Caricatures de Mahomet: des chefs religieux interpellent les médias

Genève: Trouver un juste équilibre entre la liberté de la presse et le respect des autres

Genève, 5 février 2006 (Apic) Suite à la vague de protestations et de violences provoquées par la publication de caricatures de Mahomet, des responsables religieux appellent les médias à trouver un juste équilibre entre la liberté de la presse et le respect des autres.

Le pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE) à Genève, a demandé aux médias de ne pas abuser de leur pouvoir. «Les médias possédant la liberté ont un pouvoir», a déclaré le pasteur Samuel Kobia à l’agence de presse oecuménique ENI. «Si ce pouvoir des médias est utilisé pour faire face aux abus du pouvoir dans la société, il en est usé sagement. Mais l’utiliser pour critiquer les valeurs et la dignité de personnes qui se sentent sans défense, comme dans ce cas, est dangereux».

Les caricatures avaient été d’abord publiées dans le journal danois à grand tirage Jyllands-Posten. Mais la controverse a été exacerbée au début janvier après la publication de ces caricatures dans un journal chrétien évangélique norvégien à faible tirage. Depuis lors, les protestations se sont multipliées dans des lieux aussi éloignés que le Cap, Kaboul, Jakarta, Beyrouth. Londres ou Damas alors que d’autres journaux européens décidaient de publier plusieurs caricatures, en insistant sur le caractère sacro-saint de la liberté d’expression.

Dans les territoires palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, des milliers de musulmans ont manifesté et brûlé le drapeau danois rouge à croix blanche en signe de protestation. Le rédacteur en chef du journal France Soir, de Paris, a été licencié par le propriétaire, un chrétien franco-égyptien, après que le journal eût diffusé ces caricatures, dont l’une présente le prophète portant un turban en forme de bombe.

Une crise «qui aurait pu être évitée»

Le secrétaire général du COE – dont le siège est à Genève et qui regroupe les principales Eglises chrétiennes protestantes, anglicanes et orthodoxes du monde entier – a déclaré qu’il soutenait la position des Eglises européennes sur cette «crise qui aurait pu être évitée». Ce week-end, des évêques de l’Eglise évangélique luthérienne du Danemark, comme leurs homologues de l’Eglise (luthérienne) de Norvège, ont lancé un appel au renforcement du dialogue avec les musulmans. «Provoquer et offenser la religion d’une personne par pure provocation ne sert aucun objectif», a expliqué un comité de l’Eglise danoise.

Le secrétaire général de la KEK, l’archidiacre Colin Williams, a affirmé: «Nous soutenons tout ce que le Comité des relations interreligieuses de l’Eglise danoise a dit dans sa déclaration sur la nécessité d’établir un juste équilibre entre d’une part la liberté d’expression et d’autre part le respect des autres». La KEK est une communauté de 125 Eglises de tradition orthodoxe, protestante, anglicane et vieille-catholique de tous les pays d’Europe, et elle coopère étroitement avec l’Eglise catholique romaine.

«Nous considérons comme une richesse de l’Europe la diversité des traditions régionales, nationales, culturelles et religieuses… il est de la mission des Eglises de contribuer ensemble au service de la réconciliation des peuples et des cultures», a continué Colin Williams, citant la Charta Oecumenica, un document signé par de nombreuses Eglises européennes. Concernant les relations avec l’islam, le secrétaire général de la KEK reprend les termes de la Charta: «Nous voulons intensifier, à tous les niveaux, la rencontre entre chrétiens et musulmans ainsi que le dialogue islamo-chrétien.»

Le rédacteur en chef de Jyllands-Posten, Carsten Juste, a diffusé une déclaration le 30 janvier dans laquelle il a expliqué que les 12 caricatures «n’avaient pas comme but d’être offensantes, ni en désaccord avec la loi danoise, mais elles ont incontestablement offensé de nombreux musulmans, et nous nous en excusons».

A la tête de ses quelque 25 millions de membres revendiqués, le pasteur Jan Paulsen, président de la Conférence Générale des Eglises Adventistes du 7ème Jour, a pour sa part regretté que la publication d’opinions librement exprimées ait «enflammé les relations entre les peuples». Et de rappeler que les adventistes soutiennent et encouragent l’usage responsable du droit à la libre expression, ce qui signifie qu’à cet usage est inhérente la responsabilité de ne pas insulter les autres et de ne pas porter atteinte à leurs croyances et pratiques religieuses. (apic/eni/apd/be)

5 février 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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