En moyenne chaque migrant envoie 1’000 francs par mois chez lui
Suisse: La migration – une contribution au développement ?
Berne, 16 octobre 2006 (Apic) La migration contribue au développement dans le Sud. En moyenne, indique des statistiques, chaque migrant envoie 1’000 francs par mois dans son pays. Comme l’annonce le Forum des migrations, à Neuchâtel, une conférence nationale organisée par la Croix Rouge Suisse sur «La migration, une contribution au développement ?» aura lieu le 30 novembre à Berne.
Dans quelle mesure la migration contribue-t-elle au développement du pays d’origine, via les versements des immigrés à leurs proches restés au pays. Ce thème sera abordé lors d’une conférence nationale de la Croix-Rouge suisse (CRS), qui se déroulera le 30 novembre 2006 à Berne. La Suisse dénombre un million et demi d’étrangers (dont environ 900’000 qui travaillent) sur ses 7,4 millions d’habitants. Elle est donc au premier chef un pays dont les immigrés envoient globalement de fortes sommes à leur pays d’origine.
Lors de la conférence nationale de son département Migration, la Croix- Rouge Suisse mettra en lumière l’interdépendance entre migration et développement. Diverses personnalités du monde politique et économique, des chercheurs, des représentants d’ONG sont appelés à cette occasion à s’interroger sur la contribution de la migration au développement . Micheline Calmy-Rey, la cheffe du DFAE ouvrira le colloque, qui est payant, à 9 h le jeudi 30 novembre à l’Hôtel Kreuz à Berne.
Le cas de l’Albanie
Le Forum suisse pour l’étude des migrations a récemment publié une étude sur la communauté albanaise. «Le cas de l’Albanie est intéressant, car la part du produit intérieur brut albanais provenant de ces transferts est très importante», explique Philippe Wanner, co-auteur de l’étude. Quelque 200’000 Albanais du Kosovo sont présents en Suisse, sur un total de 400’000 expatriés kosovars. Il reste 1,9 millions d’habitants au Kosovo. Les versements effectués par les migrants de ce pays balkanique qui ont quitté leur pays depuis 1989 ont contribué pour 20% au PIB de l’Albanie dans les années 90. L’argent a surtout été dirigé vers les ménages les plus pauvres, en particulier vers les femmes en charge d’une famille monoparentale, les personnes âgées et les chômeurs.
Des transferts pour 11 milliards
Selon l’estimation du professeur Philippe Wanner, chercheur en démographie et chargé de cours à l’Université de Genève, chaque migrant envoie en moyenne 1’000 frs par mois dans sa famille. En considérant qu’environ 900’000 étrangers font partie de la population active sur le territoire suisse (sans compter les illégaux qui travaillent au noir), cela donne un chiffre de 11 milliards de francs suisses par an, ce qui correspond à ce qu’avance la Banque mondiale.
La Suisse est au 4e rang mondial des pays de provenance des ces transferts, derrière les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et l’Allemagne. En outre, ces chiffres ne tiennent en effet pas compte des sommes directement transportées par les immigrés ni de l’envoi de biens de consommation. Les communautés ex-yougoslaves et turques, fortement représentées en Suisse, sont probablement celles qui envoient la plus grande partie de ces transferts, relève encore Philippe Wanner. Selon le démographe, le montant de ces versements en provenance de Suisse dépasse nettement le budget que la Suisse consacre à l’aide au développement (environ 1,5 milliard de francs par an).
La Direction du développement et de la coopération souligne à ce propos que la Suisse ne tient évidemment pas compte de ces versements privés lorsqu’elle établit son budget. Les transferts de fonds des migrants sont une source importante de revenus pour les pays pauvres, un fait parfois méconnu. Mais le développement de ce phénomène bénéficie aussi aux banques qui s’occupent de ces transferts. Les sociétés privées de services bancaires pour les immigrés voient là un excellent créneau. Et les abus ne manquent pas. C’est en tout cas ce que soutient le conseiller national socialiste Carlo Sommaruga.
Dans un postulat déposé en octobre 2005, ce député dénonçait les tarifs prélevés par les sociétés de transfert de fonds. Et demandait que le Conseil fédéral rende un rapport sur le flux d’argent envoyé depuis la Suisse par les travailleurs migrants, avec ou sans papiers, à leurs familles dans les pays en développement. Le rapport devrait examiner tout particulièrement «la question des frais, exorbitants, imposés par les quelques agences spécialisées dans le transfert d’argent qui se partagent le marché». Le gouvernement a rejeté ce postulat, dont le contenu sera certainement d’actualité le 30 novembre à Berne. (apic/forumdesmigrations/crs/swissinfo/vb)




