Suisse: Thomas Englberger, secrétaire de la Commission Femmes dans l’Eglise de la CES
Démissions «pas étonnantes»
Saint-Gall, 29 mars 2006 (Apic) La démission de six membres de la Commission «Femmes dans l’Eglise» (CFE) de la Conférence des évêques suisses (CES) «n’est pas étonnante», pour Thomas Englberger, secrétaire de cette Commission. Depuis longtemps, estime-t-il, il s’était avéré que le travail de la CFE était pour ses membres «insatisfaisant», notamment parce que la CFE et les évêques avaient des vues divergentes sur le rôle de la Commission.
Thomas Englberger, de l’Institut suisse de sociologie pastorale de Saint-Gall (SPI), estime que l’on a assisté à un éloignement croissant des points de vue entre les deux instances. Un tel développement ne s’est pas modifié avec les changements de personnes survenus au cours du temps au sein de la CES, au contraire. Les relations étaient en quelque sorte devenues tendues, car la Commission avait de plus en plus l’impression de travailler à côté de la Conférence des évêques, et de recevoir trop peu d’informations de sa part. Englberger estime que les deux instances ne roulaient «pas sur la même voie».
Un changement de personnes ne résoudra pas le problème de fond
Le secrétaire souligne que cela ne plaisait certainement pas aux évêques que la CFE parlait «en son propre nom et avec sa propre voix». La question de fond est, pour les évêques, de savoir de quelle forme de conseil veulent disposer les évêques et si les membres de la Commission sont contents à la longue de ce genre de conseil qui n’engage à rien. S’il ne peut lui-même pas répondre à la question en l’état actuel des choses, il estime que le changement de personnes ne résoudra pas ce problème de fond.
Rappelons que six membres de la Commission «Femmes dans l’Eglise» (CFE) de la Conférence des évêques suisses (CES) – sur les sept que compte actuellement la Commission – viennent d’annoncer leur démission collective. Elles affirment dans une lettre du début mars ne plus vouloir faire partie d’une «commission-alibi» dont les avis restent sans écho.
La CFE aurait «formulé plutôt des exigences que prodigué des conseils»
Selon l’abbé Agnell Rickenmann, secrétaire général de la CES, la Commission «Femmes dans l’Eglise» a formulé plutôt des exigences que prodigué des conseils. Il a d’autre part relativisé ces démissions, relevant que certaines des femmes partantes arrivaient de toute façon en fin de mandat, selon les statuts de la CFE. L’abbé Rickenmann estime que les difficultés que l’on rencontre aujourd’hui sont une suite directe de l’histoire de la Commission. Celle-ci, comme d’autres dans l’Eglise dans les années 80, sont nées dans le sillage du Concile Vatican II (1962-65) et ont correspondu aux besoins de l’époque.
Entre-temps, estime-t-il, le profil de notre société a changé et aussi l’attitude concernant l’égalité des sexes. «Justement parmi les jeunes femmes, la relation homme-femme est devenue plus détendue. Cela ne signifie toutefois pas que certaines questions ne se posent plus». Mais, poursuit l’abbé Agnell Rickenmann, les femmes font clairement montre d’une attitude «moins militante», et c’est une question de génération.
D’autre part, ajoute-t-il, la CFE aurait dû remarquer qu’il y a des questions, comme l’ordination des femmes au diaconat, qui ne peuvent être résolues qu’au niveau de l’Eglise universelle. Et dans ce domaine, de nombreuses attentes de la CFE ont été «tout à fait irréalistes», ce qui a provoqué des déceptions.
Transformer la Commission en simple «conseil»
C’est dans ce contexte qu’est née la proposition du représentant de la CES auprès de la Commission, l’Abbé d’Einsiedeln Martin Werlen, de transformer la CFE en un «conseil» des évêques. De l’avis de l’abbé Rickenmann, un tel conseil correspondrait mieux aux besoins actuels. «Cet organe conseillerait les évêques du point de vue des femmes et leur fournirait en même temps des ’inputs’». Il va de soi, dans les circonstances actuelles, que cet organe ne serait pas le premier endroit où l’on discuterait de thèmes comme l’accession des femmes au sacerdoce ou le diaconat féminin, relève-t-il.
L’abbé Rickenmann ne veut pas accepter le reproche des femmes démissionnaires selon lesquelles la CFE n’a quasiment reçu aucun écho de son travail. Ainsi la CFE est arrivée fréquemment tardivement avec ses prises de position – par exemple concernant la dignité dans la mort – alors que la Conférence des évêques avait déjà depuis longtemps publié un document sur le sujet. Les propositions des évêques auraient difficilement trouvé grâce aux yeux de la Commission, affirme-t-il. En somme, les relations entre la CFE et la CES auraient été loin d’être simples. Agnell Rickenmann est d’avis que pour l’avenir, il faudra clarifier exactement les questions de procédures et de compétences. (apic/job/be)




