La fin des hostilités n’est pas pour demain
Somalie: Des Eglises lancent un appel à la communauté internationale
Nairobi, 11 juin 2006 (Apic) Des Eglises et des agences humanitaires en Afrique de l’Est ont exprimé leur vive préoccupation après les derniers événements et la prise de la capitale, Mogadiscio par les islamistes. Elles lancent un appel en faveur d’un renforcement de la présence internationale dans ce pays ravagé par la guerre.
Sur le terrain des hostilités, le plus haut dignitaire musulman en Somalie, Sheikh Nur Barud, a appelé mercredi à la «guerre contre les infidèles», en référence aux chefs de guerre soutenus par les Etats-Unis. Les deux camps s’affrontent depuis février, les milices islamistes et les chefs de guerre aidés financièrement par les Américains. Mogadiscio, la capitale, est majoritairement contrôlée par les milices islamistes qui y rencontrent cependant une résistance.
La milice des tribunaux islamiques qui s’est emparée de Mogadiscio a entamé en fin de semaine des pourparlers avec le gouvernement intérimaire somalien. Face à la confusion et à l’incertitude, Eglises et agences humanitaires réagissent: «Il est grand temps que la communauté internationale intervienne pour que les Somaliens ne soient plus livrés à eux-mêmes. Il faut qu’elle dise : «ça suffit», a déclaré à l’Agence OEcuménique ENI Karimi Kinoti, représentant régional de l’organisation humanitaire britannique Christian Aid.
Des milices islamiques ont annoncé le 5 juin qu’elles avaient pris le contrôle de la capitale somalienne Mogadiscio, après les combats de ces dernières semaines, opposant des groupes rivaux, qui ont fait des centaines de morts.
La Somalie a besoin d’urgence de l’aide humanitaire à cause de la sécheresse qui sévit en Afrique de l’Est, a déclaré Karimi Kinoti, mais, en raison du conflit, les agences humanitaires ont du mal à y mener leurs opérations.
Le pays n’a pas été gouverné efficacement depuis le renversement du président Siad Barré en 1991. Les pays de la région avaient bien offert leurs bons offices en vue d’un accord de paix pour la Somalie en 2004, mais le gouvernement provisoire qui s’était alors formé peine à contrôler la situation. «Signer un accord est une chose, l’appliquer en est une autre», a déclaré le pasteur Fred Nyabera, directeur exécutif de l’Association des conseils chrétiens et des Eglises dans la région des Grands Lacs et de la Corne de l’Afrique. «C’est maintenant à la communauté internationale d’intervenir».
Mise en garde
Le conseiller spécial des Nations Unies pour les personnes déplacées, Dennis McNamara, a lancé une mise en garde à Nairobi en signalant que la crise pourrait s’intensifier s’il n’était pas mis fin aux combats. «Nous ne pouvons pas laisser la situation continuer à dégénérer», a commenté Dennis McNamara. «Cela fait bien trop longtemps qu’on feint de l’ignorer. Il faut que cela change».
Cela n’en prend guère le chemin: «Tous les Somaliens doivent défendre les tribunaux islamiques parce qu’il ne s’agit pas de combats entre clans, mais d’une guerre contre les infidèles», a déclaré Sheikh Nur Barud lors d’une intervention sur des radios locales somaliennes, laissant craindre une reprise des affrontements.
«Ces combats sont entre ceux qui soutiennent l’islam, d’une part, et les envahisseurs impies et ceux qui les soutiennent, d’autre part», a ajouté ce religieux membre des tribunaux islamiques, en référence à l’ARPCT, appuyée par les Etats-Unis.
«Il apparaît clairement qu’un brûlant débat est en cours au sein de l’Union des Tribunaux islamiques entre l’aile modérée et l’aile radicale; nous ne savons pas qui aura le dessus, mais nous avons une seule certitude: que les gens de Mogadiscio son las de cette guerre et demandent le retour de la paix et de la légalité» a pour sa part commenté à Misna un représentant de la société civile de la capitale somalienne, désireux de garder l’anonymat pour raison de sécurité. «Il est encore trop risqué de parler ouvertement» dit-il au téléphone depuis Mogadiscio. «On sent en ville une étrange euphorie, parce que l’on a la nette sensation que l’ère des seigneurs de guerre est terminée, mais on ne sait pas ce que l’avenir proche va nous réserver».
Depuis deux jours, ce sont les membres desdits Tribunaux islamiques qui contrôlent la capitale, ayant remporté une longue bataille contre les miliciens de ladite Alliance contre le terrorisme, soldée en 4 mois par 350 morts, 1.500 blessés et des milliers de déplacés. «Nous savons de source sûre que les Tribunaux islamiques ont renvoyé à la semaine prochaine toute décision importante, comme par exemple l’éventuelle imposition de la Charia, la loi coranique, leur participation au gouvernement de transition et l’éventualité de créer une administration autonome pour Mogadiscio» poursuit notre interlocuteur.
Risque de «talibanisation»
«Le fait que les leaders des Tribunaux aient envoyé un document proclamant leur disponibilité au dialogue avec le gouvernement de transition est certainement une chose positive». Le vrai défi concerne maintenant les fragiles institutions de transition créées en octobre 2004, avec une formule qui garantit une représentation équitable pour les 4 principaux clans somaliens: réussiront-ils à tirer un profit après la sortie de scène des seigneurs de guerre, dont certains ont fait partie de ce gouvernement?
«Nous nous le demandons aussi» dit le représentant de la société civile ; «le gouvernement n’a pas les outils pour s’imposer et il a jusqu’à présent contrôlé de très petites parties de la Somalie. Le futur de la paix dans le pays dépendra aussi de la manière avec laquelle les Tribunaux islamiques entendront collaborer avec les institutions». Pour l’instant, les Tribunaux, formés pour l’essentiel de membres du clan Aber Gedir, «ont recueilli le consentement général de la population, mais il y a eu des protestations, comme celle du clan adverse Abgal».
Certains observateurs parlent d’un risque de ’talibanisation’ de la Somalie : «je ne crois pas que ce soit le cas – dit notre source – il ne s’agit pas d’une question religieuse mais de l’utilisation que certains veulent faire de la religion. L’Islam somalien est lié à notre structure sociale nomade et n’a pas de traits radicaux, qui sont tout de même présents dans une mesure minime». (apic/eni/misna/pr)




