50 organisations chrétiennes font part de leur désaccord
France: Le projet de loi sur l’immigration du ministre Sarkozy rencontre de la résistance
Paris, 25 avril 2006 (Apic) Une cinquantaine d’organisations chrétiennes ont lancé lundi un appel à l’opinion à propos du projet de loi de Nicolas Sarkozy sur l’immigration et l’intégration pour «ne pas transiger avec le droit de l’étranger». Ces voix s’ajoutent à celles des Eglises en France, et en particulier à celle de l’Eglise catholique, avec les évêques, lors de leur récente assemblée plénière à Lourdes, qui ont fait part de leur total désaccord avec le ministre français.
«Nous aimerions que des hommes d’Etat responsables nous expliquent qu’avant d’être hexagonal, le problème de l’immigration est d’abord international», a déclaré Jean-Pierre Richer, président du Secours Catholique au cours d’une conférence de presse tenue conjointement avec la Cimade, le CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement) et le Service National de la Pastorale des Migrants.
Jean-Pierre Richer l’a affirmé d’emblée: la démarche est «exceptionnelle». Exceptionnelle dans sa forme, puisqu’il s’agit de prendre position publiquement dans un débat politique, en l’occurrence celui qui doit s’ouvrir le 2 mai à l’Assemblée nationale sur le projet de loi «Immigration et intégration» présenté par Nicolas Sarkozy. Exceptionnelle sur le fond, puisque ce sont une cinquantaine d’organisations chrétiennes qui ont signé cet appel à «ne pas transiger avec le droit de l’étranger», présenté lundi 24 avril au siège du Secours catholique à Paris, écrit pour sa par le quotidien catholique «La Croix» dans son édition de mardi.
«Nous souhaitons éclairer les consciences, de manière juste à l’égard du gouvernement, et honnête vis-à-vis de l’opinion», a expliqué Jean-Pierre Richer. Le président du Secours catholique reconnaît des aspects positifs au projet du ministre de l’intérieur: la nécessité de l’immigration y est reconnue, comme celle de faciliter l’intégration (création d’une « journée de la fraternité»); le vocabulaire outrageant est supprimé; la possibilité d’amendements reste ouverte.
Pas au service de l’intérêt commun
Mais le responsable du Secours Catholique s’interroge: ce projet sert-il l’intérêt du bien commun? Pour lui la réponse est «non». ET d’expliquer: d’abord, parce qu’il n’évoque pas la dimension internationale de l’immigration et ne prend aucun engagement en matière de solidarité Nord-Sud. Ensuite, parce que «l’esprit» même du projet de loi – «xénophobe et xénophile par exception» pose problème: «Il élève des barrières en mettant en place des portillons tout juste entrebâillés et seulement par utilitarisme, qui laisseront passer les bons immigrants et rejetteront ceux qui fuient simplement la misère pour gagner un pays qu’ils imaginent de cocagne».
Ce projet ne présente aucune disposition positive, souligne pour sa part Patrick Peugeot, président de la Cimade (association oecuménique d’entraide), cité lui aussi par «La Croix», avant de lister une série de mesures qui, selon lui, posent le plus problème. Et en premier lieu la limitation grave du droit de vivre en famille, qui était l’un des piliers de la politique d’immigration.
Cette campagne d’opinion fait suite à la prise de position de l’Eglise catholique. En Assemblée plénière à Lourdes, les évêques français avaient en effet souligné leur désaccord avec le projet de loi sur l’immigration. Ils l’avaient du reste exprimé le 10 avril par lettre au ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy. «Notre devoir, c’est d’élever la voix. Nous disons «pas d’accord». L’immigration choisie plutôt que subie, c’est très à la mode dans le monde occidental. Mais pas d’accord pour que nous prenions aux pays pauvres les cerveaux, les «bons» immigrés, et laissions» les plus pauvres, avait expliqué à la presse Mgr de Berranger, président de la Commission épiscopale de la mission universelle de l’Eglise, évêque de Saint-Denis.
Face à ces désaccords, également exprimés par les Eglises chrétiennes de France, le ministre de l’Intérieur Sarkozy avait répondu par lettre à ces Eglises, lettre dans laquelle il assure qu’il sera «attentif à ce que le texte soit utilement amendé» lors du débat parlementaire début mai.
Musulmans en désaccords également
Le recteur de la Grande mosquée de Lyon Kamel Kabtane avait également fait part le 22 avril de ses «inquiétudes» sur le projet de loi de Sarkozy sur l’immigration, estimant qu’il portait «atteinte au pacte républicain» et s’enfermait «dans la conception d’une France faiblissante». «Calquer la politique de l’immigration sur les seuls besoins économiques de la France est une option qui se place en rupture avec les traditions humanistes du pays», avait-il assuré. Selon lui, défendre ce modèle, c’est «suggérer que le pays aurait atteint le seuil de tolérance et que les étrangers ne peuvent être acceptés que s’ils servent les intérêts actuels de la France». (apic/com/ag/cx/pr)




