L’abbé Maurizio Bezzi lutte pour leur dignité à Yaoundé

Cameroun: Combat d’un prêtre catholique italien en faveur des enfants de la rue

Yaoundé, 14 août 2006 (Apic) L’abbé Maurizio Bezzi, prêtre italien au Cameroun depuis 1987, fait sensation dans le pays. Sa générosité et sa lutte en faveur des enfants de la rue forcent l’admiration et suscitent le respect.

La nuit, on le voit fréquenter les coins mal éclairés de Yaoundé où vivent ces enfants de rue, rapporte le quotidien camerounais «Mutations», qui lui consacre un reportage. Malgré tout le mal qu’on dit des enfants de la rue, le Père Maurizio ne les fuit pas. Sans crainte, il vient à eux, discuter chaleureusement avec eux, dans une «familiarité» déconcertante. Car, pour les Camerounais, ces enfants de la rue sont infréquentables parce que «dangereux», violents et agressifs.

L’abbé Maurizo ne se soucie guère de ces récriminations. Plutôt, il se préoccupe de la situation de ces marginaux. Il se bat pour leur réintégration dans leurs familles et dans la société. Les enfants le lui rendent bien. Ils ne s’encombrent pas de formules pour l’interpeller. Très peu parmi eux, l’appellent «mon Père». La familiarité aidant, ils préfèrent l’appeler en général «Maurice», «Maurizio» ou «le Père». D’autres encore l’appelle «Wate» (White, mot anglais signifiant blanc). Le prélat ne s’en offusque pas. Il tutoie ces enfants dont il connaît les noms par coeur et qu’il considère comme ses amis.

Chaque jour, il accueille dans son centre social entre 150 à 170 enfants. C’est dans ce centre qu’il essaie de tirer les enfants de la rue pour les amener à changer de vie, à retourner en famille. Ce centre, qu’il a nommé «Edimara», il l’a créé en 2002 au profit de ces enfants de rue. Un symbole et nom évocateur, c’est celui d’un enfant de la rue du Brésil, tué par son ex-chef de gang qui le considérait comme un «traître» pour avoir changé de vie.

L’accueil, l’écoute et l’orientation des enfants dans leur famille d’origine sont les objectifs du centre Edimara, précise pour sa part le quotidien «Cameroun-Tribune». C’est un bâtiment à deux étages comprenant une cour intérieure où les enfants peuvent pratiquer les activités sportives, un rez-de-chaussée qui dispose des toilettes, une infirmerie, un magasin, et des salles de classes pour permettre aux enfants de pouvoir apprendre à lire et écrire. Il a été béni par feu Mgr André Wouking, archevêque de Yaoundé décédé en novembre 2002, à son ouverture en février de la même année.

Ne pas juger les enfants de la rue, mais les accueillir

Pour l’abbé Maurizio, le secret pour mieux aborder les enfants de la rue est de ne pas les juger, de ne pas les prendre, dès le départ, pour des délinquants. «Il faut les aborder en amis et discuter avec eux pour leur faire comprendre qu’ils doivent changer de vie, par eux-mêmes, devenir responsable, un peu comme Edimar», a-t-il confié à «Mutations».

Le centre Edimar ne prend pas totalement en charge les enfants qu’il accueille. Le but de l’abbé Maurizio est de les amener à changer par eux-mêmes. A s’occuper et trouver une occupation pour mieux s’intégrer dans la société, par toutes sortes de petits métiers. Dans la journée, ils travaillent et viennent reverser l’argent gagné au Père qui le garde pour eux. «Nous n’offrons pas de repas ici, encore moins d’hébergement. Ce serait trop facile… Chaque enfant doit participer à sa prise en charge», poursuit-il, tout en ajoutant: «Même au moment de rejoindre sa famille, il doit pouvoir donner quelque chose pour son transport».

L’abbé Maurizio a reconnu faire souvent, face à certaines mauvaises habitudes des enfants. Ce sont par exemple, les vols, les bagarres, etc.Il les minimise, toutefois, par rapport à ses objectifs. Par contre, il a des soucis pour la santé des enfants. Ils souffrent parfois de gale, de maladies sexuellement transmissibles, de blessures de toutes sortes. Sans grands moyens, il tente de les soigner dans une petite infirmerie du centre. Ces enfants n’ont pas choisi délibérément d’être dans la rue. S’ils sont là, c’est à cause de la crise de la famille que nous traversons dans nos pays», fait-il remarquer. (apic/ibc/be)

14 août 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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