Vers une division accrue des catholiques de gauche et de droite?
Italie: La campagne éclipse l’anniversaire de la mort de Jean Paul II et les fêtes de Pâques
Rome, 21 mars 2006 (Apic) Les élections législatives italiennes des 9 et 10 avril 2006 viennent éclipser le premier anniversaire de la mort de Jean Paul II, mais surtout la première semaine sainte de Benoît XVI. Débat télévisé entre les deux candidats et film sur Jean Paul II sont en concurrence directe. Les observateurs craignent que les événements à venir ne divisent davantage encore chrétiens de gauche et de droite.
Au Vatican, certains observateurs regrettent ainsi que le scrutin prenne une ampleur médiatique telle qu’il risque de faire passer au second plan l’anniversaire de la mort du pape polonais, le 2 avril 2005, mais aussi les fêtes pascales.
Le 3 avril 2006, le très attendu second face-à-face télévisé entre le président du Conseil italien Silvio Berlusconi et le chef de la coalition de gauche Romano Prodi, sera retransmis en direct à 21h15 sur la chaîne publique RaiUno. Ce même jour, en fin d’après-midi, Benoît XVI présidera une messe en mémoire de son prédécesseur.
Le soir même, le second volet d’un téléfilm retraçant les années de pontificat de Jean Paul II, intitulé «Karol, un pape resté homme», devait être diffusé sur la chaîne privée Canale 5. La première partie de cette fiction est quant à elle programmée pour le 2 avril, jour anniversaire de la mort de Jean Paul II. Une avant-première est également prévue le 30 mars, dans la salle Paul VI au Vatican, en présence de Benoît XVI.
Le téléfilm risque de ne pas sortir vainqueur de cette confrontation du 3 avril, sachant que le premier débat électoral diffusé le 14 mars avait remporté une audience d’environ 16 millions de téléspectateurs. Dans cette perspective, le producteur de «Karol, un pape resté homme», Pietro Valsecchi, n’a pas caché sa colère et a mis en cause la Commission de surveillance de la Rai qui, selon lui, savait depuis longtemps que l’émission serait diffusée au moment de l’anniversaire de la mort du pape. La production a ainsi demandé que le débat politique soit reporté d’un jour, «en hommage à la mémoire du pape».
Mais la Rai a refusé de reporter ce débat crucial entre les deux candidats à la présidence du Conseil. «Le calendrier des duels télévisés a fait l’objet d’un commun accord entre les deux camps depuis longtemps», a rappelé le directeur général de la Rai, Alfredo Meocci.
La balle dans le camp Berlusconi
La balle est désormais dans le camp du groupe privé Mediaset, dirigé par la famille Berlusconi et propriétaire de la chaîne Canale 5, qui devra anticiper la diffusion de cette deuxième partie ou la remettre à plus tard.
La semaine suivante, les Italiens devront à nouveau composer avec le politique et le religieux. C’est en effet le 9 avril 2006, jour de la fête des Rameaux qui ouvre la semaine sainte, que débuteront les élections législatives.
Pour protester contre la concomitance entre ces deux événements, des initiatives ont été prises au niveau local. Ainsi, au nom de l’équité dans la couverture médiatique, Don Paolo Perla, curé de la paroisse Santa Maria Assunta à Castelnuovo di Porto, près de Rome, refuse cette année de bénir les traditionnelles branches d’olivier, également symbole de «l’Unione», la coalition de gauche. Les rameaux seront remplacés par de simples croix de bois fabriquées par les fidèles, puis bénies par le curé.
Par ce geste, le prêtre espère aussi «provoquer les hommes politiques italiens qui, sans coup férir, ont désacralisé la semaine sainte, mais aussi nous autres chrétiens», avant de préciser qu’il reste «un homme d’Eglise qui ne veut absolument pas faire de la politique».
Par précaution, le père Paolo Perla a également prévu de modifier le trajet de la procession du jour des Rameaux pour ne pas passer devant les sièges électoraux. Toutes ces initiatives ont reçu le soutien de l’évêque de Porto Santa Rufina, Mgr Gino Reali, qui souligne que «faire coïncider la date des élections avec le dimanche des Rameaux est un manque de respect pour beaucoup».
Interrogés par la presse italienne, les habitants de Castelnuovo di Porto se montrent plus prudents, rappelant que «la politique c’est la politique, la religion, c’est autre chose. En faisant cela on risque de diviser chrétiens de gauche et de droite, en obtenant l’effet inverse». (apic/imedia/cp/pr)




