Sous le signe de l’éloge de la famille

Espagne: Voyage du pape à Valence

De notre envoyé spécial à Valence, Antoine-Marie Izoard, agence I.Media

Rome, 9 juillet 2006 (Apic) Le pape Benoît XVI a consacré samedi la première partie de sa brève visite de 26 heures à Valence, dans l’est de l’Espagne) à la défense de la famille, «centre névralgique de la société», et d’une Eglise catholique espagnole affaiblie par la rapide laïcisation de l’Espagne.

Le pape a été chaleureusement accueilli par des dizaines de milliers de fidèles. Benoît XVI a d’emblée «invité les gouvernements et les législateurs à réfléchir sur le bien évident que les foyers en paix et en harmonie assurent à l’homme, à la famille, centre névralgique de la société», durant une veillée à la Cité des arts et des sciences de Valence.

Dans une ville pavoisée aux couleurs jaune et blanc du Vatican, le pape a commencé sa visite par une prière à la mémoire des 42 victimes de l’accident du métro de Valence, à la station «Jesus». Dans l’après-midi il a un bref entretien, qualifié d’»aimable et courtois», avec le chef du gouvernement espagnol, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, ainsi qu’avec le roi et la reine d’Espagne. «Mon désir est de proposer le caractère central, pour l’Eglise et pour la société, de la famille fondée sur le mariage», a-t-il déclaré à son arrivée à l’aéroport, accueilli par le roi d’Espagne Juan Carlos et la reine Sofia, ainsi que par M. Zapatero.

Aux évêques espagnols, rassemblés dans la cathédrale de Valence, il a remis une lettre pastorale les exhortant à «continuer à proclamer sans (se) décourager que se passer de Dieu, agir comme s’il n’existait pas ou reléguer la foi dans la sphère purement privée détruit la vérité de l’homme et hypothèque l’avenir de la culture et de la société».

Interrogé par des journalistes à bord de l’avion qui l’emmenait à Valence, il avait affirmé vouloir «mettre la lumière sur les choses positives» plutôt que sur «le négatif», prenant le contre-pied de déclarations très dures de certains prélats espagnols ou du cardinal colombien Alfonso Lopez Trujillo, organisateur de la rencontre de Valence.

«Mettons la lumière sur les choses positives, afin de faire comprendre aux gens pourquoi l’Eglise ne peut pas accepter certaines choses, mais en même temps veut les respecter et les aider», a-t-il déclaré.

Famille royale: «noyau essentiel de la vie»

Le pape a été accueilli sous les acclamations des familles présentes à l’aéroport de Valence dans la matinée du 8 juillet. Dans son mot d’accueil prononcé depuis le tarmac, le roi espagnol a remercié le pape au nom de tous «pour sa venue en Espagne», soulignant que «votre séjour attendu parmi nous, votre parole, votre inspiration serviront sans aucun doute à renforcer la vaste admiration et le respect que votre personne suscite».

Le roi a aussi expliqué que la famille était «le noyau essentiel de la vie, de la transmission des valeurs et de la formation de l’être humain», soulignant que Valence s’était convertie ces derniers jours en «capitale mondiale des familles chrétiennes».

Sur la route le menant de l’aéroport de Valence au centre de la ville, des dizaines de milliers de fidèles attendaient le pape, jetant à son passage en voiture panoramique des pétales de fleurs, et l’acclamant par des chants et des cris de joie.

A son arrivée au coeur de la ville de Valence, le pape a été accueilli par le prince Felipe et son épouse Letizia. Il s’est rendu immédiatement devant la bouche de métro de la station ’Jesus’ pour y déposer une couronne de fleurs. Le souverain pontife a ensuite prononcé une prière en espagnol avant de se recueillir en silence tout près de l’endroit, en sous-sol, où 42 personnes avaient trouvé la mort le 3 juillet dernier dans un accident de métro.

La famille: une institution irremplaçable

Au terme de ce bref arrêt devant le lieu du drame survenu le 3 juillet dernier, et rajouté au programme du pape au dernier moment, Benoît XVI a poursuivi sa traversée de la ville de Valence pour se rendre à la cathédrale. Tout au long du parcours, il a été salué par des milliers de fidèles brandissant les drapeaux d’Espagne et du Vatican. Le long des axes routiers étaient accrochées de nombreuses banderoles sur lesquelles on pouvait lire : «Valence attend le pape» ou «les familles avec le pape».

D’emblée, le pape a mis l’accent sur la famille, «une institution irremplaçable que l’Eglise ne peut cesser de promouvoir». Mon désir, à l’occasion de cette visite à Valence pour la 5e rencontre mondiale des familles, est «de proposer le caractère central, pour l’Eglise et pour la société, de la famille fondée sur le mariage», a affirmé le pape, le 8 juillet 2006. Benoît XVI, qui s’exprimait à son arrivée à l’aéroport de Valence, a souligné le caractère «irremplaçable» de cette institution, que «l’Eglise ne peut cesser» de promouvoir.

Le pape a également salué le roi Juan Carlos ainsi que la reine, le chef du gouvernement José Luis Zapatero, et toutes les autorités civiles, les remerciant pour «leur collaboration» pour l’organisation de cette rencontre. Il a enfin salué le cardinal Alfonso Lopez Trujillo, président du Conseil pontifical pour la famille, ainsi que les cardinaux présents, qu’il a brièvement rencontrés à l’aéroport, tout comme les membres du gouvernement, leur serrant tour à tour la main. Le pape s’est ainsi entretenu en privé un moment avec le roi et la reine d’Espagne. C’est le roi Juan Carlos qui lui avait adressé un mot d’accueil à son arrivée, l’accueillant chaleureusement dans son pays.

Benoît XVI, très applaudi, a surtout invité «les gouvernants et les législateurs à réfléchir sur le bien évident que les foyers en paix et en harmonie assurent à l’homme, à la famille, centre névralgique de la société». «L’objet des lois est le bien intégral de l’homme, la réponse à ses besoins et à ses aspirations», a-t-il expliqué dans un pays où le mariage homosexuel a été légalisé et les divorces facilités. «En créant l’homme et la femme», a encore déclaré le pape, Dieu «les a appelés, dans le mariage, à une intime communion de vie et d’amour entre eux».

Les enfants, a expliqué le pape, ont un «droit fondamental à naître et à être éduqués dans la foi». Des paroles prononcées en terre espagnole où le gouvernement du socialiste Jose Luis Zapatero a rendu facultatif l’enseignement religieux et attaque fréquemment l’école privée, majoritairement catholique.

Feu d’artifice

Arrivé enfin autour de 21h à la Cité des arts et des sciences de Valence, le pape a été acclamé par les milliers de fidèles présents. Installé sur un gigantesque podium blanc au coeur de ce complexe futuriste, il a ensuite écouté de très nombreux témoignages de familles, parfois accompagnées de leurs enfants, venues du monde entier. Il est apparu particulièrement à l’aise et souriant tout au long de la soirée.

Avant l’intervention de Benoît XVI, souvent interrompue par des applaudissements, la soprano espagnole Monserrat Caballé a chanté la prière du Notre-Père. En quittant le podium, elle a scandé, avec la foule, le nom du pape : «Benedicto». La soirée s’est terminée par un feu d’artifice, avant que le pape ne rentre à l’archevêché de Valence et que les fidèles ne dorment sur place, pour beaucoup d’entre eux. Le souverain pontife était attendu le lendemain matin pour célébrer la messe de clôture de la 5e Rencontre mondiale des familles. La seconde journée du pape s’achèvera dimanche par la messe qu’il présidera. A noter que plusieurs manifestations se sont déroulées à Valence, contre la venue du pape. APIC

Encadré

Audiences: de Juan Carlos à Jose Luis Zapatero

Dans l’après-midi du 8 juillet, Benoît XVI a rencontré successivement le roi d’Espagne Juan Carlos et le chef du gouvernement Jose Luis Zapatero. Le Premier ministre socialiste, bête noire de l’épiscopat espagnol, s’est entretenu une quinzaine de minutes avec le pape. Il a été sifflé par la foule devant l’archevêché de Valence.

Benoît XVI s’est rendu un peu après 17h, en voiture, au palais de la ’Generalitat’, le siège institutionnel de la présidence de la région autonome de Valence, pour y rencontrer le roi Juan Carlos et la reine Sofia. Accueilli par le couple royal, le pape s’est ensuite enfermé avec eux pendant près d’une demi-heure pour un entretien privé dans un des somptueux salons du palais. Au terme de cette rencontre, ils ont été rejoints par les membres de la famille royale qui ont posé autour de Benoît XVI pour une série de photos. Parmi eux se trouvaient le prince héritier, Felipe, et son épouse Letizia, qui ont présenté au pape leur petite fille, Leonor. Benoît XVI a quitté la ’Generalitat’ un peu avant 18h.

A pied, Benoît XVI s’est alors rendu à l’archevêché de Valence. L’archevêque de la ville, Mgr Agustin Garcia-Gasco, a guidé le pape qui saluait de nombreuses personnes du quartier historique du centre-ville installées à leurs balcons. Traversant la place de la Vierge, où il avait récité l’Angélus quelques heures plus tôt, le souverain pontife a embrassé des enfants que des parents lui tendaient depuis la foule.

Avec 10 minutes d’avance, le Premier ministre espagnol Jose Luis Zapatero est arrivé à l’archevêché de Valence à 18h20 pour y rencontrer le pape en privé et lui présenter son épouse, des membres de sa famille et quelques collaborateurs. A son arrivée, le chef du gouvernement a été sifflé par des personnes postées devant l’archevêché. Il a été accueilli par Mgr Leonardo Sandri, le substitut de la secrétairerie d’Etat et Mgr Manuel Monteiro de Castro, le nonce apostolique en Espagne, avant de rejoindre Benoît XVI.

Selon le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, Joaquin Navarro-Valls, le pape et le premier ministre espagnol se sont entretenus une quinzaine de minutes en privé, avant d’être rejoints par la vice Premier ministre Maria Teresa Fernandez De la Vega, qui suit plus particulièrement les rapports de l’Espagne avec le Saint-Siège. APIC

Encadré

Absence de Zapatero à la messe: un acte de laïcisme excessif, estime le cardinal Pompedda

Le cardinal Mario Francesco Pompedda, préfet émérite du Tribunal suprême de la Signature apostolique, a critiqué l’absence du Premier ministre espagnol à la messe qui sera célébrée par Benoît XVI, le 9 juillet 2006, à Valence. Il l’a qualifiée «d’acte de laïcisme excessif», dans une interview accordée au Corriere della Sera, le 8 juillet.

Même son de cloche du côté de Joaquin Navarro-Valls. Même Daniel Ortega, Fidel Castro et le général Jaruselsky ont participé aux messes célébrées par Jean Paul II dans leur pays, a déclaré le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, le 8 juillet 2006, en s’exprimant devant des journalistes à bord de l’avion papal les menant en Espagne.

«Je me souviens que quand nous sommes allés au Nicaragua, Daniel Ortega est venu à la messe. A Varsovie, quand nous sommes allés en Pologne durant la période communiste, Wojciech Jaruzelsky est venu à la messe. Et quand nous sommes allés à Cuba, Fidel Castro n’a pas déserté la messe», a ainsi expliqué l’Espagnol Navarro-Valls. Il commentait l’annonce de l’absence du premier ministre socialiste espagnol à la messe qui sera célébrée par Benoît XVI à la Cité des Arts et des Sciences de Valence, à l’occasion de la clôture de la 5e rencontre mondiale des familles, le 9 juillet 2006. «On n’a jamais parlé de la présence de Zapatero durant la phase préparatoire, parce qu’à la messe vient qui veut», a-t-il ajouté. La décision de Zapatero est source de polémiques en Espagne. APIC

Encadré

Que l’Italie continue à protéger l’institution de la famille, demande le pape à Napolitano

Le pape Benoît XVI a appelé le président italien à défendre dans son pays la famille, «cellule fondamentale de la société». Le pape s’exprimait dans un télégramme envoyé le 8 juillet 2006 à Giorgio Napolitano, au moment de quitter le territoire italien pour s’envoler vers Valence, en Espagne. «J’invoque sur la nation entière de copieux dons de clairvoyance et de sagesse afin qu’elle continue à protéger de toute sa force l’institution familiale, cellule fondamentale de la société», a ainsi écrit Benoît XVI au président italien. Il a aussi salué Giorgio Napolitano et ses collaborateurs au moment de quitter le sol italien pour se rendre en Espagne, à l’occasion de la 5e rencontre mondiale des familles, les invitant à s’engager «au service du peuple italien». APIC

Encadré

Le pape veut donner une vision positive de la pensée de l’Eglise sur le mariage et la famille

«Selon la nature humaine, l’homme et la femme sont faits l’un pour l’autre», a expliqué le pape, interrogé sur sa vision du mariage homosexuel. Benoît XVI, qui répondait aux questions des journalistes à bord de l’avion le menant samedi à Valence, en Espagne, a souhaité donner une vision positive du regard de l’Eglise sur le mariage et sur la famille. «Ne commençons pas par les choses négatives, car on voit aussi des familles qui s’aiment et qui sont heureuses», a déclaré Benoît XVI, interrogé sur sa vision du mariage homosexuel rendu légal en Espagne par le gouvernement socialiste de Luis Rodriguez Zapatero. Il a cependant reconnu qu’»il y a aussi des problèmes». «Nous voulons faire comprendre aux gens, que selon la nature humaine, l’homme et la femme sont faits l’un pour l’autre et peuvent donner à l’avenir son humanité», a-t-il alors expliqué Comme de coutume, le pape est allé à la rencontre des journalistes-vaticanistes présents à bord de son avion avant le décollage de l’Airbus d’Alitalia qui devait décoller de Rome à 9h40. Une fois arrivé au-dessus de la péninsule ibérique, l’avion papal a été escorté par deux avions militaires de l’armée de l’air espagnole. Il a atterri à 11h25 sous les acclamations des fidèles assemblés sur le tarmac de l’aéroport de Valence. APIC

Encadré

Le pape s’adresse aux évêques espagnols

Le pape benoît XVI a affirmé aux évêques espagnols le 8 juillet à Valence, que «se passer de Dieu» et «agir comme s’il n’existait pas ou reléguer la foi dans la sphère purement privée» entraînait la destruction de «la vérité de l’homme» et l’hypothèque de «l’avenir de la culture et de la société». Dans un message remis aux évêques, le pape a aussi rappelé les «profondes racines chrétiennes» de l’Espagne.

«Je connais et j’encourage l’impulsion que vous êtes en train de donner à l’action pastorale, en une période de sécularisation rapide qui affecte parfois même la vie interne des communautés chrétiennes», a écrit le pape dans le message qu’il a remis aux évêques espagnols dans la cathédrale de Valence. Benoît XVI a alors encouragé les évêques à «proclamer sans (se) décourager que se passer de Dieu, agir comme s’il n’existait pas ou reléguer la foi dans la sphère purement privée, détruit la vérité de l’homme et hypothèque l’avenir de la culture et de la société».

«Vous savez que je suis de près et avec beaucoup d’intérêt les événements de l’Eglise dans votre pays, qui a de profondes racines chrétiennes, Eglise qui a donné et qui est appelée à donner un témoignage de foi et à le répandre dans de nombreuses autres parties du monde», a encore confié le pape. Ce dernier a demandé aux évêques de la péninsule ibérique de maintenir «vivant et vigoureux cet esprit, qui a accompagné la vie des Espagnols dans leur histoire, pour qu’il continue à nourrir et à donner vitalité à l’âme de (leur) peuple».

Benoît XVI a enfin exhorté ses «frères dans l’épiscopat» à «maintenir et fortifier» leur communion fraternelle, «témoignage et exemple de la communion ecclésiale qui doit régner dans tous le peuple fidèle» qui leur a été confié. «Je prie pour l’Espagne. Je vous demande de prier pour moi et pour toute l’Eglise», a conclu le pape à l’adresse des évêques de la péninsule ibérique.

Peu avant sa rencontre avec les prélats espagnols, à son arrivée sur la «plaza de la Reina», devant la cathédrale, le pape avait reçu des mains du maire les clés de la ville. A l’intérieur de la cathédrale, il a été accueilli par quelque 1500 prêtres, religieux et religieuses. Après la vénération du Saint-Sacrement, Benoît XVI est allé à la rencontre des évêques espagnols dans la chapelle abritant le «Saint Calice», censé avoir été celui du Christ lors de la dernière cène. Le pape a symboliquement remis son message aux évêques, affirmant l’avoir écrit et ne pas le lire «pour gagner du temps».

(apic/imedia/ar/ami/pr)

9 juillet 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 11  min.
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