Rôle déterminant des Français contre la rébellion et colère
Tchad: La crise continue
N’Djamena, 18 avril 2006 (Apic) «Le climat est calme en ville mais on sent monter la colère contre les militaires français, considérés comme les principaux responsables de la défaite des rebelles qui ont tenté de prendre N’Djamena la semaine dernière.
Une grande partie de la population tchadienne considère les mouvements rebelles nés ces derniers mois comme la seule possibilité de changement réel dans le pays. C’est ce que l’agence catholique Misna rapporte aujourd’hui d’une source contactée dans la capitale tchadienne.
Des sources proches du gouvernement ont confirmé à l’agence MISNA le rôle déterminant du contingent français basé au Tchad, dans «l’opération épervier» contre les assaillants du Fuc (Front uni pour le changement). Mais elles ont catégoriquement démenti les rumeurs selon lesquelles des militaires français auraient été responsables de la mort de civils dans des bombardements aériens.
«Les Français ont cependant été déterminants pour trois raisons» poursuit la même source : «ils ont réparé des véhicules que des militaires déserteurs avaient saboté, ils ont fourni des informations précieuses sur les mouvements des rebelles, avec des photos et des reconnaissances aériennes, et surtout, ils ont ramené avec leur aviation les troupes tchadiennes qui se trouvaient dans l’Est du pays. N’Djamena n’aurait jamais pu être défendue sans l’aide des troupes françaises».
D’autres sources confirment que depuis jeudi, l’armée tchadienne a connu de nouvelles désertions, notamment d’une dizaine d’officiers supérieurs ; ils se seraient unis à leurs anciens compagnons qui se sont retournés contre le président Idriss Déby.
Elections présidentielles le 3 mai
A l’approche de l’échéance électorale du 3 mai, certains ont intérêt à déstabiliser le climat avant les élections présidentielles, relève l’agence Misna.
Des sources militaires tchadiennes confirment que les rebelles ont pris de nouvelles localités dans le pays, outre les villes de Bardai et de Zouarké. Quant au ministre des Affaires étrangères tchadien, il a une nouvelle fois accusé le Soudan de soutenir la rébellion tchadienne et de la réarmer pour préparer une nouvelle offensive.
Le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, a déclaré que si la situation au Tchad s’aggrave, elle risque de déstabiliser la région et de faire sombrer la République centrafricaine dans la spirale de violence. Il a demandé au Conseil de sécurité des Nations unies, à l’Union africaine, à l’Union européenne entre autres, de faire pression sur les deux pays afin que la tension ne monte pas davantage.
La donne pétrolière
S’ajoute la donne pétrolière: le président Idriss Déby a pour sa part annoncé que sa production de pétrole se serait pas suspendue, à condition de trouver un accord avec la Banque Mondiale, pour qu’elle débloque le compte bancaire britannique où sont versées les recettes des multinationales. Ces dernières exploitent en effet le pétrole tchadien. Le compte avait été gelé suite à une modification de la loi sur le pétrole, qui supprimait le fonds et détournait la majeure partie de l’argent destiné à la population vers les Secteurs de la sécurité et de l’Intérieur. Le président Déby a également fait marche arrière sur sa menace d’expulser d’ici juin les 200.000 réfugiés soudanais du Darfour qui vivent depuis 2003 dans des camps situés à l’Est du pays. (apic/misna/vb)




