Faire coexister cultures et religions

Terre Sainte: Le cardinal Etchegaray a appelé le Liban à être fidèle à sa vocation

Harissa, 16 août 2006 (Apic) Le cardinal Roger Etchegaray a appelé mardi le peuple libanais à «être fidèle» à sa «vocation historique de faire coexister les cultures». Envoyé par Benoît XVI au Liban, le président émérite du Conseil pontifical justice et paix s’exprimait dans une longue homélie en français prononcée lors de la messe de l’Assomption au sanctuaire de Notre-Dame de Harissa.

Le patriarche latin de Jérusalem, Mgr Michel Sabbah, qui présidait quant à lui une messe dans la basilique de l’Annonciation à Nazareth, a demandé aux Israéliens de «mettre fin à l’occupation» imposée aux Palestiniens.

«Peuple libanais, sois fidèle à ta vocation historique de faire coexister les cultures et les religions pour les présenter (.) à l’imagination assoupie ou essoufflée d’une humanité qui a perdu ses raisons de vivre ensemble», a demandé le cardinal Etchegaray aux fidèles au cours de son homélie. «Tu ne te défends pas pour toi tout seul, mais pour tous les peuples de la terre», a-t-il en effet estimé, souhaitant que «le Liban vive du Liban pour que le monde entier vive de la paix».

«Dans l’épaisseur de l’horrible nuit où vous êtes plongés, il vous faut d’abord et avant tout témoigner à quel point la paix et la prière sont vitalement liées l’une à l’autre», a par ailleurs déclaré le cardinal. «Quelle paix solide, à bâtir coûte que coûte entre peuples aux mémoires meurtries par un passé et un présent jalonnés de révoltes, de vengeances !», s’est alors exclamé le cardinal. «Quelle paix féconde comme la rosée, à faire germer sur cette terre biblique où toutes les contradictions qui divisent le monde trouvent une expression et un symbole !», a-t-il insisté.

Selon lui, «le conflit israélo-palestinien est un de ces drames qui, s’il ne trouvait rapidement une solution équitable, ne pourrait laisser nulle part aucun Etat innocent ni même intact pour son propre avenir». Pour lui, «vivre ensemble est partout un défi et un programme, mais particulièrement ici».

Manifestant sa compassion pour les familles des victimes libanaises, et remerciant les organisations humanitaires de leur action dans la région, le cardinal français a aussi expliqué «qu’aucun remède ne pourra nous guérir s’il ne va pas jusqu’à la racine du mal et si humblement chacun ne reconnaît pas que l’ennemi, ce n’est pas seulement l’autre, mais aussi soi-même». «Pour dire adieu à la guerre, il ne suffit pas de dire bonjour à la paix», a-t-il affirmé.

Ces guerres qui défigurent le visage de Dieu

«Nous prions pour toutes les guerres qui défigurent partout le visage du Dieu créateur», a conclu le cardinal, citant notamment la guerre en Irak. Il a aussi invité le peuple libanais à «regarder avec tendresse du côté des jeunes» qui, «rongés par l’horreur et le désespoir», sont «en proie à toutes les séductions y compris celle de quitter le pays».

Sévère critique contre Israël

De son côté, Mgr Michel Sabbah, qui présidait la messe à Nazareth en présence du représentant pontifical en Israël et en Palestine, Mgr Antonio Franco, a condamné «la démolition et la mort au Sud Liban, alors que cela continue à Gaza»,qualifiant ces attaques de «crime contre l’homme et contre son Créateur». «L’hésitation, année après année, à établir la justice et la paix dans cette terre sainte et le maintien de l’instabilité dans la région est le grand péché des responsables de nos pays», a-t-il aussi déclaré. «La guerre ne peut pas être la voie pour construire la paix et la sécurité».

Le patriarche a alors condamné sévèrement l’attitude des Israéliens. Nous, arabes d’Israël, «vous aimons, mais nous vous disons que la démolition et la mort causées à Gaza et au Liban n’est pas la voie pour la paix». «Vous faites des guerres, vous dites et le monde dit que vous avez le droit de vous défendre, mais au lieu de vous défendre, vous vous exposez à plus d’hostilité et d’insécurité», a-t-il constaté. «Votre véritable victoire est celle-ci : mettre fin à l’occupation que vous imposez au peuple palestinien», a-t-il expliqué. «Par le fait même, vous connaîtrez et toute la région connaîtra la stabilité et la sécurité».

Le patriarche a conclu ses propos en priant «pour que cette grande calamité puisse se transformer en un pas décisif vers la paix totale, définitive et juste». (apic/imedia/ar/pr)

16 août 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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