Risque élevé de faillite
Etats-Unis: Abus sexuels, le diocèse de Davenport doit payer 1,5 million de dollars
Davenport, 20 septembre 2006 (Apic) Le diocèse de Davenport, dans l’Etat américain de l’Iowa, doit encore payer 1,5 million de dollars pour des abus sexuels commis il y a près de 50 ans par un prélat, Mgr Thomas Feeney, décédé en 1981. Davenport, qui a déjà payé dans des accords extrajudiciaires près de 10 millions de dollars de dédommagements pour d’autres victimes, risque la faillite, selon l’agence de presse catholique américaine CNS.
Le diocèse a ainsi payé 9 millions de dollars pour régler 37 cas d’abus commis par un seul prêtre, James Janssen, qui a sévi durant des années dans toute une série de paroisses. Désormais, son avenir est incertain, selon CNS. Le cas est allé devant le tribunal car le diocèse n’avait plus d’argent pour sceller un accord extrajudiciaire.
«La décision du jury aura un impact sur chaque membre de l’Eglise catholique dans le diocèse de Davenport», écrit le diocèse dans un communiqué. Son bureau chargé des affaires financières va devoir se réunir très prochainement «pour prendre des décisions critiques concernant l’avenir du diocèse. La faillite doit maintenant être prise en considération», annonce-t-il, après la décision des jurés du Tribunal de district du Comté de Scott.
Le diocèse a fait preuve de négligence
Les jurés ont estimé que les autorités diocésaines avaient fait preuve de négligence dans le cas de Mgr Thomas Feeney et du plaignant, D. Michl «Mike» Uhde, 56 ans. Les responsables diocésains ont été très surpris par le jugement, en relevant qu’il y avait de claires évidences montrant que le diocèse n’avait aucune connaissance des abus commis par Feeney il y a plus de 40 ans et que ces faits devaient tomber sous la prescription.
Mais le jury a considéré qu’il était responsable des abus commis par ces prêtres à la retraite ou décédés, estimant qu’il avait «systématiquement ignoré les allégations d’abus», protégeant ainsi les prédateurs et leur permettant par conséquent de trouver de nouvelles victimes.
Une étude au sujet des abus commis par des prêtres de Davenport durant les quatre dernières décennies montre qu’en fait seule une très petite minorité d’entre eux – 14 sur des centaines de prêtres en lien avec le diocèse – ont commis des abus.
Le jury reproche en fait la chape de silence des autorités diocésaines sur ces actes dans le passé et le fait que des prêtres dénoncés à l’époque aient pu continuer d’être actifs au sein de l’Eglise.
La situation est désormais prise au sérieux
Aujourd’hui, le diocèse de Davenport, dirigé par Mgr William Edwin Franklin, dispose d’une formation spécifique pour tous les membres du clergé et les responsables laïcs qui travaillent avec les jeunes et a institué une obligation de rapporter les cas d’abus sexuels. Mgr Franklin a déclaré un jour que ses prédécesseurs n’étaient plus là pour expliquer leurs décisions de faire silence à l’époque des abus.
«Nous avons failli en ce qui concerne la protection des enfants»
«Tous ce que je sais, pour le moins, est qu’en fait nous avons failli en ce qui concerne la protection des enfants», a-t-il reconnu. Les victimes d’abus ont fait savoir qu’une telle déclaration courageuse, si elle avait été faite il y a une décennie, aurait contribué à accélérer le processus de guérison et aurait certainement diminué le contentieux. Des familles ont en effet clairement fait savoir qu’elles avaient porté plainte seulement après que le diocèse eût fait la sourde oreille quand elles avaient demandé de l’aide.
Selon Monica Applewhite, une experte qui a mené ces 15 dernières années une analyse sur quelque 1’100 cas d’abus sexuels dans des organisations qui travaillent avec des enfants, l’Eglise catholique aux Etats-Unis a désormais élevé la barre concernant la protection des enfants pour toutes les organisations en contact avec eux.
Dans une contribution publiée dans le numéro du 25 septembre d’»America», le magazine national américain édité par les jésuites, cette spécialiste dans la stratégie de prévention des abus estime qu’aujourd’hui les standards de protection des enfants ont changé. Ceci notamment depuis l’introduction dans tous les diocèses de la «Charte pour la protection des enfants et des adolescents», publiée en juin 2002 par la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis. Les évêques américains ont depuis confirmé son importance avec un seul mot d’ordre: «tolérance zéro» pour les prêtres et les employés de l’Eglise commettant des abus sexuels. CNS/JB
Encadré
Des prêtres pédophiles envoyés dans des «résidences surveillées»
Suivant la pratique des congrégations religieuses américaines, certains diocèses des Etats-Unis ont décidé de placer les prêtres coupables d’abus sexuels sur des enfants dans des résidences surveillées. L’idée est de suivre professionnellement leurs activités dans le but de prévenir d’éventuels futurs abus.
L’archevêché de New York a établi une telle résidence pour des prêtres assignés à une vie de prière et de pénitence «dans le but de leur donner la supervision et les soins appropriés,» a ainsi révélé Joseph Zwilling, directeur des communications de l’archidiocèse. A Saint Louis, dans le Minnesota, l’archevêque Raymond Leo Burke a ainsi assigné dans une telle institution un prêtre libéré le 30 août dernier après avoir passé trois ans en prison pour abus sexuels, tout en demandant au Vatican sa réduction à l’état laïc. Un porte-parole de l’archidiocèse a précisé que plusieurs autres prêtres impliqués dans des cas d’abus sexuels contre des enfants vivent dans des résidences surveillées. (apic/cns/america/be)




