Premier consistoire 25 mars prochain
Rome : Benoît XVI s’apprête à créer les premiers cardinaux de son pontificat
A Rome, Hervé Yannou, I.MEDIA, partenaire de l’Agence Apic, Fribourg
Rome, 21 février 2006 (Apic) Benoît XVI devrait annoncer la réunion de son premier consistoire pour le 25 mars prochain, fête de l’Annonciation, lors de l’audience générale du 22 février 2006. Analyse des « papables » par notre correspondant à Rome.
L’information est encore au conditionnel. D’autant que le 25 mars tombe en plein carême, mais le temps de fête prime sur ce temps liturgique de pénitence. La convocation d’un consistoire pour le 25 mars prochain et la création de nouveaux cardinaux devraient marquer le début de grands changements à la curie.
Il est de tradition d’annoncer un consistoire un mois avant sa convocation. Le pape pourrait ainsi donner la liste de ses premiers cardinaux lors de la prochaine audience générale, le jour où l’Eglise fête la chaire de saint Pierre, une date traditionnelle pour ce genre d’événement. En janvier, Benoît XVI avait déjà utilisé le rendez-vous de l’audience générale hebdomadaire pour annoncer personnellement et commenter la publication de sa première Encyclique.
Réforme et nominations au sein de la curie
Le pape semble désormais décidé à lancer les réformes et des nominations au sein de la curie. Le 15 février, il a nommé, sans lui désigner de successeur, Mgr Michael Fitzgerald, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, au poste de nonce en Egypte et de délégué auprès de la Ligue arabe. Jusqu’à cette date, il avait reconduit tous les ministres de Jean-Paul II à leur poste, ne faisant que quelques nominations de second ordre. C’est aussi ce jour-là que le pape achevait les catéchèses des audiences générales préparées par son prédécesseur. Une sorte de point final au pontificat de Jean-Paul II.
Ainsi, avec la future annonce de création de nouveaux cardinaux, l’intérêt se porte sur les modifications de l’organigramme de la curie qui pourraient suivre. Avec de nouveaux cardinaux, le pape disposerait d’un réservoir pour nommer de nouveaux chefs de dicastère. De plus, il pourrait profiter du consistoire, pour lequel il convoque l’ensemble du sacré collège (soit 168 cardinaux) pour leur adresser, dans un esprit de collégialité, un discours sur les réformes qu’il aura mûries en 11 mois de pontificat.
Toutefois, la question demeure de savoir si Benoît XVI attribuera le chapeau de cardinal à la longue liste des prélats qui peuvent y prétendre et qui attendent depuis le pontificat de Jean-Paul II, ou s’il apposera une marque très personnelle à ces nominations.
Au cours du premier consistoire de son pontificat, le pape pourrait ainsi choisir de ne nommer qu’une dizaine de cardinaux. En effet, à la fin du mois de mars, les membres du collège cardinalice de moins de 80 ans, et donc en mesure de voter lors d’un prochain et hypothétique conclave, seront au nombre de 108. Or, si Benoît XVI veut respecter la règle qui fixe leur nombre maximum à 120, il pourra créer tout au plus 12 cardinaux de moins de 80 ans. Il pourrait aussi suivre l’exemple de son prédécesseur qui ne s’embarrassait pas toujours de cette règle. A plusieurs reprises, il franchit la barre des 120 cardinaux électeurs.
La barrette rouge à ceux qui ont dépassé la limite d’âge ?
Cependant, Benoît XVI peut aussi décider d’attribuer la ’barrette rouge à des prélats ayant dépassé cette limite d’âge. Une sorte de reconnaissance pour les services rendus à l’Eglise. Jean Paul II l’avait aussi fait, en nommant cardinaux les théologiens Urs von Balthasar et Henri de Lubac ou encore le père Georges Cottier, le théologien de la Maison pontificale. Selon certaines rumeurs, Benoît XVI pourrait ainsi créer cardinal le père dominicain belge Servais Pinckaers.
Parmi les futurs cardinaux, Mgr William Levada, le successeur que Benoît XVI s’est choisi à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, fait partie prélats presque assurés de recevoir cette dignité. A la curie romaine, le préfet de la Congrégation pour les évêques Mgr Franc Rodé, Slovène, devrait aussi en faire partie, tout autant que Mgr Agostino Vallini, le préfet du Tribunal de la signature apostolique. Ils occupent tous des postes traditionnellement attribués à des cardinaux. Le président du Conseil pontifical pour les laïcs, Mgr Stanislas Rylko, un Polonais proche de Jean-Paul II, pourrait aussi être créé cardinal.
D’autres noms de la curie circulent aussi, dont ceux de Mgr Angelo Comastri, archiprêtre de la basilique Saint-Pierre et de son homologue de la basilique de Saint-Paul hors-les-murs, Mgr Andrea Cordero Lanza di Montezemolo, membre d’une grande famille italienne. Mgr Nikola Eterovic, le Croate président du Synode des évêques, bien qu’âgé de 55 ans, pourrait aussi faire partie de la liste que Benoît XVI devrait annoncer le 22 février, tout autant que Mgr Josef Cordes, président du Conseil pontifical Cor Unum ou encore Mgr Foley, président du Conseil pontifical pour les communications sociales. Selon plusieurs observateurs, ce dernier pourrait ainsi se retrouver à la tête d’un nouveau dicastère regroupant l’ensemble des moyens de communication du pape.
Mgr Lajolo dans les starting blocks
Enfin, Mgr Giovani Lajolo, secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats et Mgr Leonardo Sandri, substitut de la Secrétairerie d’Etat, pourraient aussi recevoir le chapeau rouge et être ainsi nommés à la tête d’un dicastère romain. Pourrait succéder à l’un d’eux Mgr Fortunato Baldelli, actuel nonce à Paris. Le pape, qui l’apprécie beaucoup, l’a exceptionnellement reçu en audience le 16 février dernier. Mais s’il est créé cardinal, il pourrait alors succéder au cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, dont certains observateurs annoncent le prochain départ.
En dehors de la curie, la liste des ’candidats’ à la pourpre cardinalice est encore plus longue. En tête de celle-ci figure Mgr Stanislaw Dziwisz, l’ancien secrétaire particulier de Jean Paul II, que Benoît XVI a nommé archevêque de Cracovie. En Italie, Mgr Carlo Caffarra, archevêque de Bologne, fait partie des plus probables, tout comme Mgr Antonio Canizares Llovera, archevêque de Tolède et primat d’Espagne pour lequel le pape a de l’estime. L’archevêque de Boston, Patrick O’Malley, l’archevêque de Dublin, Mgr Diarmund Martin et l’archevêque de Barcelone, Mgr Sistach font aussi partie de cette liste.
Redonner du poids au Tiers-Monde ?
Mais, Benoît XVI pourrait aussi changer la géographie du sacré collège en redonnant du poids au Tiers-Monde. Les archevêques de Manille, de Quito, de Brasilia, de Karachi, de Dakar, ou encore Mgr Henri Teissier, archevêque d’Alger, pourraient être créés cardinaux dans un collège cardinalice encore majoritairement européen. Il ne faut pas oublier la Chine, chère à Benoît XVI. Il pourrait nommer cardinal Mgr Zen, l’archevêque de Hong Kong, qui ne mâche pas ses mots pour critiquer la politique religieuse de Pékin. Pour lui éviter des ennuis, le pape pourrait choisir de le nommer in pectore, c’est-à-dire sans dévoiler publiquement son nom.
Quant à la France, l’archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois pourrait lui aussi être fait cardinal. Pourtant, son pays compte déjà 7 cardinaux, dont 4 électeurs parmi lesquels le cardinal Jean-Marie Lustiger, son prédécesseur au siège de Paris. Mgr Vingt-Trois pourrait ainsi attendre son tour. (apic/imedia/hy/vb)




