France: Enquête du quotidien «La Croix» sur les prêtres en France
Les prêtres sont fatigués, surmenés. mais heureux
Paris, 23 novembre 2006 (Apic) Selon une enquête publiée en exclusivité par le quotidien catholique français «La Croix», la fatigue des prêtres français est bien réelle, comme aussi d’ailleurs la joie inentamée du service
Des prêtres fatigués, surmenés, stressés. Mais heureux. C’est, en quelques mots, ce qui ressort de l’enquête menée auprès de 1’200 prêtres, religieuses et religieux pour le compte de l’Association protection sociale et caisse des cultes (Apsecc), qui représente les prêtres au sein de leur régime de Sécurité sociale.
«Depuis quelque temps, on sentait un malaise et une déprime: on a voulu en vérifier cette intuition», explique à «La Croix» le P. Louis Vazzoler, du diocèse de Belley-Ars, trésorier de l’Apsecc. Au-delà des statistiques, c’est la liberté de la prise de parole anonyme des prêtres qui a désarçonné les promoteurs de l’enquête rendue publique aujourd’hui.
«Ce qui m’a frappé, c’est le sentiment de souffrance d’une grande partie des prêtres», assure François Boursier, spécialiste des politiques de santé et enseignant à l’Université catholique de Lyon, qui a dirigé l’enquête et repris les 3’600 pages de réponses reçues. Il en ressort un sentiment de surcharge et de stress, parfois de découragement et de démotivation. Voire de déprime, quand il ne s’agit pas de vraie dépression.
Paradoxalement, les mêmes qui vont exprimer leur souffrance estiment qu’ils arrivent plutôt bien à gérer leur équilibre de vie, tempère François Boursier, selon qui les prêtres «ne sont pas plus stressés que les cadres».
Il reste que «l’équilibre est fragile», commente l’économiste, qui insiste en particulier sur les conséquences d’une Eglise qui s’accroche à «tenir» le territoire. «Les paroisses dont on a la charge sont de plus en plus nombreuses, ou de plus en plus vastes quand elles deviennent «nouvelles», les missions se diversifient au moment où la ressource humaine se fait rare», témoignent des prêtres, avant d’en regretter les conséquences: «Beaucoup de dispersion, impression de faire tout superficiellement, perte de la proximité, peu de temps libre personnel».
Laïcs: ambiguïté
«Beaucoup ont un discours ambigu vis-à-vis des laïcs», note François Boursier. Tout en se félicitant de leur prise de responsabilité, ils le vivent comme une prise de pouvoir. Certains prêtres regrettent de servir désormais de «bouche-trous». «Ils s’interrogent aussi sur l’avenir, car ils constatent que les laïcs engagés, comme eux, vieillissent», complète François Boursier.
En fait, c’est toute une vision de l’Eglise qui se voit ainsi remise en cause. Une Eglise qui «pense encore en thème de toute-puissance», alors que «beaucoup de prêtres voient bien que «tenir le territoire» à tout prix n’est plus possible», relève François Boursier. Pour lui, si le système n’a pas encore craqué, «c’est que les prêtres le tiennent encore à bout de bras !».
Son constat, assure «La Croix», rejoint celui du groupe de réflexion épiscopal «Ministère des prêtres et vie des communautés» dirigé depuis un an par Mgr Albert Rouet, archevêque de Poitiers.
Le stresse des pasteurs aussi
Le stress, les prêtres ne sont pas les seuls à le ressentir. Démarche peu commune: les pasteurs protestants d’Alsace et de Lorraine ont en effet revendiqué les 35 heures hebdomadaires. Ils se plaignent des horaires surchargés, des salaires insuffisants, de la vie de famille perturbée et du manque de repères. Les pasteurs revendiquent également la 6e semaine de congé et un week-end libre toutes les six semaines. Quant aux femmes-pasteurs, de plus en plus nombreuses, elles affirment avoir du mal à concilier les horaires pastoraux et leurs obligations familiales. Elles demandent des aides spécifiques. Des questions salariales figurent également dans les revendications des pasteurs. (apic/ag/lcx/pr)




