la Garde. Méditation musicale en l’honneur du Jubilé, «Carmen Saeculare» du Père Theo Flury. Samedi 6 mai: anniversaire du «Sac de Rome». Ce sera l’apogée du Jubilé. La messe solennelle sera présidée par le pape Benoît XVI en la Basilique Saint-Pierre. Une gerbe sera déposée en mémoire des camarades tombés en 1527 et une plaque commémorative sera inaugurée sur l’ancien emplacement de l’Obélisque, devant le «Campo Santo Teutonico», puis aura lieu la cérémonie d’assermentation des nouvelles recrues, exceptionnellement sur la Place Saint-Pierre.
– 24 juin 2006: Vernissage de l’exposition temporaire sur la Garde suisse pontificale au Château de Penthes à Pregny- Genève. La manifestation sera patronnée par la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey.
– 1er août à Rome: Journée commémorative de clôture officielle des festivités du jubilé à l’occasion de la Fête nationale suisse.
Encadré:
Tirages – parutions – objets souvenir
– Un ouvrage richement illustré a été réalisé par l’historien valaisan Robert Walpen à l’occasion du 500e anniversaire de la Garde suisse pontificale. Il est intitulé: «La Garde suisse pontificale», (Editions Slatkine- 68 frs).
– Un livre-souvenir relatera en automne 2006 les événements de l’année jubilaire.
– Des timbres spéciaux ont été émis conjointement par La Poste suisse et la Poste du Vatican, alors qu’une médaille commémorative est sortie des presses de Swissmint, l’institut officiel de frappe des monnaies helvétiques.
– De nombreux articles-souvenir sont parus dans le cadre du jubilé: drapeau, montres, chemise, polo-shirt, casquette, cravate, couteau suisse, jeu de cartes, gobelet en métal, stylo et coupe-papier, parapluie, calendrier, pin, figurines en étain, bouteilles de vin. Le tout illustré ou estampillé avec le sigle du 500e anniversaire.
Encadré:
Des critères d’engagement précis et exigeants
La Garde suisse pontificale est actuellement composé de quelque 110 hommes, placés sous la direction du commandant Elmar Mäder.
Pour être enrôlé, un candidat doit répondre à des critères exigeants et très précis. De sexe masculin et de confession catholique-romaine, il doit être de nationalité suisse. Sa taille est d’au moins 174 cm et il doit être âgé de moins de 30 ans lors de son engagement. Le candidat doit jouir d’une bonne santé, car le service est astreignant, et avoir fréquenté l’école de recrues dans l’armée suisse. Il est souhaitable qu’il ait un niveau d’études d’au moins trois ans ou, exceptionnellement, une bonne formation professionnelle de deux ans.
Pour pouvoir se marier, le garde doit être âgé d’au moins 25 ans, avoir servi au moins trois ans, s’engager à servir pendant au moins trois ans supplémentaires, et avoir atteint au moins le grade de caporal.
Le garde est chargé de la protection du pape et de ses collaborateurs. Il oeuvre quotidiennement au coeur de la Curie romaine, rencontre continuellement des personnes qui se rendent en pèlerinage sur la Tombe du Prince des Apôtres et participe à des célébrations liturgiques au Vatican. Il est souvent sollicité par des touristes demandant des informations.
Pour consulter le programme des manifestations sur internet: www.gsp06.ch
Autre site: www.schweizergarde.org
Des photos de l’événement et des illustrations récentes de la Garde suisse peuvent être commandées à l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 – 1705 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax. 026 426 48 36 Courriel: info@ciric.ch
(apic/bb)




