Publication d’un rapport d’Amnesty International et d’Oxfam
Londres: Les armes ne connaissent aucune frontière, affirme un rapport de plusieurs ONG
Londres/Lausanne, 2 octobre 2006 (Apic) Les industries d’armements se sont mondialisées, ce qui a créé des failles importantes dans toutes les réglementations actuelles sur les armes. Cette nouvelle situation permet des ventes à des pays qui violent les droits humains ou qui sont sous embargo, affirment lundi plusieurs ONG.
Amnesty International, Oxfam et le Réseau d’action internationale contre les armes légères révèlent cette réalité inquiétante dans leur rapport «Arms without Borders» (Armes sans frontières) publié lundi 2 octobre. Elles lancent la campagne «Contrôlez les armes» à l’occasion de l’ouverture de la session annuelle des Nations Unies sur le contrôle des armes et avant un vote décisif sur l’élaboration d’un traité sur le commerce des armes.
Le rapport «Arms without Borders» révèle que des entreprises aux Etats-Unis, dans l’Union européenne et au Canada figurent parmi celles qui contournent les réglementations sur les armes. Ainsi elles vendent des pièces détachées pour armes et en sous-traitent leur fabrication à l’étranger.
Le rapport montre en détail comment des armes, y compris des hélicoptères d’assaut et des véhicules lourds de combat, sont assemblées à partir de pièces d’origine étrangère et fabriquées sous licence dans des pays comme la Chine, l’Egypte, l’Inde, Israël et la Turquie.
Le rapport expose comment ces armes, ou d’autres similaires, sont arrivées dans des lieux comme la Colombie, l’Ouzbékistan et le Soudan, où elles auraient été utilisées pour tuer et provoquer le déplacement des civils. Cet état de fait souligne la nécessité urgente d’élaborer des règles mondiales pour contrôler une industrie de plus en plus mondialisée.
Un exemple que donne le rapport: l’Union européenne impose un embargo sur les armes à destination de la Chine tandis que les Etats-Unis et le Canada refusent de vendre des hélicoptères à la Chine. Pourtant, le nouvel hélicoptère d’assaut chinois Z-10 ne volerait pas sans les pièces et la technologie d’une entreprise italo-britannique (AugustaWestland), d’une entreprise canadienne (Pratt & Whitney Canada), d’une entreprise américaine (Lord Corporation) et d’une entreprise franco-allemande (Eurocopter).
La Chine a déjà vendu des hélicoptères d’assaut à divers pays dont le Soudan, qui, en ce qui concerne les armes, est sous embargo total de l’Union européenne. Autre exemple fourni par «Arms without Borders»: en mai 2005, les forces de sécurité d’Ouzbékistan ont tiré sur des manifestants, tuant des centaines de personnes. L’armée de ce pays d’Asie centrale a utilisé des Land Rover militarisées, composées à 70% de pièces britanniques. Les pièces ont été envoyées en «kit» vers la Turquie, où elles ont été assemblées pour monter des véhicules militaires. Ces véhicules ont ensuite été livrés au gouvernement ouzbek. Le gouvernement du Royaume-Uni n’a aucun contrôle sur ce contrat, parce que les véhicules n’ont pas été assemblés et militarisés au Royaume-Uni.
Plus de contrôle sur les casques militaires que sur les armes sophistiquées
«Les textes de loi relatifs au commerce des armes sont tellement obsolètes que la vente de casques militaires est souvent plus contrôlée que celle de pièces assemblées pour fabriquer des armes mortelles. Le monde a donc besoin d’un traité international et efficace sur le commerce des armes, qui arrêtera le flux des armes vers les responsables d’atteintes aux droits humains», souligne ainsi Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International. (apic/com/ai/be)




