Pour une claire séparation des sphères politique et religieuse
Rome : L’Eglise ne peut se taire sur les droits fondamentaux selon Mgr Lajolo
Rome, 19 avril 2006 (Apic) L’Eglise ne peut se taire lorsque la dignité, les droits fondamentaux de l’homme ou la liberté religieuse sont mis en cause, a déclaré Mgr Giovanni Lajolo au quotidien indonésien Kompas, le 16 avril. Le secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats a souligné une nouvelle fois l’importance de la séparation des sphères politique et religieuse.
«Selon la doctrine de l’Eglise, il y a une distinction dont on ne peut faire abstraction», celle «entre religion et politique», a déclaré Mgr Lajolo, interrogé sur le gouvernement de l’Eglise. «La politique s’occupe surtout de la sécurité, de la liberté – et notamment la liberté religieuse – et du bien-être social de tous, indépendamment de la religion à laquelle ils appartiennent», a-t-il expliqué. «La religion considère au contraire le bien spirituel des personnes et leur rapport avec Dieu, entre elles et avec les autres, sur la base de la foi».
La foi, ne «peut seulement correspondre à une profonde conviction personnelle» et «si elle n’est pas libre, ne peut pas être authentique ni digne de Dieu et de l’homme», a aussi estimé le diplomate. Pour lui, «l’Etat ne doit intervenir d’aucune façon dans les questions internes aux religions, pour lesquelles il n’a pas de compétence, mais seulement en garantir la liberté». «Réciproquement, les responsables des communautés religieuses ne doivent pas interférer dans l’activité politique», a-t-il ajouté.
Interrogé sur le risque de mélange ou de superposition des fonctions politique et religieuse au Vatican, Mgr Lajolo a répondu que ce problème «ne se posait pas», puisqu’il s’agissait de «deux sphères différentes». Si l’Etat de la Cité du Vatican est un «vrai Etat», mais de «réalité politique minuscule, – ayant seulement la fonction de garantir l’indépendance du pape de tout pouvoir civil -», le Saint-Siège, soit le pape et la curie romaine, «suprême autorité de l’Eglise catholique», n’est pas «un organe de gouvernement civil, et donc avec des fonctions politiques».
Ainsi «le vaste réseau d’ambassades du Saint-Siège, appelées techniquement nonciatures apostoliques, ne suivent pas comme les autres ambassades les questions de politique, de défense, de commerce etc. mais celles concernant la liberté de l’Eglise et les droits humains», a souligné le diplomate du Saint-Siège. «Le Saint-Siège intervient partout pour garantir le statut juridique de l’Eglise et, dans certains pays, pour défendre les fidèles catholiques opprimés ou victimes de pressions ou de discriminations», a-t-il aussi précisé. Interrogé sur «le succès de l’action diplomatique du Saint-Siège», il a répondu qu’il n’était «pas simple à mesurer», car il dépend «des pays, des sensibilités et de la bonne foi de l’interlocuteur».
L’Eglise, gardienne de la vérité évangélique
«L’Eglise est le gardien ferme et sûr de la vérité évangélique sans aucune concession au relativisme, à l’hédonisme ou aux institutions contre-nature, comme le dit ’mariage homosexuel’», a par ailleurs affirmé l’archevêque. Cependant, «malgré la ferme opposition de l’Eglise, il arrive que les forces politiques prennent des positions qu’elle considère profondément contraires à la loi naturelle, au bien de la personne humaine et au bien commun». Si «l’Eglise ne prétend d’aucune façon imposer une loi civile, si les forces politiques ne se la donnent pas», a-t-il alors précisé, se référant au principe de séparation des sphères politiques et religieuses, en revanche, les évêques du pays concerné «cherchent à éclairer les catholiques sur des questions morales posées par la législation ou l’action politique, sur la base d’argumentations rationnelles».
Finalement interrogé sur la vision du dialogue interreligieux et interculturel de Benoît XVI, il a rappelé que le pape avait, dès le début, mis son ministère «au service de la réconciliation et de l’harmonie entre les hommes et les peuples». «Il est certain qu’un conflit des cultures, ou pire, des religions, pourrait diviser les peuples encore plus qu’ils ne le sont maintenant», a-t-il estimé. D’après lui, «Benoît XVI continuera en conséquence l’engagement pour le dialogue interreligieux» et «ne manquera pas de renforcer aussi le dialogue interculturel en raison des différences concomitantes de culture et de mentalité chez les disciples des différentes religions». A ce sujet, Mgr Lajolo a expliqué que le dialogue interreligieux visait «à mieux connaître la position de foi de l’interlocuteur et à mieux faire connaître la sienne» afin de «renforcer les lie ns d’estime personnelle» entre eux. «Le dialogue interreligieux ne cherche pas à rendre ceux qui y participent moins fidèles à leurs propres convictions religieuses, mais à ouvrir toujours plus les esprits et les coeurs à la volonté de Dieu», a-t-il conclu. (apic/imedia/ar/bb)




