Pour ne pas heurter les autres confessions
Europe: Noël cède devant le politiquement correct
Traduction Valérie Bory, Agence Apic
Milan, 12 décembre 2006 (Apic) Dans les pays européens d’immigration, les symboles chrétiens à l’approche de Noël se font discrets, parfois inexistants. Crèches, sapins de Noël et autres symboles liés à la tradition chrétienne sont souvent bannis. Ou cachés, avec l’excuse de ne pas heurter la sensibilité des autres religions. Petit tour d’Europe, avec une enquête de l’Avvenire, le quotidien catholique italien.
Sous le titre Noël, un étranger en Europe? le quotidien catholique italien l’Avvenire a envoyé ses correspondants à Londres, Madrid et Munich. La conclusion? Au nom du «politiquement correct», les symboles religieux à Noël disparaissent un peu partout.
A Londres, dans 70% des bureaux, on a interdit les décorations de Noël pour ne pas heurter les employés appartenant à d’autres confessions. Les balayeurs de Kingston upon Hull ne peuvent plus porter le bonnet rouge du Père Noël. Selon la municipalité, cela serait «peu professionnel». C’est bien dommage, regrette un balayeur, c’était une tradition qui remontait à loin, qui mettait tout le monde de bonne humeur et faisait rire les gamins.
A Torquay, en Cornouailles, un groupe de l’Armée du Salut a été refoulé à l’entrée d’un hôpital sous prétexte qu’avec un éventuel chanteur enrhumé, on risquait de mettre en jeu la santé des patients. Pour les chanteurs de l’Armée du Salut, institution britannique s’il en est, qui s’époumonent dans les rues depuis 40 ans à la période de Noël, la décision est «absolument ridicule et offensive».
Quant à la commune de Luton, elle aurait demandé à ses citoyens, toujours pour ne pas offenser les non chrétiens, de renoncer aux réjouissances trop visibles pour Noël, désormais rebaptisé Luminous.
Même les timbres-poste sont privés de symboles chrétiens
A Birmingham, on a décidé d’effacer le nom de Noël des textes administratifs pour le remplacer par le plus correct Winterval. Ce n’est pas tout. A Reading, un camelot a dû payer une amende parce qu’il s’est opposé à l’ordre de l’administration de ne pas déployer son étal face à la foule de spectateurs, lesquels, comme chaque année, auraient donné de leur poche une petite contribution dévolue à la charité.
Les postes de Sa Majesté ont décidé de substituer les images chrétiennes traditionnelles sur les timbres de Noël par des images «laïques». Ainsi, sur 6 timbres issus cette fin d’année, à la place de la crèche, de l’étoile des bergers ou des 3 Rois mages, on a fait apparaître le Père Noël tout enneigé, avec ses rennes. Ce n’est pas la première fois que les postes britanniques ignorent Noël, écrit l’Avvenire. Elles le font depuis 2002, avec une exception en 2005, où sont réapparues les scènes chrétiennes, qui avaient beaucoup plu, et pourtant 2006 marque un retour en arrière.
Cependant, des groupes de citoyens réagissent. Le quotidien britannique The Sun titrait il y a quelques jours que certains avaient décidé de faire la guerre au Noël politiquement correct. Et contre «les dérives qui démolissent la fête la plus aimée». Parmi les initiateurs, l’association londonienne Campaign against political correctness ainsi que des groupes chrétiens qui veulent défendre les traditions.
L’archevêque de York, Mgr John Sentamu, deuxième dans la hiérarchie anglicane après l’archevêque de Canterbury, accuse «les athées britanniques de vouloir balayer les symboles chrétiens de la vie publique. Une tendance préoccupante s’est fait jour, ajoute-t-il, où les athées et les libéraux se sont associés à des sécularistes agressifs pour créer une situation absurde, où ceux qui croient en Dieu ont décidé que Noël offensait les autres convictions religieuses». Un avis partagé d’ailleurs par beaucoup de musulmans du Royaume-Uni, pour qui le vrai ennemi – dans ce pays où seuls 10% de la population se rend régulièrement à l’église – est la sécularisation.
A Madrid, la force «laïciste» du Parti socialiste.
A Madrid, relève le correspondant de l’Avvenire, les élèves de l’Institut Hilarion Gimeno, de Saragosse, ne réciteront plus de poésies de Noël et ne chanteront pas de chants à référence religieuse.
La direction de l’école l’a décidé. Pourquoi? D’abord, on n’aurait pas le temps pour toutes ces «activités» et ensuite pour ne pas offenser les enfants des autres religions. Mieux vaut alors une éducation du tout-laïc.
En Espagne, le «politiquement correct anti Noël» s’inscrit dans le cadre d’un tout récent manifeste du Parti socialiste (Psoe) dans lequel il est affirmé que «la laïcité est le seul garant de la liberté et de l’égalité». L’archevêque de Pampelune, Mgr Fernando Sebastian, voit là une «vision appauvrie et défigurée de la religion, qui la considère comme une activité dangereuse ou une source d’intolérance».
A Munich, le correspondant de l’Avvenire s’est promené dans les quartiers à l’occasion de la Fête de Saint-Martin, où les enfants défilent avec un lampion et chantent. Cela s’appelle maintenant, dans certains lieux, Fête des lampions. Dans certains quartiers on compte 70% d’immigrés et beaucoup d’écoles n’organisent plus les traditionnelles «Weihnachtsfeste», toujours pour la même raison, par égard aux bambins des autres religions. Si à l’école on conserve le Weihnachtsbazar (le marché de Noël) on l’appelle Milleniumbazar.
Il y a aussi des familles musulmanes qui fêtent Noël.
«De toute façon, pour nous, Noël ne signifie rien», dit cet élève turc. «Nous venons de fêter notre Id-el-Fitr» (la fin du ramadan). Pourtant, note le correspondant de l’Avvenire, dans ces quartiers où dominent les immigrés, certaines familles musulmanes se rapprochent des traditions locales allemandes.
Dans beaucoup de familles turques, on fait des cadeaux pour les petits dans la nuit du 24 décembre. Cette famille du Kosovo fête Noël comme ses voisins allemands. Le père, infirmier dans un hôpital de Munich, dit avoir observé les traditions de Noël auprès de ses collègues allemands. La famille a acheté un sapin qu’elle a décoré.
Dans la catholique Bavière, les traditions de Noël sont encore très vivantes. A Berlin, la seconde cité turque après Istanbul, comme l’affirme l’Avvenire, l’islam a des racines solides et les deux sociétés ne s’interpénètrent pas. A Cologne enfin, le cardinal Joachim Meisner interdit, dans son diocèse, les fêtes multireligieuses cette année.(apic/avvenire/vb)




