Les fronts se durcissent: de victime à coupable
Delémont: Conférence de Caritas Jura sur l’invalidité pour raisons psychiques
Delémont, 8 juin 2006 (Apic) A l’heure de la 5ème révision de la loi sur l’assurance invalidité (LAI), les fronts se durcissent et «ça bout dans la marmite», dénonce Caritas Jura. Cette révision se fait dans un but principal d’économies, estime l’oeuvre d’entraide des catholiques en Suisse.
L’assurance invalidité a servi jusqu’à maintenant de solution de repli pour éluder les questions du «stress dans le monde du travail» et de «dégradation de la santé psychique». Secrétaire générale de Pro Mente Sana, association romande de défense des intérêts et des droits des personnes handicapées psychiques, Nathalie Narbel a exprimé publiquement ses réserves à Delémont à l’invitation de Caritas Jura.
Premier grief: la loi révisée, en discussion en ce mois de juin au Conseil des Etats à Berne, repose toujours sur le postulat que le marché du travail est équilibré et que le droit à la rente est le corollaire de l’incapacité de gain. L’effort d’économie ne sera pas partagé par les employeurs, même si la question du financement additionnel est repoussée à l’hiver prochain.
Réduire le nombre de rentes AI de 20 %
L’objectif avoué est de réduire le nombre de rentes d’invalidité de 20 %, en favorisant notamment la réintégration dans le monde du travail (En 2004, on comptait 427’000 bénéficiaires de rentes AI). Par quels moyens dans le monde économique actuel, se demande la conférencière. Quelle ironie lorsque l’on sait que seulement 0,8% des places de travail étaient occupées par des personnes handicapées en 2003 en Suisse (4% en France et en Allemagne) ! Les mutations du monde du travail ont des conséquences sur la santé des gens et ceci est nié.
Le discours et les écrits populistes, du quotidien de boulevard alémanique «Blick» en particulier, repris par des médias romands, favorisent les préjugés en mettant en avant la thèse des abus. La proportion d’abus est reconnue très faible par l’Office fédéral concerné.
La hausse du nombre de rentiers AI en Suisse n’est pas une exception en Europe où le taux est plus élevé. Cette hausse provient d’un problème social. Il est donc illusoire de tenter de le régler par le nombre, estime la responsable de Pro Mente Sana.
Les causes de cette augmentation: la modification de la structure des âges, l’élargissement de la notion de maladie, l’augmentation du chômage et la précarité de l’emploi, le manque de volonté des entreprises d’employer des personnes handicapées, la disparition de l’entraide, la dislocation de la famille traditionnelle et les problèmes de couples.
Culpabilisation du rentier AI pour causes psychiques
Chacun, à un moment ou à un autre de sa vie, peut être touché par une maladie psychique, à un degré plus ou moins fort. La maladie psychique n’est pas détectable au premier coup d’oeil, mais chacun s’improvise expert: «C’est de la responsabilité individuelle, c’est un manque de volonté.»
Le deuxième grand grief de Nathalie Narbel contre la révision se situe sur le point de «la détection précoce» dans la révision en cours, comme une incitation à la délation jusqu’au coeur de la famille. Ce projet est de nature à violer la sphère privée, la protection des données et le secret médical, qui a déjà pris du plomb dans l’aile.
Un rapport de la stratégie nationale qui vise à protéger, promouvoir, maintenir et rétablir la santé psychique de la population en Suisse, pour notamment lutter contre le nombre de cas de suicide et de burn-out, dit que cette santé dépend de facteurs économiques, sociaux et politiques. Adapter la législation est une mesure préconisée dans le plan d’action mis en oeuvre: «Ce n’est pas ce qu’on est en train de faire dans la 5ème révision de la LAI !», a considéré la conférencière. (apic/sic/be)




