Pour la première fois depuis 470 ans, un évêque catholique officie
Lausanne: La cathédrale fait le plein de fidèles pour la messe célébrée par Mgr Genoud
Lausanne, 26 mars 2006 (Apic) Evénement historique samedi à la cathédrale de Lausanne. Pour la première fois depuis 470 ans, un évêque catholique, Mgr Bernard Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, a célébré une messe, pour fêter l’Annonciation dans cette cathédrale protestante.
La cathédrale de Lausanne avait certes déjà accueilli trois messes depuis novembre 2004, à la suite de l’intervention d’un député réformé, le libéral Jacques-André Haury. Malgré quelques grincements de dents chez certains protestants, dont le pasteur Bernard Remond, professeur honoraire à la Faculté de théologie de l’Université de Lausanne, qui avait jugé d’»inopportun» l’acte historique de samedi, la cathédrale était comble de fidèles, samedi matin: entre 1’300 et 1’500 personnes. Un succès, ont du reste commenté d’une même voie catholiques et protestants, dans leur grande majorité. C’est la première fois qu’un évêque y célébrait une eucharistie depuis la réforme en 1536.
La fête de l’Annonciation s’est déroulée dans une ambiance de respect mutuel entre protestants et catholiques. Une cinquantaine de prêtres, des religieuses et des religieux, ainsi qu’une foule immense, ont rempli l’édifice gothique. La chorale de la paroisse Notre Dame de Lausanne a agrémenté la cérémonie par ses chants au registre particulièrement marial. La cérémonie, préparée longtemps à l’avance, a été pour Mgr Genoud, l’occasion de rappeler aux uns et aux autres la place que l’Eglise catholique réserve à Celle qu’elle appelle «Mère de Dieu». «L’Annonciation est une histoire d’amour. Les catholiques aiment ce que Jésus a le plus aimé sur la terre. Cela constitue déjà un pas vers la sainteté, la seule chose qui compte», a indiqué le prélat.
Dans son mot de bienvenue, le pasteur Etienne Roulet, du Conseil synodal de l’Eglise évangélique réformée vaudoise, a souhaité que la fête soit davantage un pas de rapprochement. «Soyez les bienvenus, sans arrière-pensées, à cette fête de l’annonciation. Annonciation de la venue du Christ bien sûr mais aussi, je l’espère, annonciation d’un autre heureux événement. Celui du nouveau printemps de l’oecuménisme et de la naissance d’une véritable unité», a déclaré le pasteur vaudois. Sur ces mots, une voix s’est élevée dans la cathédrale pour dire «merci» pour cet accueil.
Cadre oecuménique
Lors d’un point de presse qui a suivi la cérémonie, le ton de l’évêque et du pasteur contrastait avec une «certaine grogne» perceptible la semaine passée. Pour eux, si la cérémonie de l’Annonciation a si bien réussi, c’est que même les autorités cantonales reconnaissent une mission commune aux Eglises réformée et catholique romaine sur les plans éducatif, diaconal et du dialogue par exemple. «Les Eglises ont un apport indispensable qu’on ne peut pas demander à l’Etat. Nous sommes contents que les gens comme l’Etat aient compris que la personne humaine n’est pas que du rendement mais aussi ce qu’elle a dans sa dimension spirituelle. En respectant l’homme dans sa totalité, on lui assure aussi son avenir. L’Etat de Vaud l’a bien compris», s’est réjouit Mgr Genoud.
Pour l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, ce cadre politique et oecuménique l’a encouragé à accepter sans complexe l’invitation à venir célébrer la fête de l’Annonciation à la cathédrale de Lausanne. «J’ai compris que je ne risque ni orgueil, ni honte dans ma mission spirituelle», a-t-il conclu.
L’Annonciation a longtemps été fêtée le 25 mars par les réformés vaudois. Ils considéraient cette date comme le «Jour de la Dame», aujourd’hui célébré peu avant Noël, le quatrième dimanche de l’Avent. Comme le rappelle le pasteur Martin Hoegger, engagé dans le dialogue oecuménique, ce jour était férié dans le canton jusqu’en 1863 et il y avait culte et sermon, ce jour-là, dans la cathédrale de Lausanne. «Ce rappel permanent de l’incarnation de Dieu dans l’humilité de sa servante, Marie, est vital pour les Eglises protestantes», précise encore le théologien réformé. Des photos sont disponibles à l’Agence Ciric. (apic/dng/pr)




