Un pape de l’intérieur

Rome: Premier anniversaire de l’élection de Benoît XVI

Rome, 14 avril 2006 (Apic) «Ora et labora». Cette devise traditionnelle de la famille bénédictine, qui allie la prière et le travail, pourrait être celle de Benoît XVI qui, élu le 19 avril 2005, a accompli sa première année de pontificat dans la discrétion, travaillant aux grands dossiers internes de l’Eglise, tout en assumant l’héritage de son prédécesseur.

Professeur de théologie (1958-1977), cardinal archevêque de Munich (1977-1981) puis préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (1981-2005), Joseph Ratzinger a observé la vie de l’Eglise depuis l’intérieur. La première année de Benoît XVI sur le trône de Pierre, lente et entourée de secret, semble dominée par le souci du règlement des questions internes à l’Eglise au sens large, comme celle de la réintégration des intégristes, de la droiture des candidats au sacerdoce ou de l’unité des chrétiens. Invitant à la collégialité, comme lors du Synode d’octobre 2005, les réunions de chefs de dicastère ou le consistoire privé du 23 mars dernier, Benoît XVI a mis l’accent sur celle-ci, mais entend bien prendre seul ses décisions.

Un héritage difficile.

Depuis un an, Benoît XVI a géré l’héritage du «grand pape» Jean Paul II, et a repris à son compte certaines des initiatives de son «bien-aimé» prédécesseur comme la visite aux paroisses romaines, les catéchèses du mercredi lors des audiences générales et la Journée mondiale de la jeunesse. Lors de la première semaine sainte de son pontificat, à l’inverse, il a aussi mis de côté certaines créations du pape polonais comme la Lettre aux prêtres pour le jeudi saint ou la confession individuelle des fidèles le vendredi saint. Avec la célébration du premier anniversaire de la mort du pape polonais, le 2 avril 2006, selon l’expression du quotidien La Croix, Benoît XVI a marqué «le signal de la fin du deuil» de Jean Paul II. A cette occasion, il a invité les fidèles à «regarder en avant». Mais l a dernière étape, et non des moindres, sera son voyage fin mai prochain sur la terre natale du pape défunt, la Pologne. Il visitera alors des lieux chers à Karol Wojtyla.

Ce regard sur un an de pontificat ne peut faire l’économie d’un rappel des pas importants effectués dans les mêmes temps par son prédécesseur. Ainsi, lors de sa première année à la tête de l’Eglise, Jean Paul II avait voyagé en Amérique centrale, en Pologne, en Irlande et aux Etats-Unis où il était intervenu devant les Nations Unies. Il publiait aussi sa première Encyclique Redemptor hominis, nommait un nouveau cardinal secrétaire d’Etat et convoquait un premier consistoire. Mais ce qui surprenait avant toute chose, c’est le changement radical imposé par Karol Wojtyla dans sa façon de ’faire le pape’. Mais Benoît XVI, érudit et emprunt de tradition, opère le passage, selon Le Figaro, d’un «pontificat du geste à celui de la parole».

Un style nouveau

Moins charismatique que Jean Paul II, le nouveau pape semble pourtant séduire par sa réserve, sa rigueur doctrinale, son sourire et sa voix au timbre doux. Benoît XVI fête ses 79 ans le 16 avril 2006, jour de Pâques. Sobre, avec une vie apparemment minutée, il sait qu’il lui faut économiser ses forces. Lève-tôt et couche-tôt, le pape se donne quotidiennement un temps de repos entre 14h et 16h. Ces derniers temps, il a fait parvenir aux gardes suisses, dont la caserne se trouve sous ses fenêtres, une demande expresse de respecter le silence dans cette tranche horaire. S’il préfère la solitude et le calme, il s’est peu à peu prêté aux bains de foule lors de ses audiences.

S’il n’a pas hésité à recevoir personnellement une série de présidents des différents Länder allemands, Benoît XVI a en revanche fortement réduit le nombre d’audiences privées accordées aux ministres du monde entier et aux nonces apostoliques. Les portes de l’appartement pontifical, largement ouvertes sous Jean-Paul II pour les messes privées ou des déjeuners à la table du pape, se sont refermées avec l’arrivée de Benoît XVI au troisième étage du palais apostolique. Les invités sont rares et la messe du matin est célébrée en petit comité. A la table du pape, les mets sont d’une extrême simplicité, comme dans un monastère. «Ora et labora !»

Les premiers pas

Un nouveau pape est traditionnellement attendu sur sa première Encyclique, censée donner de claires indications programmatiques. Ni réellement sociale, ni entièrement pastorale, la Lettre Encyclique de Benoît XVI a porté sur l’amour chrétien et a été rendue publique le 25 janvier 2006, au début du dixième mois de pontificat. Dans Deus caritas est, ’Dieu est amour’, le pape a condamné les «formes réductrices de l’amour» et invité les fidèles à équilibrer, dans leur vie, le contact avec Dieu et l’attention aux autres. Benoît XVI y a aussi demandé aux Etats de prendre leurs responsabilités en matière de justice sociale et a justifié l’engagement de l’Eglise dans ses oeuvres caritatives. En guise de programme, il a ainsi mis l’amour chrétien au centre du pontificat et de la foi de l’Eglise. Cette première Encyclique a aussi été présentée par le pape lui-même comme un «fondement» pour «la recherche patiente de la pleine communion» des chrétiens.

Ainsi, le pape originaire du pays de la Réforme s’est montré particulièrement attentif au dossier oecuménique. «L’actuel successeur de Pierre assume comme engagement premier celui de travailler sans économiser ses énergies à la reconstitution de l’unité pleine et visible de tous les disciples du Christ», avait-il lancé au lendemain de son élection, affirmant que «la manifestation de bons sentiments ne suffit pas». Son regard et ses gestes se sont alors tournés vers les réformés français réunis en synode en mai 2005, les luthériens finlandais en janvier 2006 et vers les responsables orthodoxes à Athènes, Constantinople et Moscou. Dans un message au Conseil oecuménique des Eglises, en février dernier, il a souhaité «intensifier» les efforts pour «arriver au jour où les chrétiens seront unis».

En matière d’oecuménisme, la pensée du nouveau pape semble résumée dans un message qu’il a adressé à des membres du Patriarcat oecuménique de Constantinople deux mois après son élection: «L’unité que nous recherchons n’est ni une fusion, ni une assimilation, mais le respect de la plénitude multiple de l’Eglise». L’oecuménisme de Benoît XVI est fait de débat théologique, de dialogue et de diplomatie.

Jean Paul II, l’ami des juifs, n’est pas trahi par son successeur qui a déjà reçu moult délégations de représentants juifs au Vatican et a accompli, lui aussi, la démarche symbolique d’entrer dans une synagogue, en août 2005 à Cologne. Les références aux textes de la tradition hébraïque de ce fils de la nation allemande sont légion. Sa visite en Pologne, en mai prochain, prévoit une étape très attendue au camp d’extermination nazi d’Auschwitz. «Juifs et chrétiens ont un riche patrimoine commun», a récemment déclaré le pape allemand devant une délégation juive américaine, avant de préciser que «ceci distingue de nombreuses manières un rapport qui est unique parmi les religions du monde».

Les défis

Ainsi, les relations avec l’Islam sont plus complexes, et il semble que Benoît XVI souhaite orienter le dialogue sur le plan culturel. A Cologne, où sa visite à la synagogue avait marqué les esprits, il avait accordé une audience discrète aux responsables de la communauté musulmane locale, essentiellement turcs, lançant un appel à ce que cesse le terrorisme, «choix pervers et cruel», réclamant le respect de la liberté religieuse et invitant à un «dialogue interreligieux et interculturel entre chrétiens et musulmans». Depuis, le pape a provisoirement unifié la présidence du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux avec celle du Conseil pontifical de la culture, probablement en vue d’unifier prochainement les deux dicastères.

«Pendant un an, j’observe, puis j’agirai». Cette phrase que certains cardinaux prêtent au nouveau pape au soir même de son élection rassure les impatients et inquiète les autres, dont certains membres de la curie romaine. L’unification temporaire de la présidence de quatre conseils pontificaux – le dialogue interreligieux avec la culture, les migrants avec Justice et Paix – permet de penser que le pape, tranquillement, prépare des changements au sein de la curie. Par le passé, le cardinal Ratzinger n’avait pas caché son souhait d’un «amaigrissement» de l’appareil curial. De plus, il n’échappera pas au remplacement de certains hauts prélats nommés par Jean-Paul II et ayant largement dépassé l’âge de la retraite, comme son secrétaire d’Etat et les chefs de plusieurs dicastères. Ces nominations et ces changements, selon certains, sont imminents et pourraient aussi concerner la liturgie, la pastorale de la santé, les laïcs et les communications.

Un autre dossier semble dominer ce début de pontificat: celui des catholiques attachés au rite traditionnel de la messe et des fidèles intégristes. En vue de parvenir à un rapprochement que Jean-Paul II n’a pas réussi à sceller, Benoît XVI réfléchirait à la levée de l’excommunication des évêques schismatiques souhaitant réintégrer l’Eglise et à une libéralisation de la messe selon le rite saint Pie V. Benoît XVI a créé la surprise en recevant le chef de file des intégristes, Mgr Bernard Fellay, en août 2005.

Le pape a réservé d’autres surprises. Il a ainsi reçu en privé le théologien contestataire Hans Küng, en septembre 2005, essayant de se réconcilier avec la frange la plus progressiste de l’Eglise qui le voit encore comme le ’panzerkardinal’. Il s’est posé un autre défi : élever son prédécesseur à la gloire des autels en un temps record, une façon de rendre hommage à Jean Paul II mais aussi d’inscrire son nom dans l’histoire. Ainsi, à peine plus d’un mois après son élection, il a ouvert le procès en béatification du ’serviteur de Dieu’ Jean Paul II.

D’un point de vue géopolitique, ce début de pontificat porte les priorités du prédécesseur polonais. Poursuivant l’engagement du Saint-Siège à promouvoir la paix entre l’ensemble des nations, Benoît XVI avance à petits pas avec Moscou et marque certains points du côté de Pékin. Son premier consistoire a consacré deux évêques défenseurs de la liberté religieuse en Asie: les archevêques de Hongkong et de Séoul. Malgré cela, des signes positifs commencent à arriver de Pékin. «Dernier pape européen» selon le journaliste français Bernard Lecomte, Benoît XVI reste cependant très attentif à ce qui se passe dans le vieux continent, au risque de laisser un peu de côté le reste du monde où vivent aujourd’hui, paradoxalement, 80 % des catholiques.

Après le voyage d’août 2005 à Cologne, prévu par Jean Paul II, et celui de mai 2006 en Pologne comme pèlerinage en forme d’hommage à son prédécesseur, Benoît XVI va entamer ses ’propres’ voyages. L’Espagne, en juillet 2006, pour réaffirmer l’importance des valeurs familiales, la Bavière, en septembre, pour saluer les siens et confirmer les racines chrétiennes du continent européen, puis la Turquie, en novembre, pour un geste envers les orthodoxes et délivrer un message au monde musulman. Européen, Benoît XVI prévoit pourtant de s’envoler les années à venir au Brésil, en Australie, et pourquoi pas au Canada. (apic/imedia/Antoine-Marie Izoard/pr)

14 avril 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 8  min.
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