Fondation du Conseil suisse des religions, une première mondiale

Suisse: Chrétiens, juifs et musulmans pour une cohabitation paisible

Jacques Berset, Apic

Berne, 15 mai 2006 (Apic) Chrétiens, juifs et musulmans de Suisse disposent depuis lundi 15 mai d’un instrument inédit au plan européen, voire mondial, à savoir un «Conseil suisse des religions», en anglais le «Swiss Council of Religions/SCR». Les dirigeants de ces importantes communautés religieuses ont signé en matinée un «mandat» élaboré conjointement dans le but de contribuer au maintien et à la promotion de la paix religieuse en Suisse.

Avec cette plate-forme unique au sein de laquelle sont représentées les trois grandes religions monothéistes, la Suisse fait oeuvre de pionnier en matière de dialogue interreligieux. Il s’agit là d’une «pierre miliaire» dans le dialogue entre les communautés religieuses, bien qu’on ne puisse pas dire qu’en Suisse la paix religieuse soit actuellement menacée, a précisé lundi l’initiateur de ce projet, par le pasteur Thomas Wipf, président du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de suisse (FEPS), et premier président du SCR.

Le secrétariat – la logistique de ce nouveau Conseil qui se réunira au minimum deux fois par an – sera assuré par le pasteur Markus Sahli, responsable du Département des relations oecuméniques de la FEPS et assistant personnel du président Wipf. L’idée de ce Conseil dont font partie les trois Eglises nationales – catholique-romaine, catholique-chrétienne et évangélique réformée -, la Fédération Suisse des Communautés Israélites (FSCI) et la Plateforme des juifs libéraux de Suisse, la Coordination des organisations islamiques de Suisse (KIOS) et la Fédération d’Organisations Islamiques en Suisse (FOIS) – remonte à la deuxième guerre du Golfe.

Pour promouvoir la paix religieuse

A la veille du déclenchement de l’invasion de l’Irak, il y a trois ans, la FEPS avait mis sur pied une célébration avec la Conférence des évêques suisses (CES), l’Eglise catholique-chrétienne, la FSCI et la Coordination des organisations islamiques de Suisse. Les responsables religieux s’étaient alors réunis à la collégiale de Berne pour prier pour la paix. Un signe d’autant plus fort que cette guerre risquait d’être instrumentalisée religieusement de divers côtés. De plus, il faut noter que la carte religieuse de la Suisse et la fonction des Eglises et des communautés religieuses ont radicalement changé ces dernières années, estiment les initiateurs de ce projet qui veulent promouvoir le dialogue entre religions, devenu désormais «incontournable».

Chrétiens, juifs et musulmans ont aujourd’hui leur part de responsabilité dans le maintien d’une cohabitation religieuse et sociale paisible, notent-ils. En ce sens, le nouveau Conseil suisse des religions se veut une plate-forme de dialogue au niveau national, qui offrira son expertise et pourra servir d’interlocuteur, notamment à l’égard des autorités fédérales. «On n’a cependant pas envie de devenir un ’parlement des religions’ dans le pays, mais on veut parler des faits concrets nous concernant, comme par ex. la construction d’un minaret», a relevé le pasteur Wipf en faisant allusion à un cas qui s’est présenté dans la commune soleuroise de Wangen. Il a déploré que certains partis politiques en Suisse parlent plus de l’islam «vu d’en haut» alors qu’ils devraient plutôt discuter avec les représentants de cette communauté qui fait désormais partie de notre paysage.

Les membres du SCR sont l’évêque de Bâle, Mgr Kurt Koch, vice-président et responsable du dialogue oecuménique au sein de la Conférence des évêques suisses (CES), le pasteur Thomas Wipf, président du SCR, Mgr Fritz-René Müller, évêque de l’Eglise catholique-chrétienne de Suisse, le professeur Alfred Donath, président de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI), Farhad Afshar, président de la Coordination des organisations islamiques en Suisse (COIS), et Hisham Maizar, président de la Fédération des organisations islamiques faîtières de Suisse (FOIS).

Comme les quelque 300’000 musulmans (plutôt 350’000 a précisé Hisham Maizar, en notant la croissance rapide des communautés musulmanes) qui vivent en Suisse sont organisés en plus de 300 associations «nationales-ethniques» et ne disposent pas d’une organisation faîtière, ils auront ainsi droit à deux représentants pour leur garantir une certaine représentativité. Il faudra bien un jour arriver à un Conseil central des musulmans de Suisse, a-t-il souligné. Le dialogue religieux, jusqu’à présent exclusivement bilatéral, sera pour la première fois abordé sur un plan multilatéral, estime Alfred Donath, ce qui contribuera à une meilleure compréhension mutuelle. On pourra ainsi éviter de nombreuses tensions.

On ne va pas créer une «super-Eglise»

Il ne s’agit évidemment pas de créer une «super-Eglise» – les débats ne porteront pas sur des questions théologiques -, mais de favoriser la paix confessionnelle et de traiter de thèmes concrets de politique religieuse. Le SCR sera ainsi un partenaire de référence pour les autorités politiques suisses.

Pour le moment, le SCR regroupe les grandes religions monothéistes, dans le but d’améliorer la compréhension mutuelle entre les communautés religieuses de tradition abrahamique. Il faudrait trouver le moyen d’intégrer les quelque 300’000 orthodoxes vivant en Suisse, mais c’est à eux de trouver qui pourra les représenter. Quant aux Eglises évangéliques libres, si certaines se sentent représentées par la FEPS et sont prêtes au dialogue interreligieux, d’autres auront encore du chemin à faire, a noté le pasteur Wipf. Le Conseil n’exclut pas d’emblée d’accueillir d’autres religions, comme les hindouistes et les bouddhistes, présentes également en Suisse.

Farhad Afshar espère que le nouveau Conseil poussera les musulmans de Suisse à s’organiser selon le modèle des Eglises nationales dans des communautés de droit public avec des élections démocratiques. Le responsable musulman espère à l’avenir que dans un débat comme celui suscité par les caricatures de Mahomet, juifs et chrétiens s’engageront en faveur des musulmans.

Mgr Kurt Koch a estimé très positif que les autorités aient un tel Conseil comme interlocuteur. Citant «Nostra aetate», l’évêque de Bâle a rappelé qu’avec cette déclaration conciliaire, le Concile Vatican II avait clarifié le rapport de l’Eglise catholique avec les religions non chrétiennes et instauré ainsi officiellement le dialogue interreligieux. La déclaration était motivée par la conviction que Dieu agit dans toutes les religions et qu’en toutes habitent la vérité et la sainteté. Et d’insister sur le fait que plus que jamais dans notre société contemporaine, les religions doivent s’épauler mutuellement. JB

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15 mai 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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