Témoignage accablant sur les souffrances du peuple libanais

Lausanne: Mgr Bürcher rentre d’un voyage de deux jours au Liban

Lausanne, 2 août 2006 (Apic) Mgr Pierre Bürcher, évêque auxiliaire de Lausanne, Genève et Fribourg, est rentré le 1er août d’un voyage de deux jours au Liban. Dans une interview publiée mercredi par son service d’information à Lausanne, le président de la Catholica Unio Internationalis (CUI), une oeuvre fondée en 1924 par le Saint-Siège pour soutenir les Eglises orientales catholiques et non catholiques, témoigne de la tragédie que vit le peuple libanais.

Mgr Bürcher s’est rendu au Liban, un pays qui subit d’intenses bombardements qui ont déjà fait plusieurs centaines de morts civils, après avoir reçu ces derniers jours plusieurs appels au secours venant du Liban. «Immédiatement, j’ai tenu à apporter une contribution à la paix de ce pays en plein chaos», déclare-t-il, en déplorant l’indifférence «déjà trop grande» face à ce nouveau conflit au Proche-Orient. De plus, il s’est senti encouragé par sa responsabilité de président de Catholica Unio Internationalis, une organisation appelée à créer des ponts entre l’Orient et l’Occident, et par les appels de nombreux amis du Liban. «Plus qu’un simple message de sympathie à envoyer, j’ai tenu à accomplir une démarche concrète et directe de solidarité envers cette région sinistrée», poursuit-il.

Sous la menace permanente des avions israéliens

Mgr Bürcher est parti en compagnie d’un prêtre le 28 juillet et est revenu dans la nuit du 1er août. En raison des circonstances, le voyage vers Saïda, au Liban Sud, a eu lieu par Damas. «Nous avons passé exactement 45 heures au Liban. Il nous a fallu y entrer par des routes spéciales. Les bombardements par l’aviation israélienne étaient incessants: deux heures après notre voyage sur la voie principale menant à Beyrouth, cette même route a été éventrée par les israéliens sur vingt quatre mètres de largeur et douze mètres de profondeur… Nous avons dû emprunter des routes escarpées de montagne et de fond de vallées, sous le passage permanent d’avions israéliens», témoigne-t-il.

Le retour du Liban Sud a duré trois fois plus de temps qu’à l’ordinaire, car la route directe vers Damas n’est actuellement plus praticable. Le convoi a dû passer par Tripoli, au nord du Liban. «Les réfugiés quittant le Liban sont très nombreux. Le manque grandissant d’essence et la coupure entre les diverses régions libanaises commencent déjà à ralentir le flux circulatoire dans le pays. Les hôpitaux sont pleins. Des stations d’épuration des eaux ont été bombardées. L’insécurité est permanente. Notre arrivée à Damas nous est apparue comme une libération de l’enfer», rapporte Mgr Bürcher.

Sa mission au Liban, l’évêque auxiliaire l’a voit comme une visite de solidarité spirituelle «qui, en de telles circonstances, n’est pas moins importante qu’une aide matérielle et alimentaire». Les témoignages reçus en ont été la confirmation notamment lors de sa rencontre avec des réfugiés et les entretiens avec des responsables chrétiens et des autorités musulmanes chiites et sunnites. «J’ai été édifié par la collaboration interreligieuse qui se réalise par exemple à Saïda. Notre visite éclair au Liban a été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme».

Une guerre «sale et diabolique»

Concernant ce qu’il ressent à son retour du Liban, Mgr Bürcher exprime d’abord un sentiment de colère face à cette guerre «sale et diabolique» qui génère «l’insécurité permanente, la mort d’innocents et d’enfants, la destruction d’églises et de mosquées, les mensonges et désinformations, l’isolation progressive des diverses régions libanaises, la justice bafouée et l’impuissance internationale à résoudre le conflit».

L’évêque auxiliaire de Lausanne, Genève et Fribourg éprouve en plus une déception du fait que les appels mondiaux à la paix et au cessez-le-feu immédiat aient été refusés et que l’émigration galopante des Libanais et spécialement celle des chrétiens s’accélère dangereusement. Il exprime son incompréhension du fait que la solution du problème crucial qui est le conflit israélo-palestinien soit totalement occultée et renvoyée sine die. «Toutes les calamités, les crises, les guerres et les avanies du Proche-Orient, écrivait récemment le Patriarche Grégoire III de Damas, sont le produit du conflit israélo-palestinien».

Pendant ce temps, relève Mgr Bürcher, «la construction illégale du mur (de séparation qui isole les territoires palestiniens d’Israël et les cloisonnent, ndr) se poursuit… Gaza est en feu… Et la situation dramatique perdure en Irak». L’évêque auxiliaire affirme qu’un cessez-le-feu doit avoir lieu immédiatement et la reconstruction du Liban doit être accélérée. «A plus long terme, il s’agit de trouver des solutions internationales et durables au conflit israélo-palestinien en construisant des ponts et en abattant les murs qui séparent. C’est le devoir des autorités concernées, mais le nouveau Proche-Orient ne doit pas se construire sans les chrétiens». (apic/com/si/be)

2 août 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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