Les catastrophes en série ont dopé le marché des donations
Lucerne: Une année 2005 de tous les records pour Caritas-Suisse
Lucerne, 13 juin 2006 (Apic) Année catastrophique ou année record? Dans le cas des oeuvres d’entraide, les deux qualificatifs vont de pair. Si 2005 a été marqué par tous les fléaux possibles et imaginables, elle a dopé le marché des dons, y compris chez Caritas-Suisse, comme le révèle son rapport annuel.
«L’année 2005 entrera dans l’histoire comme celle de toutes les catastrophes». Le ton est donné, dans le rapport 2005 de Caritas-Suisse diffusé le 13 juin, par son directeur Jürg Krummenacher. Et de citer notamment le tsunami, qui a ravagé les côtes d’Asie du Sud juste avant Nouvel-An, les graves inondations en Roumanie et en Suisse, puis les violents ouragans à La Nouvelle-Orléans et en Amérique centrale, et bien entendu le séisme dévastateur au Cachemire. Pour les sinistrés du tsunami, rappelle le directeur, la population suisse a versé des dons pour un montant de près de 400 millions de francs, dont 226 millions à la Chaîne du Bonheur.
Le secteur «Coopération» de Caritas-Suisse, afin de mener à terme les projets de reconstruction dans ces régions dévastées, a vu son budget 2006 atteindre des chiffres record: 80 millions de francs, soit 30 millions de plus que l’année précédente. «Rien que pour l’aide aux victimes du tsunami en Inde, au Sri Lanka, en Indonésie et en Thaïlande, un programme de 111 millions est planifié pour les trois à quatre prochaines années», précise Jürg Krummenacher. A cet effet, une vingtaine de nouveaux collaborateurs internationaux ont été engagés dans ces régions. Le tsunami de décembre 2004 avait fait 286’000 morts et près d’un million et demi de sans-abri.
Afin d’utiliser les fonds à bon escient, Caritas-Suisse s’engage à remplir certaines conditions dans leur attribution. «Il s’agit par exemple d’identifier soigneusement chaque situation de détresse, d’impliquer les intéressés et d’évaluer les répercussions de l’action humanitaire sur les communautés villageoises. Il faut entretenir une bonne coordination et s’accorder avec les autres acteurs», affirme le directeur de Caritas-Suisse.
Et les «conflits oubliés»?
Ces catastrophes impressionnantes, qui suscitent un merveilleux élan de solidarité, ne doivent cependant pas occulter les «conflits oubliés». Caritas-Suisse souligne dans son rapport qu’elle s’engage également dans des régions qui ne sont plus sous les feux de l’actualité, comme le Darfour. Près de deux millions de personnes ont fui cette région du Soudan et vivent de l’autre côté de la frontière, au Tchad», rappelle Jürg Krummenacher.
Dans le cadre d’une alliance oecuménique, Caritas-Suisse a déjà procuré des biens de première nécessité à plus de 300’000 réfugiés, construit 22 cliniques, creusé 80 puits et remis en état 16 écoles. L’organisation d’entraide signale qu’elle est également active dans d’autres régions du monde, comme la Somalie, le Rwanda, la Bosnie, le Kosovo, la Birmanie et le Sud-Soudan, qui «ne font que rarement les gros titres des médias».
Dans son éditorial, le président de Caritas-Suisse Fulvio Caccia rappelle que fin 2005, le comité a approuvé sa Stratégie 2010. Ce document «met l’accent en particulier sur les tendances qui se développent dans les domaines économique, politique, culturel, religieux et parmi les organisations à but non lucratif». «Sur le plan mondial, l’analyse de Caritas prévoit une aggravation des tensions sociales provoquées par l’explosion démographique, l’urbanisation galopante et le sida», souligne son président, ajoutant que «les mégapoles des pays en voie de développement vont devenir de plus en plus ingouvernables». En Suisse, l’organisation d’entraide prévoit une croissance des «inégalités liées à la redistribution des revenus et des richesses» et une «augmentation du nombre d’emplois précaires».
Caritas-Suisse a analysé son fonctionnement interne à partir de cinq auditions auxquelles ont participé 30 experts externes. Elle se positionne comme «une oeuvre d’entraide pluridisciplinaire à la fois digne de confiance, flexible, professionnelle, ouverte sur le monde et moderne, qui doit pouvoir compter sur un large appui financier et disposer, en Suisse comme à l’étranger, d’un réseau varié et performant».
Intensifier le travail d’information politique
Au niveau de ses objectifs stratégiques, Caritas entend «intensifier et systématiser son travail d’information politique. Mais elle veut aussi rechercher davantage le dialogue avec l’économie et les partenaires sociaux, principalement sur des questions de politique sociale», relève Fulvio Caccia. Quant au Réseau Caritas national, il centre son activité sur quatre priorités: la pauvreté et l’exclusion sociale; le chômage; la migration; l’accompagnement des malades et des mourants.
Au niveau comptable, l’année 2005 se solde par des entrées dépassant 122 millions de francs, soit 25,5 millions de plus que l’année précédente. C’est dans le domaine des dons (+ 11 millions) et des contributions de la Chaîne du Bonheur (+ 16 millions) que la différence s’est faite le plus ressentir. Plus de la moitié des dépenses, 60 sur les 122 millions, a été attribuée à la Coopération internationale. Ce secteur a connu une augmentation de plus de 14 millions par rapport à 2004. «Avec 514 projets dans 78 pays, Caritas a pu soutenir plusieurs centaines de milliers de personnes dans leurs efforts pour assurer leur subsistance à long terme», a souligné dans son rapport Norbert Kieliger, responsable du secteur «Coopération internationale». (apic/bb)




