Il estime que le pape doit approfondir sa connaissance de l’islam

Rome: Rome Benoît XVI reçoit l’islamologue Mustapha Cherif

Rome, 12 novembre 2006 (Apic) Benoît XVI a reçu en audience privée le philosophe musulman Mustapha Cherif, le 11 novembre 2006. Mustapha Cherif avait demandé à rencontrer le souverain pontife avant la controverse de Ratisbonne autour de ses propos sur l’Islam.

Un tête-à-tête de 20 minutes entre le pape et l’universitaire algérien Mustapha Cherif a eu lieu le 11 novembre. «Nous avons été en plein accord sur le fait que les chrétiens et les musulmans sont alliés et pas concurrents «, a déclaré Mustapha Cherif à l’agence I.MEDIA, partenaire de l’Apic à Rome, à l’issue de la rencontre.

«Face aux défis communs que sont la violence, l’injustice, la déshumanisation, il faut des gestes d’amitié qui n’empêchent pas la critique constructive et objective. Il faut rappeler que juifs, chrétiens et musulmans sont les trois frères de la religion d’Abraham», a encore expliqué l’ancien ministre algérien. Il a aussi indiqué avoir apporté au pape des éclairages sur ce qu’était la guerre sainte islamique et que le contenu du Coran n’était pas antithétique avec l’Evangile. «J’ai voulu lui apporter un éclairage précis, du dedans, mais je n’ai rien à lui apprendre. Il a semblé découvrir agréa blement les choses».

«C’est un homme de dialogue», a poursuivi Mustapha Cherif, qui avait demandé à rencontrer Benoît XVI dès le printemps dernier. Il s’inquiétait alors du passage de la présidence du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux sous la tutelle du Conseil pontifical pour la culture». Ainsi, il a voulu expliquer au pape «que l’islam est aussi une spiritualité, une foi et pas qu’une culture». «Il ne faut pas confondre la vision de l’islam des 15 dernières années avec 15 siècles d’histoire. Nous avons aussi participé à l’Occident qui n’est pas que judéo-chrétien».

L’islamologue a alors estimé que le pape devait «approfondir sa connaissance de l’islam». Il lui a ainsi offert son ouvrage sur l’islam et la tolérance et le fac-similé d’une lettre de 1863 de l’émir algérien Abdeldkader à l’archevêque de la ville, Mgr Pavie. L’émir y déplore le recours à la violence, alors que l’évêque l’avait remercié d’avoir sauvé des prêtres catholiques. Abdeldkader lui explique que cela fait partie de la pratique de l’islam. «Le pape a dit qu’il réfutait la logique du choc des civilisations», a encore ajouté Mustapha Cherif.

S’entendre pour ne pas porter atteinte aux valeurs sacrées des religions

«Il faut travailler ensemble pour faire entendre à la communauté internationale de ne pas offenser les croyants et porter atteinte aux valeurs sacrées des religions», a-t-il conclu en indiquant qu’il avait proposé au pape d’organiser un colloque interreligieux international pour «lutter contre la haine raciale et religieuse».Mustapha Cherif se définit comme un «islamologue, philosophe spécialiste du dialogue des cultures et des civilisations pour un Islam d’ouverture, des lumières et du dialogue interreligieux, il enseigne à l’université l’Alger et a été en France l’un des fondateurs d’un groupe de dialogue islamo-chrétien (le GAIC). Il a également été ministre de l’Enseignement supérieur et ambassadeur d’Algérie au Caire.

Durant l’été 2005, Benoît XVI avait déjà reçu plusieurs spécialistes de l’Islam, dont le jésuite égyptien expert de l’Islam, Samir Khalil Samir. Il avait aussi reçu en audience privée en août 2005, la journaliste Oriana Fallaci, décédée le 15 septembre à Florence. Après les attentats du 11 septembre 2001 à New York, ses pamphlets avaient fait scandale et provoqué des accusations juridiques d’»incitation à la haine raciale». (apic/imedia/hy/vb)

12 novembre 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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