Ne pas ajouter l’horreur à l’horreur
Irak: Le cardinal Poupard condamne la diffusion sur internet de la pendaison de Saddam
Rome, 2 janvier 2007 (Apic) Le cardinal Paul Poupard condamne la diffusion sur internet des images de la pendaison de Saddam Hussein. Le président des Conseils pontificaux de la culture et pour le dialogue interreligieux a déclaré à l’agence I.MEDIA le 2 janvier 2007: «Mon Dieu! N’ajoutons pas l’horreur à l’horreur !»
Le prélat français commentait ainsi la diffusion d’une vidéo pirate de la pendaison de Saddam Hussein, survenue le 30 décembre 2006. Les autorités irakiennes ont ordonné, le 2 janvier, l’ouverture d’une enquête pour découvrir l’identité de son auteur et les responsables de sa diffusion sur internet. La vidéo complète a été diffusée le 31 décembre, dès le lendemain de la pendaison de l’ex-dictateur irakien. Ces images choc ont suscité l’indignation au sein de la communauté sunnite irakienne et dans plusieurs pays arabes.
Concernant la mise à mort de l’ancien dictateur, le cardinal Poupard a par ailleurs affirmé que «la position de l’Eglise catholique ne supportait aucune espèce d’exception» et que cela n’infirmait en rien les jugements apportés sur les crimes des personnes. «Une chose est de dire que l’on est contre la peine de mort, une autre chose de qualifier l’inqualifiable Saddam Hussein», a-t-il expliqué. Le président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux a par ailleurs souligné que cette mise à mort n’aiderait certainement pas à établir le climat de paix nécessaire entre toutes les communautés en Irak.
«Une exécution capitale est toujours une nouvelle tragique, motif de tristesse, même s’il s’agit d’une personne qui s’est rendue coupable de graves délits», avait pour sa part déclaré le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, le 30 décembre 2006. Condamné à mort le 5 novembre pour crime contre l’humanité, l’ex-dictateur avait été pendu le 30 décembre à l’aube par les autorités irakiennes dans une caserne des renseignements militaires de Khadamiyah, quartier nord et majoritairement chiite de Bagdad.
«La position de l’Eglise catholique – contraire à la peine de mort – a été rappelée à plusieurs reprises», avait aussi indiqué le Père Federico Lombardi. Pour lui, la mise à mort d’un coupable n’est pas «une voie pour reconstruire la justice et réconcilier la société». Il y a au contraire le risque que s’alimente l’esprit de vengeance et que soit semée une nouvelle violence, avait-il estimé.
«En ces heures sombres de la vie du peuple irakien, on ne peut que souhaiter que tous les responsables fassent vraiment tous leurs efforts pour que, dans une situation dramatique, s’ouvrent finalement des spirales de réconciliation et de paix», avait-il conclu.
La situation déjà critique risque de s’aggraver
«J’avais espéré ces derniers jours qu’il soit jugé opportun de ne pas mettre à exécution la peine capitale pour Saddam Hussein», avait pour sa part déclaré le cardinal Renato Martino sur les ondes de Radio Vatican. Le président du Conseil Justice et Paix avait aussi dit espérer que «ce dernier acte ne contribue pas à aggraver la situation déjà critique en Irak, un pays déjà tellement éprouvé par de si nombreuses divisions et des luttes fratricides».
Le cardinal Martino avait rappelé que la peine de mort, comme l’enseigne l’Encyclique de Jean Paul II «Evangelium vitae», devait être évitée «même si on la considère seulement comme un moyen de ’légitime défense’ de la société, en raison des possibilités dont dispose une société moderne de réprimer efficacement le crime de sorte que, tout en rendant inoffensif celui qui l’a commis, on ne lui ôte pas définitivement la possibilité de se racheter». Déjà, le 28 décembre, il avait estimé que la mise à mort de l’ancien président irakien ne ferait que «compenser un crime par un autre crime».
Saddam Hussein, qui a dirigé l’Irak d’une main de fer de 1979 jusqu’à la chute du régime en avril 2003, avait été condamné à mort le 5 novembre pour le massacre de 148 villageois chiites de Doujaïl (au nord de Bagdad) tués en représailles après un attentat manqué contre le convoi présidentiel en 1982. Son appel avait été rejeté le 26 décembre.
Agé de 69 ans, Saddam Hussein avait été arrêté en décembre 2003. Il était détenu depuis près de deux ans dans un endroit tenu secret, sur une base militaire américaine à Bagdad. Saluée immédiatement par Washington, son exécution est loin d’avoir fait l’unanimité à l’étranger, notamment chez les opposants à la peine de mort. (apic/imedia/ar/be)




