Un an après, personne ne sait exactement ce qui s’est passé

Rome: Assassinat du prêtre italien Don Santoro à Trébizonde en Turquie

Traduction Valérie Bory, Apic

Rome, 30 janvier 2007 (Apic) Le Vicaire apostolique en Anatolie, Mgr Luigi Padovese, membre de la Conférence épiscopale de Turquie interviewé par le quotidien catholique italien L’Avvenire revient sur l’assassinat du prêtre italien Don Andrea Santoro il y a un an à Trabzon, l’ancienneTrébizonde, au bord de la Mer noire, en Turquie. Il fait un parallèle avec l’assassinat récent du journaliste turc Hrant Dink.

De différents côtés on a relevé la similitude inquiétante entre l’assassinat de Don Santoro le 5 février 2006 et le meurtre récent du journaliste turco-arménien Hrant Dink. Un groupuscule ultranationaliste issu des Loups gris, mouvement d’extrême droite turc, a revendiqué les assassinats, dans un mail adressé au journal qui employait Hrant Dink, disant: «Après le prêtre Santoro, nous avons éliminé un autre ennemi de la Turquie». Qu’en pensez-vous?

Mgr Luigi Padovese: Je ne veux pas me substituer à la magistrature, mais il existe des motifs de préoccupation fondés. Il est significatif que l’assassinat du journaliste turco-arménien provienne de la même région de Trébizonde où opèrent des groupes de la mouvance du radicalisme nationaliste et islamique. Il y a quelques jours, la famille du journaliste assassiné a déclaré que s’il avait été fait pleine lumière sur l’assassinat de Don Santoro, peut-être que Dink n’aurait pas été éliminé. Je partage ce sentiment. Il est clair que ceux qui alimentent la haine dans une confrontation avec les chrétiens ou envers les Arméniens ne font qu’aller en sens contraire des intérêts de la nation turque.

La participation populaire massive aux funérailles de Dink indique que quelque chose bouge dans la société civile turque.

Mgr Luigi Padovese: J’ai été étonné de voir des banderoles Nous sommes tous Arméniens ainsi que par la présence de beaucoup de musulmans. J’ai aussi été impressionné par la décision du ministre de l’Intérieur de déplacer le préfet et le chef de la police de Trébizonde, qui avaient minimisé la portée de la mort du journaliste et les liens des exécutants avec la mouvance des nationalistes radicaux. Comme on le voit, l’image de la Turquie aujourd’hui est contrastée. On s’aperçoit que les gens sont capables de réagir aux menaces sur la cohésion du pays.

Que faire pour réagir à la contagion?

Mgr Luigi Padovese: Il faut agir avec rigueur sur le milieu dans lequel baignaient les meurtriers et éviter de faire de leur forfait un acte isolé. Les autorités doivent condamner le fanatisme. Il y a des maîtres néfastes qui éduquent les jeunes à l’intolérance et ont un fort ascendant sur ces derniers. La presse turque a publié une phrase significative de l’assassin du journaliste tué:  » J’ai été à la prière du vendredi et puis j’ai tiré»

Que pensez-vous du procès de l’assassin du Père Santoro qui s’est conclu par une peine de 18 ans de réclusion?

Mgr Luigi Padovese: Je suis amer et insatisfait. La lumière n’a pas été faite sur les motifs du geste, attribué seulement à l’action d’un jeune déséquilibré. Le procès s’est déroulé à huis clos parce qu’il s’agissait d’un mineur. On n’en sait que ce qui a filtré à travers la presse. Nous attendons encore, un an après le texte écrit de la sentence, par encore transmis aux autorités compétentes italiennes. La vérité serait aussi un bien pour toute la Turquie.

Quelle est la situation aujourd’hui dans la petite église de Trébizonde où le Père Andrea Santoro était curé?

Mgr Luigi Padovese: Il a y maintenant un prêtre polonais et des collaborateurs roumains. La vie est plutôt difficile. Les chrétiens sont de plus en plus isolés mais on continue sur les traces de Don Santoro dans la simplicité et l’humilité, le témoignage chrétien et l’accueil.

Quelles sont les difficultés principales de l’Eglise catholique en Anatolie?

Mgr Luigi Padovese: Il serait opportun de créer une commission bilatérale qui se coltine au point central de la restitution des édifices religieux, afin d’arriver à un compromis honorable. Le fait que l’Eglise n’a pas de personnalité juridique rend le tout plus difficile. Le pape l’a encore rappelé au nouvel ambassadeur turc auprès du Saint-Siège. Il y a aussi une hostilité présente dans une partie de la société turque, qui naît de l’ignorance et des préjugés.

Vous ne craignez pas d’être accusés de prosélytisme?

Mgr Luigi Padovese: Mais quel prosélytisme? Nous avons simplement à coeur de dire qui nous sommes. Sans buts cachés, mais sans timidité complaisante. La Turquie doit accepter de se mesurer avec la confiance en la liberté religieuse. C’est un passage nécessaire pour continuer son chemin vers l’Europe.

Un chemin vers l’UE qui apparaît encore long.

Mgr Luigi Padovese: Des épisodes comme l’assassinat du Père Santoro ou du journaliste Dink montrent bien que certains s’opposent à l’avancée de la Turquie dans l’UE, au nom d’une malencontreuse acception de l’identité turco-islamique de la nation. L’UE doit être exigeante mais ne pas se fermer à l’entrée d’Ankara. Les aspects économiques de ce processus ne sont pas tout. Nous devons arriver à des signaux forts dans le champ des droits de l’Homme et de la liberté religieuse et de la liberté d’expression. (apic/avvenire/vb)

30 janvier 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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