Suisse romande: Antoine Reymond à la tête la Conférence des Eglises protestantes
Apic interview
L’intégrisme a pris place dans nos Eglises
Déo Negamiyimana, pour l’Apic
Lausanne, 20 décembre 2006 (Apic) Depuis bientôt un mois, Antoine Reymond exerce la fonction de président de la Conférence des Eglises protestantes de la Suisse romande (CER). Il succède, depuis novembre dernier, à la pasteure neuchâteloise Isabelle Ott-Baechler.
Entretien avec celui qui rêve d’une Eglise protestante ouverte aux autres Eglises chrétiennes et enrichie par le souffle oecuménique, et qui s’inquiète de l’intégrisme qui se développe, autant chez les catholiques que dans les milieux protestants.
Apic: Vous êtes le nouveau président de la Conférence des Eglises protestantes de Suisse romande (CER). Comment envisagez-vous votre mission?
AR: Ensemble avec mes huit collègues qui composent le bureau de la CER, je vais renforcer le processus que l’Eglise protestante de Suisse a déjà mis en route. Il s’agit de mettre en commun les activités longtemps dispersées dans une Eglise ou dans l’autre. Tout cela passera par trois entités que nous avons appelées offices.
Apic: Et quels sont ces offices?
AR: Il y a d’abord l’Office protestante des médias (OPM). C’est là que nous gérons nos relations avec la Radio Suisse Romande, la Télévision Suisse romande, l’Agence Protestinfo et le reste de la presse dans une certaine mesure.
Nous avons ensuite un Office protestant pour la formation (OPF). Dans ses compétences, il y a notamment la formation post grade et continue pour tous les ministres et les laïcs, en particulier ceux qui, à l’avenir, pourraient s’engager dans nos différentes Eglises. Enfin, il existe l’Office Protestant des Editions Chrétiennes (OPEC). En cours de constitution, il devrait être responsable des éditions et de tout le domaine de la catéchèse.
A côté de ces offices, il y a un bureau qui se réunit dix fois par an au minimum ainsi que des délégués de chacun des Conseils synodaux issus des Eglises membres. Actuellement, toute cette structure, en collaboration avec la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS), travaille sur une charte qui devrait constituer une carte de visite de toute l’Eglise réformée.
Apic: Avez-vous des liens avec les Eglises évangéliques?
AR: Les milieux évangéliques ont une autre structure au niveau romand. Mais de part et d’autre, il y a une volonté de dialogue.
Apic: Et avec l’Eglise catholique?
AR: La CER est à cheval entre le diocèse de Sion, de Bâle, et celui de Lausanne, Genève, Fribourg et Neuchâtel. La priorité dans la collaboration sera mise sur ce dernier diocèse qui recouvre les 4/5 du territoire de la CER.
Des dossiers seront entrepris par exemple pour voir comment apporter un témoignage commun sur la catéchèse, la formation sous un angle oecuménique.
Apic: Y a-t-il des dossiers urgents?
AR: Au niveau interne, nous devons mettre en place l’Office protestant des éditions (OPE). Nous devons également mener des discussions avec la Télévision Suisse Romande pour arriver à une véritable collaboration. Nous étudions le dossier avec l’Eglise catholique. A l’externe, nous nous penchons déjà sur la collaboration avec les Eglises alémaniques pour ce qui est de la formation. Nous travaillons conjointement avec la FEPS. L’autre priorité sera d’engager le dialogue avec les Eglises catholique et évangélique au niveau romand.
Apic: Qu’en est-il de l’état actuel de ce dialogue?
AR: Les relations varient d’une région à l’autre. En Valais, le dialogue entre réformés et catholiques reste encore difficile. L’Eglise réformée du Valais, certes petite, manque de reconnaissance. Là je reste insatisfait. A Genève, les choses se passent positivement. A Fribourg, beaucoup reste à faire même si la situation s’améliore. Dans le canton de Vaud, il y a une ambiance de collaboration réjouissante. Comme à Neuchâtel d’ailleurs.
En général, ce dont je me soucie beaucoup est la revendication identitaire de nos Eglises. L’identité confessionnelle prend tellement d’importance que les gens ont fini par ignorer qu’ils sont d’abord chrétiens avant d’être catholiques ou protestants.
L’intégrisme a pris place dans nos Eglises. Prenez l’exemple des prêtres catholiques romains qui se réjouissent beaucoup du retour de la messe en latin ou ceux qui portent le col romain. Ils ont de la peine à s’ouvrir aux autres Eglises chrétiennes. Côté réformé, les choses ne sont pas mieux. Certains aimeraient dépasser les divisions mais il y a très peu d’engagement de leur part.
Je sais que la question d’une Eglise réformée universelle passe mal dans certains esprits protestants qui pensent qu’on serait en train de calquer notre structure sur celle de l’Eglise catholique. Or, notre Eglise connaît un grand problème de structure et partant de visibilité.
Apic : Etes-vous de ceux qui demandent un évêque pour les réformés?
AR: C’est un sujet qui reste en discussion en Europe. Je suis personnellement très attaché à notre collégialité. Mais je reste persuadé que nous ne pouvons pas avoir une visibilité sans une autorité hiérarchique reconnue. En venant m’interviewer, c’est parce que vous aviez su que je représentais la CER. Il y a le côté communautaire qui ne devrait pas exclure le côté personnel de la hiérarchie. Malheureusement, en France et encore plus en Suisse, je doute que les protestants acceptent à leur tête quelqu’un qui porte le titre d’évêque.
Apic: Comment allez-vous contourner le problème du repli identitaire?
AR: Nous devons faire quelque chose. Nous n’avons pas droit de se replier sur nous. Le dialogue est la meilleure des solutions même en face de nos frères musulmans. C’est même un outil d’interprétation pour donner un autre sens à cette identité. Cette crise ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’avenir. Tout ce que nous vivons comme une perte en tant qu’Eglise chrétienne dans la «vieille Europe» est pour moi une occasion de dire et de vivre des choses. Du vieux fond du christianisme, il en sortira sûrement des choses merveilleuses.
Apic: Pensez-vous que la semaine de l’unité va prochainement vous aider à relever le défi?
AR: Mon avis est que nous finirons par nous enrichir de nos différentes spécificités. Il suffira de dépasser nos parallélismes. La semaine de l’unité sera une occasion d’y réfléchir et de pouvoir poser un jour les gestes qu’il faut. (apic/dng/bb)




