Les minorités craignent l’adoption d’une loi anti-conversion
Sri Lanka: Trois églises attaquées en moins d’un mois, moines bouddhistes accusés
Colombo, 17 mai 2006 (Apic) Trois églises ont été attaquées en moins d’un mois au Sri Lanka. Certains moines bouddhistes nationalistes seraient derrière ces attentats, dénonce l’agence américaine Compass Direct News Service – citée par l’agence de presse catholique AsiaNews – qui rapporte une série d’incendies criminels et de violentes menaces contre des objectifs chrétiens dans le pays.
Selon l’agence américaine basée à Santa Ana, en Californie, spécialisée sur le sort des chrétiens persécutés pour leur foi dans le monde, l’incident le plus récent a eu lieu le 6 mai dernier, quand une foule fanatisée, guidée par un moine bouddhiste, a attaqué le chantier d’un bâtiment religieux construit par l’»United Christian Fellowship» à Poddala, dans le district de Galle, sur un terrain acquis légalement.
Le religieux et ses hommes de main ont menacé le pasteur et les ouvriers présents sur les lieux. La foule criait qu’elle mettrait le feu si les travaux ne s’arrêtaient pas. Le pasteur a expliqué qu’il ne s’agissait pas d’une église, mais d’un espace pour les réunions de la communauté, mais les travaux sont pour le moment suspendus étant donné les menaces.
Le 30 avril dernier, des moines bouddhistes avaient déjà mené une attaque semblable, mais cette fois-ci contre une église méthodiste à Piliyandala, au sud est de Colombo. Cet édifice religieux avait déjà été attaqué la semaine précédente. Selon des témoins oculaires, quelques moines et leurs affidés ont empêché les fidèles de participer aux cultes dominicaux. La foule a mis le feu à des pneus devant l’église pour faire peur aux fidèles et les empêcher d’entrer dans l’édifice.
La police, appelée sur place, a dépêché 30 hommes, mais ils n’ont pu intervenir, «attendant des ordres de leurs supérieurs». Finalement, les forces de l’ordre ont arrêté 10 émeutiers, exigeant pour les libérer une caution individuelle de quelque 243 dollars. Toujours à Piliyandala, l’église de l’Assemblée de Dieu doit également faire face à de fortes oppositions. Les habitants du lieu menacent d’organiser des protestations de masse si l’église n’est pas fermée. Selon l’Alliance évangélique nationale du Sri Lanka, cette église avait déjà subi une attaque à la bombe qui l’avait complètement détruite le 25 septembre 2003. Suite à la reconstruction de l’église, les villageois sont allés au tribunal en 2004 pour tenter d’obtenir sa fermeture, mais la justice a estimé que les chrétiens avaient le droit de se réunir pour leur culte.
L’intolérance vient du parti des moines bouddhistes «Jathika Hela Urumaya» (JHU)
C’est le parti des moines bouddhistes «Jathika Hela Urumaya» (JHU) qui a lancé une dangereuse loi anti-conversion encore en phase de discussion dans le pays. Malgré les promesses du nouveau gouvernement du Sri Lanka de respecter la liberté religieuse, les chrétiens sri-lankais craignent en effet l’adoption prochaine par le parlement de Colombo d’une loi anti-conversion – intitulée «Bill on Prohibition of Forcible Conversion» – qui les mettrait en danger. Les minorités religieuses demandent au président Mahinda Rajapakse – élu en novembre dernier – de respecter les promesses faites alors aux citoyens.
La proposition du «Bill on Prohibition of Forcible Conversion» a été faite en juillet 2004 par le parti des moines bouddhistes «Jathika Hela Urumaya» (JHU). La législation prévoit que tout individu est tenu d’informer de sa conversion les autorités locales dans un délai donné. Elle dispose également que «personne ne convertira ou cherchera à convertir des personnes d’une autre religion par la force ou par des moyens frauduleux».
En août 2004, la Cour suprême avait statué sur ce projet de loi, déclarant deux points non compatibles avec l’article 10 de la Constitution, qui garantit la liberté religieuse et le droit d’avoir ou d’adopter une religion ou un credo de son propre choix. (apic/asianews/be)




