Rome: L’Eglise s’apprête à abandonner l’hypothèse des limbes, annonce Mgr Forte
«Cela ne va pas compromettre la foi catholique»
Rome, 6 octobre 2006 (Apic) L’Eglise catholique s’apprête à abandonner l’hypothèse des limbes, annonce Mgr Bruno Forte. On peut la «laisser tomber sans compromettre pour autant la foi de l’Eglise», a déclaré à I.Media, partenaire de l’Apic à Rome, Mgr Forte, l’archevêque de Chieti-Vasto (Italie).
Présent à Rome du 2 au 6 octobre 2006 à l’occasion de la réunion plénière de la Commission théologique internationale, dont il est membre, le théologien a annoncé que ladite Commission était sur le point de terminer son texte au sujet du sort des enfants morts sans le baptême.
«Sur la question des limbes, la commission est arrivée à un texte qui est très mûr», a ainsi confié l’archevêque, précisant que le texte était presque prêt. «Il faudra naturellement encore du temps pour y apporter des précisions, pour l’approuver, et puis pour le soumettre au président» de la commission, le cardinal Joseph Levada, qui lui-même le soumettra au pape, a-t-il néanmoins souligné. Pour lui, il est donc prévisible qu’il faudra encore du temps pour terminer ce document très attendu, d’autant que la Commission théologique internationale travaille par quinquennat (2004-2008).
Doctrine jamais définie
Dans ce document, «on donne surtout les arguments pour préciser ce que signifie cette doctrine selon laquelle les enfants morts sans baptême, non libérés de la marque du péché originel, seraient destinés non pas à la pleine et parfaite vision de Dieu, mais à une sorte de conditionnement intermédiaire avant celle-ci, appelée limbes», a poursuivi ce théologien proche de Joseph Ratzinger. D’après lui, cette doctrine des limbes n’a jamais été définie par l’Eglise même si c’était une doctrine très commune.
Dans le contexte d’une société complexe et sécularisée, la question du sort des enfants nés mais morts avant d’être baptisés, ou des enfants morts dans le ventre de leur mère, «comme dans le cas de l’avortement», se pose toujours plus, a alors affirmé Mgr Forte. «A cette demande, naturellement, pastoralement, d’une façon quasi immédiate et spontanée, la grande majorité des pasteurs répondent en invitant à avoir confiance en la miséricorde de Dieu et à confier ces créatures au Seigneur dans la prière», a-t-il souligné. En précisant que «c’est ce que fait aussi d’une certaine façon le Catéchisme de l’Eglise catholique».
Mais, sur la base d’une demande venant de nombreuses parties de l’Eglise catholique, «nous en sommes venus à préciser les points fondamentaux de la foi catholique» en lien avec la doctrine des limbes. Si «le salut en Jésus-Christ est le don universel et central auquel nous devons toujours nous référer» et si «le péché originel est une réalité qui marque vraiment la fragilité de la condition humaine», «quand on n’est pas libéré de ce péché originel par sa propre responsabilité ou faute, mais parce qu’il n’y a pas eu la possibilité de pouvoir recevoir le don de Dieu, – c’est le cas des enfants de parents croyants morts sans baptême -, alors la puissance salvifique du Christ semble prévaloir justement sur la puissance du péché». «On se demande pourquoi ces enfants devraient être condamnés à un jugement de damnation éternelle s’il n’y a aucune faute», a ajouté le théologien.
«Certainement, il y a un péché originel qui marque la fragilité de la condition humaine, mais dans ce cas, comme il n’y pas la possibilité d’un exercice conscient de la liberté, la grâce du Christ prévaut», a-t-il poursuivi. «Et, à cette grâce, la méditation de l’Eglise dans la prière s’abandonne avec confiance». «Voilà pourquoi on peut dire que la doctrine des limbes est une doctrine ni indispensable, ni nécessaire», a-t-il souligné.
Pas une rupture
Devant l’inquiétude que peut soulever cette évolution de la pensée de l’Eglise, qui a défendu du Moyen Age jusqu’au 20e siècle la théorie des limbes, l’archevêque a précisé qu’il voulait «tranquilliser ceux qui se préoccuperaient d’une discontinuité», car on peut laisser tomber certaines formulations sans compromettre pour autant la foi de l’Eglise. Pour lui, en effet, l’évolution de la position de l’Eglise n’est pas dans la doctrine, car les points fermes de la doctrine de la foi impliqués dans la question des limbes sont sauvegardés dans la conception que la Commission théologique internationale est en train de préciser et de présenter.
«Nous ne sommes donc pas devant une rupture avec la grande tradition de la foi. Mais devant une explicitation pleine de cette tradition, évitant d’utiliser des images ou des métaphores qui ne rendent pas adéquate la richesse qui est le message d’espérance qui nous est donné en Jésus-Christ», a conclu le théologien.
Les membres de la Commission théologique internationale concluront leur rencontre annuelle le 6 octobre par une messe présidée par Benoît XVI. C’est lui qui dirigeait les travaux de la commission lorsqu’il était préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. En 1984, le cardinal Joseph Ratzinger s’était déclaré partisan «à titre personnel» de l’abandon de l’hypothèse de l’existence des limbes retenue par saint Augustin, au 4e siècle. (apic/imedia/ar/pr)




