Le premier numéro 2 francophone de la Garde depuis 30 ans
Rome: Rencontre avec le vice-commandant de la Garde suisse pontificale, J.-D. Pitteloud
Propos recueillis à Rome par Ariane Rollier
Rome, 7 juillet 2006 (Apic) Le lieutenant-colonel Jean-Daniel Pitteloud, vice-commandant le Garde suisse pontificale, guidera les délégations de la Garde suisse sur les traces de saint Martin de Tours, l’un des saints patrons de la Garde, à partir du 8 juillet 2006. I.Media, partenaire de l’Apic à Rome a rencontré cet homme de 41 ans, originaire du canton suisse du Valais, marié et père d’une petite fille de 6 ans, qui est aussi le premier numéro 2 francophone de la Garde pontificale depuis 30 ans. Interview.
Q.: Depuis combien de temps travaillez-vous à la Garde ? Qu’est-ce qui vous y a conduit ?
Jean-Daniel Pitteloud: Je travaille pour la Garde depuis le 1er mars 1999. J’étais en Suisse lorsqu’on m’a demandé de venir servir à Rome. Mais cela n’avait jamais été un rêve d’enfant: je connaissais le commandant actuel, Elmar Theodor Mäder. Je suis alors arrivé comme capitaine, puis ai été promu lieutenant-colonel en janvier 2003. Pour venir directement comme officier à la garde, il faut être officier de l’armée suisse, mais pas nécessairement officier de carrière. J’ai pour ma part fait une licence en droit, puis un master en administration publique avant de travailler dans le département de justice et police d’administrations cantonales, les administrations d’Etat.
Q.: Maintenant que vous êtes ici, est-ce que votre situation peut être considérée comme une situation rêvée ? Qu’est-ce qui vous stimule le plus dans ce que vous faites ?
Jean-Daniel Pitteloud: Oui, oui, on peut le dire. Il y a surtout le contact avec les jeunes, avec les gardes. Le fait de pouvoir les former, de les instruire. Ainsi que la diversité des services : les services pour l’Eglise, pour le pape, pour des jeunes Suisses.
Q.: La majeure partie de votre activité est relative aux fonctions de direction.
Jean-Daniel Pitteloud: Par les fonctions de direction de la Garde, par les fonctions de responsabilité et de contrôle de dispositifs et des services d’ordre et de sécurité, ainsi que par la protection rapprochée du pape. Chaque officier a aussi des fonctions spéciales. Pour ma part, je suis responsable de l’instruction, de la formation et de la formation continue, dont celle de l’état-major de la Garde. Je fais surtout de la planification : je gère, et ensuite, ce sont des sous-officiers qui font l’instruction pratique. Nous sommes 5 officiers et il y a 26 sous-officiers. Chaque officier est en outre responsable d’un escadron d’une trentaine de gardes.
Q.: Combien de gardes du corps êtes-vous autour du pape ?
Jean-Daniel Pitteloud: Au Vatican, nous sommes 6, officiers et sous-officiers supérieurs. A l’extérieur, il s’agit d’un autre dispositif, puisque la responsabilité du dispositif de sécurité revient au pays dans lequel se trouve le pape. En Italie, c’est la police italienne qui en est responsable, mais nous sommes intégrés dans le dispositif. Pour les services de sécurité à l’étranger, lorsque le pape voyage, nous sommes deux officiers de liaison pour leur donner un coup de main.
Q.: Vivez-vous, ici, dans la caserne ?
Jean-Daniel Pitteloud: Oui, tous les gardes y vivent. Les officiers ont leur bâtiment, tous comme les gardes ont le leur, à côté. Si bien que nous sommes tous dans le même quartier. Il y a des avantages à cela mais aussi des inconvénients. L’un d’entre eux est que les gardes ont l’impression qu’on peut nous appeler à toute heure. Mais côté avantage, on n’a pas besoin de prendre la voiture et les transports publics pour se rendre sur notre lieu de travail. Et il y a tout sur place: le supermarché et la pharmacie à 100 mètres, la banque à 50 mètres etc. Et puis nous sommes en sécurité.
Q.: Au niveau de l’entraînement, quelles sont vos activités ? Faites-vous du sport ?
Jean-Daniel Pitteloud: Oui, pour les officiers, c’est individuel. Pour les gardes il y a des équipes de foot, une salle de gym, une salle fitness au Vatican. Et puis, beaucoup de gardes vont courir. On s’entretient comme cela. Pour ma part, je fais beaucoup de vélo.
Q.: Quel rapport avez-vous avec Benoît XVI ?
Jean-Daniel Pitteloud: Nous sommes à côté de lui. Mais étant tenus au protocole, nous n’avons pas de contact avec lui. Nous ne sommes pas là pour cela. Néanmoins, il y a plus de contacts pendant la période estivale, à Castel Gandolfo. Car là-bas, le protocole est différent.
Q.: Vous êtes cependant régulièrement à côté du pape, quel effet cela peut-il vous faire ?
Jean-Daniel Pitteloud: Maintenant, c’est de l’ordre du quotidien. Il est certain qu’au début, surtout avec un nouveau pape, cela faisait de l’effet. Pour les audiences générales, nous sommes bien rodés. En revanche, pour les fonctionnements dans la basilique, les dispositifs sont toujours un peu différents.
Q.: Quels ont été les moments les plus forts que vous ayez vécus depuis que vous êtes à Rome?
Jean-Daniel Pitteloud: Les jours, les semaines qui ont précédé la mort de Jean Paul II ont été des moments forts, comme le conclave, et l’élection du nouveau pape. Ces quelques semaines ont marqué nos vies. Comme officier, nous étions aux premières loges partout.
Q.: Les événements organisés pour le Jubilé de la Garde suisse se sont-ils bien passés ? Que vous ont-ils apporté ?
Jean-Daniel Pitteloud: Les activités ont très bien fonctionné. Les retours que nous avons eus des gens qui ont vu des reportages à la télévision, ou de la presse ont été très positifs. Ces évènements nous ont permis de revoir certains anciens gardes, de renouer des liens avec ceux qui ont servi ces dernières années ou avant que je sois là. Il s’agissait surtout de retrouvailles et de faire connaître ce que nous faisons, les tâches et les responsabilités que nous avons, en particulier aux Suisses. Car il est difficile de leur expliquer ce qu’on fait. (apic/imedia/ar/pr)




