Fribourg: Le diocèse s’apprête à vivre son 2e forum, le 30 septembre à Renens

Apic interview

Le prochain chantier pourrait être celui de la catéchèse

Bernard Bovigny, Agence Apic

Fribourg, 20 septembre 2006 (Apic) Le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg sort d’une période marquée par les regroupements de ses paroisses en 52 unités pastorales. Cette transformation se déroule sans grandes difficultés, grâce à la bonne volonté des catholiques, affirme Mgr Bernard Genoud. Pour l’évêque du diocèse, le prochain grand chantier pourrait être celui de la catéchèse.

Le 30 septembre, le diocèse qui englobe les cantons de Vaud, Genève, Fribourg et Neuchâtel vivra son 2e Forum après celui d’octobre 2003 à Genève, qui avait marqué le lancement des restructurations en unités pastorales. A Renens, les participants pourront entre autres entamer une réflexion sur les Missions linguistiques, sur les «éloignés de l’Eglise», décrypter les changements sociaux actuels ou encore évaluer la mise en place des unités et des équipes pastorales. A un peu plus d’une semaine de cette rencontre, Mgr Genoud fait le point avec l’Apic sur les chantiers actuels et futurs du diocèse.

Apic: Quels échos recevez-vous des paroisses de ce diocèse à la suite de leur regroupement en 52 unités pastorales?

Mgr Genoud: Je reçois toutes sortes de réactions, parfois enthousiastes et parfois marquées par une certaine peur. Des catholiques se demandent par exemple comment leur paroisse va tourner, avec moins de prêtres. Viennent également des questions de partage financier. Il n’y a plus «un curé sur une paroisse» et cela fait parfois souci. C’est tout à fait normal que des réactions très diverses nous parviennent. L’important est de ne pas rester retranché dans une attitude, mais de prendre de la hauteur.

Apic: Vous ne rencontrez pas de résistance ou de bras de fer?

Mgr Genoud: Non, il n’y a pas «d’irréductibles Gaulois». Nous avons affaire à des gens de bonne volonté et qui font confiance. Nous nous rendons parfois compte que tout n’a pas été pris en compte dans un projet de rassemblement de paroisses et procédons à des réajustements.

Apic: Et comment se passe la nécessaire collaboration entre prêtres et laïcs pour mener à bien cette planification?

Mgr Genoud: Nous avons rencontré une bonne volonté des deux côtés. Il est vrai qu’après des siècles durant lesquels l’Eglise a fonctionné autrement, des ajustements ont dû s’effectuer. Si des difficultés sont apparues ci et là, cela démontre que l’on prend ce projet à coeur.

Apic: J’imagine que des prêtres ont eu l’impression de perdre une partie de leur pouvoir .

Mgr Genoud: Oui, et certains se sont demandés: Sommes-nous encore fidèles à notre vocation de prêtre? J’ai dû les rassurer et leur dire que oui, ils sont vraiment fidèles à leur vocation.

Autrefois, les prêtres faisaient tout dans leur paroisse, y compris des tâches à caractère social (colonie, entraide, .). Beaucoup d’entre elles ont ensuite été confiées à la société civile. L’Eglise a assumé durant des siècles des domaines aussi variés que l’éducation, le travail social et les soins. Je suis très fier que nous ayons aidé la société en assumant de telles tâches. Et je regrette parfois l’amnésie de la société contemporaine par rapport à tout ce que l’Eglise a fait.

Apic: Une des priorités définies par la Commission diocésaine de planification pastorale est d’assurer une pastorale de proximité. Mais est-ce encore possible avec de tels regroupements de paroisses?

Mgr Genoud: Le paradoxe est apparent, car cette situation permet un appel à l’engagement beaucoup plus fort des laïcs. Ce n’est pas parce qu’il n’y a plus de prêtres dans une paroisse que l’Eglise n’y est plus présente. Cela devrait susciter l’engagement des laïcs.

A Lessoc, où j’ai fonctionné plusieurs années comme curé en plus de l’enseignement au Collège du Sud à Bulle, il m’est arrivé de trouver l’église illuminée en arrivant le soir. Des laïcs animaient une veillée de prière, avec des lectures de passage de Claudel et de la Parole de Dieu. De telles initiatives se prenaient donc dans des petits villages. Autre exemple : je n’ai jamais dû chercher des lecteurs pour la messe. Les paroissiens s’organisaient entre eux.

J’ai également découvert un formidable élan de bénévolat à la paroisse portugaise de Genève : 30’000 Portugais, 3 prêtres, 200 catéchistes et aucune secrétaire rémunérée. Que du bénévolat à part les prêtres.

Je milite actuellement pour que l’on fasse davantage appel, dans l’Eglise, à un réservoir de compétences constitué par les jeunes retraités. Je compte beaucoup sur eux pour animer les paroisses. Et je vois toujours davantage de jeunes retraités qui font un boulot important dans les communautés chrétiennes. Ce sont des gens qui ont davantage de temps que les «actifs» et qui ont de l’expérience. Pourquoi ne faisons-nous appel qu’aux mamans pour donner la catéchèse ? Pourquoi pas aux grands-mamans ?

Apic : Autre priorité de la commission diocésaine de planification pastorale: discerner la mission de l’Eglise et déterminer que conserver et que lâcher. A quoi une communauté chrétienne peut-elle renoncer et que doit-elle conserver absolument?

Mgr Genoud : Il faut tenir au maximum à l’Eucharistie, qui est le coeur de l’Eglise. Ce qui ne signifie pas forcément les multiplier. Mais le Peuple chrétien doit être nourri de l’Eucharistie, et de la Parole qui en fait pleinement partie.

Je vois également la diaconie, qui est le service aux plus pauvres, aux malades, mais pas seulement à eux. Egalement à ceux qui vivent des moments difficiles, comme les sans-papiers et les réfugiés, visés par la votation du 24 septembre. Le principe du philosophe : «Rien de ce qui est humain ne m’est étranger», s’applique d’autant plus aux chrétiens.

Cela dit, une communauté chrétienne peut également vivre certains offices sans le prêtre. Cela constitue aussi une occasion de se rassembler.

Apic : Justement, même si nous assistons à un certain regain des vocations de prêtres, ces derniers ne seront plus à même d’assurer toutes les tâches qui leur reviennent actuellement. Comment le diocèse se prépare-t-il aux inéluctables questions telles que le baptême administré par des laïcs, l’animation de la célébration sans prêtre, la prédication par les laïcs?

Mgr Genoud : Attention lorsque l’on parle des «prédications assurées par des laïcs». La prédication est liée au sacerdoce. Il s’agira donc d’un témoignage, d’un partage ou d’un commentaire des Ecritures. Il est vrai qu’il y a des situations où le laïc commente la Parole de Dieu, en tant que baptisé, mais cela ne doit pas être considéré comme une prédication.

Il n’y a pas, dans le diocèse, une telle réflexion. Le cas échéant, elle ne devra pas se passer dans un contexte d’agressivité ou de revendication. Il ne s’agit pas de priver le prêtre de la parole, ou de la part des laïcs de prendre le pouvoir. Par ailleurs, les laïcs n’ont pas à singer les sacrements. Je souhaite cependant qu’ils puissent aller jusqu’au bout de leur mission, en complément avec celle du prêtre.

Nous devons retrouver une théologie moins «fixiste», qui définisse la place des sacrements et des sacramentaux, à savoirdes liturgies et gestes qui ne sont pas d’ordre directement sacramentel.

Apic : Notre diocèse, vous le relevez dans l’invitation au Forum diocésain, est marqué par une forte présence de catholiques de langue étrangère (presque 50%). Qu’attendez-vous des Missions linguistiques, finalement peu nombreuses pour relever ces défis?

Mgr Genoud : Je distingue trois types de missions linguistiques. Il y a d’abord celles qui sont implantées chez nous depuis longtemps, comme la Mission italienne, et qui sont fréquentées par des catholiques comprenant le français – souvent des Italiens de 2e ou 3e génération – et qui y trouvent un lien avec les racines sociologiques de leurs grands-parents.

Il y a ensuite des missions assez anciennes (hispanophone et portugaise), qui font actuellement face à une migration de Latino-américains. Leur travail est surtout orienté vers l’intégration de ces communautés très diversifiées entre elles, et en Suisse.

Enfin, les migrations récentes font apparaître un autre type de mission linguistique. La ville de Renens, où se tiendra le Forum diocésain le 30 septembre, abrite environ 110 nationalités. Nous y découvrirons une expérience intéressante, où les missionnaires sont intégrés à l’équipe pastorale locale. De par leur richesse culture, ils apportent un autre dynamisme à la pastorale.

Nous allons favoriser ce type d’expérience dans le diocèse, dans les unités pastorales où elle peut se réaliser. Lors qu’une mission linguistique couvre tout le territoire d’un canton, par exemple, ce ne sera évidemment pas possible que le prêtre rejoigne l’équipe d’une unité pastorale.

Apic : Des ateliers du Forum diocésain sont consacrés à des questions en lien avec les «non-pratiquants» et avec les «distancés» de l’Eglise. Finalement des gens pour lesquels l’Eglise catholique constitue une référence parmi d’autres dans leur recherche spirituelle .

Mgr Genoud : C’est vrai. Comment les accueillir ? . Il faut d’abord répondre à leurs attentes et non les «faire venir à nous», comme des brebis égarées. Actuellement, la foi ne se propose pas qu’à ceux qui l’ont et à ceux qui ne l’ont jamais eue. Nous avons de plus en plus affaire à des catholiques qui ont pris leur distance par les circonstances de la vie. J’ai rarement rencontré des personnes qui ont eu une raison précise de se distancer de l’Eglise. Ils ne ressentent au contraire aucune hostilité à son égard et prennent même sa défense lorsqu’elle est l’objet d’attaques.

Apic : Les réflexions pastorales ont mené le diocèse sur le chemin de la restructuration en ensembles de paroisses. Quel sera le prochain chantier? Le dialogue interreligieux?

Mgr Genoud : Cela devient effectivement toujours davantage un thème de société. Mais on apporte quelque chose dans le dialogue interreligieux si l’on est soi-même. Plus on est chrétien, plus on entre en dialogue avec les ressortissants d’autres religions. «Dialoguer» signifie «Lire à travers» le bien, le beau, . C’est très positif. Le dialogue ôte la peur.

Apic : Mais le diocèse va-t-il entreprendre d’autres chantiers après les regroupements de paroisses ?

Mgr Genoud : Je souhaite vraiment que le prochain grand chantier du diocèse soit consacré à la catéchèse. Quand on dit «catéchèse», la plupart entendent «enfance». Or toute la paroisse doit être «catéchèse». La catéchèse, c’est l’annonce de Jésus Christ et cela va de l’éveil à la foi à l’accompagnement des mourants.

Notre Eglise se trouve depuis plusieurs décennies devant un changement pastoral important. Avant, les paroisses accomplissaient une pastorale de l’accueil des demandes (baptême, mariage, sacrement du pardon, .). Maintenant, il s’agit de rejoindre les gens là où ils se trouvent. Pour cela, la paroisse devrait avoir comme 2e nom de baptême «catéchétique». Et je souhaite que dans ce domaine, nous visions en priorité la tranche d’âge des 30 à 50 ans. BB

Note: le programme du Forum diocésain se trouve sur le site internet www.diocese-lgf.ch

(apic/bb)

20 septembre 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 7  min.
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