Rome: Colloque de «Cor Unum»: le pape explique le sens de son encyclique

Et souligne l’importance de l’activité caritative pour l’Eglise

Rome, 23 janvier 2006 (Apic) Le pape Benoît XVI a souligné lundi l’importance déterminante de l’activité caritative pour l’Eglise catholique, à deux jours de la publication de sa première encyclique consacrée à ce thème sous le titre «Dieu est Amour».

Le pape recevait les participants à une rencontre internationale sur la charité ouverte lundi au Vatican. Un colloque organisé par le Conseil pontifical Cor Unum. Benoît XVI a livré un résumé de son encyclique qui entend montrer comment l’amour humain, grâce à la foi, se transcende en charité pour l’humanité toute entière.

Le pape a choisi ce colloque pour à nouveau expliquer lui-même le sens de son encyclique, «Deus caritas est» (Dieu est Amour, ndlr). Estimant que le mot «amour» est désormais galvaudé, le pape a expliqué qu’il avait choisi ce thème pour sa première encyclique afin de «le reprendre, le purifier et le ramener à sa splendeur originelle». Le 18 janvier dernier, lors de l’audience générale, il avait déjà donné quelques indications sur ce texte, précisant qu’il voulait montrer le concept de l’amour «dans ses différentes dimensions».

Devant 250 cardinaux, prélats, religieux et laïcs, le pape, ancien professeur de théologie, a présenté en quelque sorte le plan de sa première Encyclique. «D’abord, il fallait traiter de l’essence de l’amour (.) à la lumière du témoignage biblique», l’amour comme «centre de l’existence chrétienne et fruit de la foi», «montrer que l’homme a été créé pour aimer», expliquer la «transformation» de l’eros en agape. Dans une seconde partie, a ensuite expliqué Benoît XVI, «il fallait mettre en évidence que l’acte totalement personnel de l’agape ne peut pas rester une chose uniquement individuelle, mais qu’elle doit même au contraire devenir un acte essentiel de l’Eglise comme communauté».

Aujourd’hui, a regretté le pape, le mot «amour» est tellement perdu, consommé et galvaudé que l’on craint presque de le laisser affleurer sur nos propres lèvres». Benoît XVI a alors expliqué que, «pourtant, c’est un mot primordial, l’expression de la réalité première, nous ne pouvons pas tout simplement l’abandonner, mais nous devons le reprendre, le purifier et le ramener à sa splendeur originelle, pour qu’il puisse éclairer notre vie et la porter sur le droit chemin». C’est en ayant «conscience» de cela, a lui-même expliqué le pape, qu’il a choisi le thème de l’amour pour sa première Encyclique.

La foi n’est pas une théorie

«Mon souhait, a précisé Benoît XVI, était de donner de l’importance à la centralité de la foi en Dieu – dans ce Dieu qui s’est donné un visage et un coeur humains». «La foi n’est pas une théorie que l’on peut s’approprier ou même mettre de côté». «A une époque où l’hostilité et l’avidité sont devenues des super-puissances, une époque où nous assistons à l’abus de la religion jusqu’à l’apothéose de la haine, la rationalité neutre seule, n’est pas en mesure de nous protéger», a affirmé le pape, avant d’ajouter que «nous avons besoin du Dieu vivant qui nous a aimés jusqu’à la mort».

Expliquant que, dans son Encyclique, les mots ’Dieu’, ’Christ’ et ’Amour’ «fusionnent ensemble», le pape a indiqué qu’il voulait «montrer l’humanité de la foi, dont fait partie l’eros, (.) le ’oui’ qui, dans l’indissolubilité du mariage entre l’homme et la femme, se trouve enraciné dans la création». Il arrive ainsi, a encore souligné le souverain pontife, que «l’eros se transforme en agape, que l’amour pour l’autre ne se cherche plus lui-même mais devienne une préoccupation pour l’autre, une disposition au sacrifice pour lui et même une ouverture au don d’une nouvelle vie humaine».

Le pape a ainsi souligné que «l’agape chrétienne, l’amour pour le prochain à la suite du Christ, n’est pas quelque chose d’étranger, mis à côté ou même contre l’eros», mais «au contraire, dans le sacrifice que le Christ a fait de lui pour l’homme, elle a trouvé une nouvelle dimension qui s’est toujours plus développée dans l’histoire du dévouement charitable des chrétiens vis-à-vis des pauvres et des malades».

«Une première lecture de l’encyclique pourrait peut-être donner l’impression qu’elle se divise en deux parties peu reliées entre elles : une première partie théorique, qui parle de l’essence de l’amour, et une deuxième qui traite de la charité ecclésiale, des organisations caritatives», a prévenu Benoît XVI. Pourtant, a noté le pape, «ce qui m’intéressait, c’est justement l’unité de ces deux thèmes qui sont bien compris seulement s’ils sont vus comme une seule chose».

«La charité organisée par l’Eglise n’est pas une forme d’assistance sociale qui s’ajoute fortuitement à la réalité ecclésiale, une initiative que l’on pourrait même laisser à d’autres», a lancé Benoît XVI, expliquant qu’au contraire «elle fait partie de la nature de l’Eglise». «Cette activité, outre son premier sens très concret d’aide envers le prochain, possède aussi essentiellement celui de communiquer aux autres l’amour de Dieu que nous avons reçu nous-mêmes». Le pape a conclu en souhaitant que «les mots ’Dieu’ et ’Christ’ ne soient pas étrangers dans l’organisation caritative», car «ils indiquent en réalité la source originelle de la charité de l’Eglise».

En milieu de journée, le 23 janvier 2006, le pape a ainsi reçu en audience, dans la salle Clémentine au Vatican, quelques 250 participants au colloque sur la charité organisé par le Conseil pontifical Cor Unum. Le président du dicastère Cor Unum, Mgr Paul Cordes, a remercié le pape d’avoir «consacré son temps de vacances, l’été dernier», à rédiger cette encyclique. Benoît XVI, au terme de l’audience, a salué plus d’une dizaine de cardinaux et de nombreux prélats qui participent au colloque des 23 et 24 janvier 2006. La première encyclique du pape allemand, «Deus caritas est», sera rendue publique et présentée à la presse le 25 janvier en milieu de journée. (apic/imedia/ami/pr)

23 janvier 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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