Les propos de Benoît XVI au sujet de l’islam prononcés à Ratisbonne

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Rome, 18 septembre 2006 (Apic) Les propos de Benoît XVI au sujet de l’islam, prononcés dans l’après-midi du 12 septembre 2006 à l’Université de Ratisbonne, devant plus d’un millier de chercheurs et universitaires, sont l’objet de fortes polémique chez les musulmans dans le monde entier.

Dimanche 17 septembre, le pape s’est dit «vivement attristé» par les réactions suscitées par un bref passage de son discours considéré comme offensant pour la sensibilité des croyants musulmans, alors qu’il ne s’agissait que d’une citation d’un texte médiéval, qui n’exprime d’aucune façon sa pensée personnelle. L’agence I.MEDIA publie un extrait du discours prononcé en allemand.

«C’est pour moi un moment émouvant que de me trouver encore une fois dans cette Université et que de pouvoir une nouvelle fois donner un cours. Mes pensées se tournent en ce moment vers ces années où, après une belle période auprès de l’Institut supérieur de Freising, je commençai mon activité d’enseignant à l’Université de Bonn (.) Sans aucun doute, l’Université était (.) fière de ses deux Facultés de théologie. Il était clair qu’elles aussi, en s’interrogeant sur le caractère raisonnable de la foi, accomplissaient un travail qui nécessairement fait partie du ’tout’ de l’universitas scientiarum, même si tous pouvaient ne pas partager la foi, dont la relation avec la raison commune est l’objet du travail des théologiens.

Cette cohésion intérieure dans l’univers de la raison ne fut même pas troublée lorsqu’une fois, la nouvelle circula que l’un de nos collègues avait affirmé qu’il y avait quelque chose d’étrange dans notre Université: deux Facultés qui s’occupaient de quelque chose qui n’existait pas – de Dieu. Même face à un scepticisme aussi radical, il demeure nécessaire et raisonnable de s’interroger sur Dieu au moyen de la raison et cela doit être fait dans le contexte de la tradition de la foi chrétienne: il s’agissait là d’une conviction incontestée, dans toute l’Université.

Tout cela me revint à la mémoire, quand je lus récemment la partie éditée par le professeur Théodore Khoury (Münster) du dialogue que le docte empereur byzantin Manuel II Paléologue, peut-être au cours de ses quartiers d’hiver en 1391 à Ankara, entretint avec un Persan cultivé sur le christianisme et l’islam et sur la vérité de chacun d’eux. Ce fut probablement l’empereur lui-même qui annota ce dialogue durant le siège de Constantinople entre 1394 et 1402; ainsi s’explique le fait que ses raisonnements soient rapportés de manière beaucoup plus détaillée que les réponses de son interlocuteur persan.

Le dialogue porte sur toute la dimension des structures de la foi contenues dans la Bible et dans le Coran et s’arrête notamment sur l’image de Dieu et de l’homme, mais nécessairement aussi toujours à nouveau sur la relation entre les trois ’Lois’ : Ancien Testament – Nouveau Testament – Coran. Je voudrais aborder dans ce cours seulement un argument – plutôt marginal dans la structure de l’ensemble du dialogue – qui, dans le contexte du thème ’foi et raison’, m’a fasciné et me servira de point de départ pour mes réflexions sur ce thème. Dans le septième entretien (dialexis – controverse) édité par le professeur Khoury, l’empereur aborde le thème du djihad, (la guerre sainte). Sûrement, l’empereur savait que dans la sourate 2, 256 on peut lire: ’Aucune contrainte dans les choses de la foi !’.

C’est l’une des sourates de la période initiale, lorsque Mahomet lui-même était encore sans pouvoir et menacé. Mais, naturellement, l’empereur connaissait aussi les dispositions, développées par la suite et fixées dans le Coran, autour de la guerre sainte. Sans s’arrêter sur les détails, comme la différence de traitement entre ceux qui possèdent le ’Livre’ et les ’incrédules’, l’empereur, avec une rudesse assez surprenante, s’adresse à son interlocuteur simplement avec la question centrale sur la relation entre religion et violence en général, en disant: ’Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par le moyen de l’épée la foi qu’il prêchait’.

L’empereur explique ensuite minutieusement les raisons pour lesquelles la diffusion de la foi par la violence est une chose déraisonnable. La violence est en opposition avec la nature de Dieu et la nature de l’âme. ’Dieu n’apprécie pas le sang; ne pas agir selon la raison, (sun logô), est contraire à la nature de Dieu. La foi est le fruit de l’âme, non du corps. Celui, par conséquent, qui veut conduire quelqu’un à la foi a besoin de la capacité de bien parler et de raisonner correctement, et non de la violence et de la menace… Pour convaincre une âme raisonnable, il n’est nécessaire de disposer ni de son bras, ni d’instruments pour frapper ni de quelque autre moyen que ce soit avec lequel on puisse menacer de mort une personne…’.

L’affirmation décisive dans cette argumentation contre la conversion au moyen de la violence est: ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu. L’éditeur, Théodore Khoury, commente: pour l’empereur, un Byzantin qui a grandi dans la philosophie grecque, cette affirmation est évidente. Pour la doctrine musulmane, au contraire, Dieu est absolument transcendant. Sa volonté n’est liée à aucune de nos catégories, fût-ce celle du raisonnable. Dans ce contexte, Khoury cite une oeuvre du célèbre islamologue français R. Arnaldez, qui explique qu’Ibn Hazn va jusqu’à déclarer que Dieu ne serait pas même lié par sa propre parole et que rien ne l’obligerait à nous révéler la vérité. Si c’était sa volonté, l’homme devrait aussi pratiquer l’idolâtrie.

Ici s’ouvre, dans la compréhension de Dieu et donc dans la réalisation concrète de la religion, un dilemme qui aujourd’hui nous défie de façon très directe. La conviction qu’agir contre la raison est en contradiction avec la nature de Dieu, est-elle seulement une manière de penser grecque ou vaut-elle toujours et pour elle-même ? Je pense que là se manifeste la profonde concordance entre ce qui est grec dans le meilleur sens du terme et ce qu’est la foi en Dieu sur le fondement de la Bible. En modifiant le premier verset du Livre de la Genèse, le premier verset de toute l’Ecriture sainte, Jean a commencé le prologue de son Evangile par les mots: ’Au commencement était le logos’. Tel est exactement le mot qu’utilise l’empereur: Dieu agit avec logos.

Logos signifie ensemble raison et parole – une raison qui est créatrice et capable de se transmettre mais, précisément, en tant que raison. Jean nous a ainsi fait le don de la parole conclusive sur le concept biblique de Dieu, la parole dans laquelle toutes les voies souvent difficiles et tortueuses de la foi biblique aboutissent, trouvent leur synthèse. Au commencement était le logos, et le logos est Dieu, nous dit l’évangéliste.

La rencontre entre le message biblique et la pensée grecque n’était pas un simple hasard. La vision de saint Paul, devant lequel s’étaient fermées les routes de l’Asie et qui, en songe, vit un Macédonien et entendit son appel: «Passe en Macédoine, aide-nous!» (Ac 16, 6-10) – cette vision peut être interprétée comme un ’raccourci’ de la nécessité intrinsèque d’un rapprochement entre la foi biblique et la manière grecque de s’interroger. (apic/imedia/ar/be)

18 septembre 2006 | 00:00
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Visite ad limina et 267ème assemblée ordinaire

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de la Conférence des évêques suisses (CES)

au Vatican/Rome (Casa Santa Marta) du 1er au 5 février 2005

La Conférence des évêques suisses (CES) a séjourné du 1er au 5 février 2005 à Rome pour la visite ad limina. A cette occasion, ils ont tenu leur 267ème assemblée ordinaire de la CES.

Visite ad limina : Pèlerinage et dialogue avec les dicastères

La dernière visite ad limina des évêques suisses a été effectuée en septembre 1997. Selon le droit canon, chaque évêque est appelé à faire ce déplacement au Vatican tous les 5 ans. Pour diverses raisons, les évêques suisses n’ont été invités que cette année. Le pèlerinage au tombeau des Apôtres Pierre et Paul est un point important de la visite. Les évêques ont célébré la messe dans les quatre Basiliques Majeures (St-Pierre, St-Paul- hors-les-Murs, St-Jean-du-Latran et Ste-Marie-Majeure) et ils ont prié pour l’Eglise qui est en Suisse. A deux reprises, ils ont célébré l’Eucharistie en la Basilique St-Pierre.

L’objectif principal de cette visite est d’informer le Pape sur la situation de chaque diocèse. Cette rencontre permet aussi de dialoguer avec les différents dicastères (« ministères ») romains. Malheureusement, la rencontre avec le Saint-Père n’a pas eu lieu. Le Pape, hospitalisé à la Clinique Gemelli, souffre de troubles respiratoires et a dû annuler tous ses rendez-vous. Les évêques suisses invitent les croyants à prier pour la santé du Pape.

Parmi les dicastères visités figurent des congrégations (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, etc.), des conseils pontificaux (Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens, pour le Dialogue Interreligieux, etc.) ainsi que la Secrétairerie d’Etat. Les thèmes abordés durant ces quelques jours étaient notamment le manque de vocations presbytérales et les tâches des laïcs mandatés au service de l’Eglise.

Anniversaire de Mgr Amédée Grab OSB

Le 3 février, les membres de la CES ont fêté le 75ème anniversaire de leur président. Mgr Amédée Grab OSB est évêque de Coire et également président du Conseil des conférences épiscopales d’Europe (CCEE). Conformément au droit canon, il a remis sa démission au Saint-Père. Son mandat est prolongé.

 

Thèmes de la 267ème assemblée ordinaire

La 267ème assemblée ordinaire de la CES a eu lieu durant la visite ad limina en la « Casa Santa Marta » au Vatican. En voici les thèmes principaux :

Avenir du secrétariat de la CES

Le présidium de la CES, lors de sa séance de décembre 2004, a décidé de donner mandat à un consulteur d’entreprises pour une expertise du fonctionnement du secrétariat de la CES. Cela permettra de préciser les tâches et les compétences spécifiques des collaborateurs du secrétariat. Comme déjà annoncé, l’abbé Agnell Rickenmann, secrétaire général, avait remis son mandat.

La nomination de son successeur sera faite une fois connues les conclusions de ce rapport. A la demande de la CES, l’abbé Agnell Rickenmann reste secrétaire général jusqu’à l’entrée en fonction de son successeur et il accompagnera le processus de restructuration. La succession du responsable de la communication de la CES sera également reglée après la vérification des structures du secrétariat.

Restructuration de la pastorale pour les Philippins en Suisse

La CES estime que la restructuration de la pastorale pour les Philippins en Suisse est nécessaire. Le grand nombre des croyants venant des Philippines, leurs besoins spirituels et leur situation sociale souvent très difficile demandent un renforcement des services pastoraux soit en Suisse alémanique, soit en Suisse romande. Un groupe d’étude de la commission « Migratio » (responsable des questions concernant la migration) est mandaté pour présenter des solutions.

Problématique des requérants d’asile

Depuis le 1er avril 2004, les requérants d’asile frappés de « non-entrée en matière » (NEM) ne reçoivent plus d’aide sociale de la Confédération. La différence de pratique entre les cantons constitue une difficulté supplémentaire. Un communiqué du diocèse de Bâle publié le 10 décembre 2004, mentionne qu’un nombre croissant de personnes ayant reçu la décision de non entrée en matière, frappe à la porte des paroisses, des services sociaux de l’Eglise et des bureaux de Caritas pour demander de l’aide. Ce communiqué rappelle l’exigence évangélique d’aider les personnes dans le besoin, ce qui parfois peut provoquer des tensions avec les instances officielles concernées. La CES recommande à tous les collaborateurs pastoraux de prendre connaissance de ce document.

(Voir sous: http://bistum-basel.ch/seite.php?na=1,1,0,35490,f.)

En bref

–         Lors de sa visite à la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, la CES a reçu l’approbation (Recognitio) pour le nouveau rituel français du mariage (Normes liturgiques pour la célébration du mariage à l’Eglise).

– Les évêques ont été invités à un repas par le Colonel Elmar Theodor Mäder, Commandant de la Garde Suisse Pontificale. Etaient également présents les officiers de la Garde Suisse Pontificale.

– Samedi, 5 février 2005, les évêques ont été accueillis par M. Bruno Spinner, ambassadeur suisse en Italie.

– Les personnalités suivantes furent les hôtes de la CES durant sa visite ad limina :

–  S.Em. le Cardinal Georges Marie Martin Cottier OP, Théologien de la Maison Pontificale

–  S.Em. le Cardinal Gilberto Agustoni, Préfet émérite de la Signature Apostolique

–  S. Exc. Mgr Karl Josef Romer, Secrétaire du Conseil Pontifical pour la Famille

–  S. Exc. Mgr Pier Giacomo De Nicolò, Nonce apostolique émérite en Suisse

–  Mgr Erich Salzmann, du Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens

–  Mgr Alois Jehle, Chapelain de la Garde Suisse Pontificale

Fribourg, le 7 février 2005

Mario Galgano

Service d’information de la CES

Tél. ++41/ (0) 26/322.47.94 – Fax ++41/ (0) 26/322.49.93

Mobile: ++41/ (0) 79/446.39.36 Courriel: info-ces@bluewin.ch

Rome: Le cardinal Sodano laisse à la «conscience du pape» une décision sur la démission

Mais Pie IX a bien gouverné l’Eglise pendant 32 ans

Rome, 7 février 2005 (Apic) Mgr Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Vatican, et numéro deux dans la hiérarchie, laisse à la «conscience du pape» une décision sur la démission

Une éventuelle démission de Jean Paul II pour des raisons de santé doit être laissée «à la conscience du pape», a estimé lundi le cardinal- secrétaire d’Etat du Vatican, Angelo Sodano, au cours d’une conférence de presse donnée lundi en fin d’après-midi à Rome.

«Laissons cela à la conscience du pape», a-t-il répondu à la question de savoir si Jean Paul II avait envisagé de démissionner pour des raisons de santé.

«Durant ses 26 ans de pontificat Jean Paul II a laissé un magistère lumineux. Nous faisons le voeu que ce magistère continue pour de nombreuses années. Le pape Pie IX comme vous le savez bien a gouverné l’Eglise pendant 32 ans, et nous espérons que le pape actuel, Jean Paul II, dépasse cette limite», a cependant précisé le cardinal Sodano.

«Léon XIII a vécu jusqu’à l’âge de 93 ans», a-t-il encore signalé le secrétaire d’Etat du Vatican. «Ainsi nous prions aussi en ce moment pour que le Seigneur concède une longue vie à notre Saint père, qu’il lui concède la sérénité». Et de remarquer: «l’affection de ses enfants et de l’Eglise entière sera pour lui le meilleur remède».

Pour le cardinal Sodano, la sagesse de l’Eglise est un don: «Le Seigneur est grand et sait comment guider». «Laissons à la conscience du pape qui est guidé par l’esprit saint». «S’il y a un homme dans l’Eglise guidé par l’esprit saint, s’il y a un homme qui aime l’Eglise c’est le pape», a poursuivi le prélat, parlant de «sagesse merveilleuse»

Répondant plus particulièrement à l’Apic, à propos d’une démission qui serait laissée à la «conscience du pape», le cardinal a relevé que «le pape peut s’exprimer sans parler», il peut «gouverner la vie de l’Eglise de différentes manières». Si le Seigneur inspire particulièrement ses collaborateurs? «Vous en doutez?», a répondu le cardinal

Attention à la rechute

Côté santé, le pape restera hospitalisé «par précaution» encore «quelques jours», au moins jusqu’à jeudi, a annoncé lundi le Vatican. Les médecins se montrent toutefois plus réservés. Ils mettent en garde contre le risque de rechute, toujours possible

«La santé du pape continue de s’améliorer. Il n’a plus de fièvre, il s’alimente régulièrement. Par mesure de précaution, les médecins lui ont conseillé de rester encore quelques jours à l’hôpital», a déclaré le porte- parole du Vatican, Joaquin Navarro-Valls, lors d’un point de presse au Vatican. Le prochain communiqué sera donné jeudi à midi. (apic/ag/imedia/ar/pr)

7 février 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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