Rome: Benoît XVI dénonce dans son livre «l’oubli de Dieu dans la société occidentale»
Parution de «Jésus de Nazareth»
Rome, 13 avril 2007 (Apic) Dans son livre «Jésus de Nazareth – du Baptême dans le Jourdain à la Transfiguration», ouvrage rendu public le 13 avril 2007, Benoît XVI critique l’oubli de Dieu dans la société occidentale. Au fil des pages, le pape croise l’histoire de Jésus avec l’actualité. Il propose ainsi une vision du pouvoir, de la souffrance, de la religion et de la famille, à la lumière de l’histoire du Christ.
«Mettre de l’ordre seul dans le monde, sans Dieu, compter seulement sur ses propres capacités, reconnaître comme vraie la seule réalité politique et matérielle et laisser de côté Dieu comme illusion, c’est la tentation qui nous menace sous de multiples formes», estime ainsi le pape dès les premières pages de son ouvrage. Ainsi, pour lui, «c’est Dieu qui est en jeu».
Pas seulement le marxisme qui est en cause
Pour le pape, la question de Dieu est la question fondamentale qui nous conduit au carrefour de l’existence humaine. Aussi, là où Dieu est considéré comme une grandeur secondaire, que l’on peut temporairement ou en permanence mettre de côté au nom de choses plus importantes, les prétentions plus importantes faillissent, met en garde le pape. «Il n’y a pas seulement le résultat négatif de l’expérience marxiste qui le démontre», argumente-t-il.
Et de critiquer les aides de l’Occident aux pays en voie de développement, fondées sur des principes purement technico-matériels. Elles non seulement ont laissé Dieu de côté, mais ont aussi éloigné les hommes de lui. «De telles aides ont mis de côté les structures religieuses, morales, sociales existantes et introduit leur mentalité techniciste», insiste-t-il. La foi et la religion en viennent à être utilisées à des fins politiques, déplore-t-il. Ce qui compte, c’est seulement l’organisation du monde, regrette encore le pape théologien.
«La religion ne compte que si elle peut être d’une aide». Le respect des traditions religieuses est seulement apparent, poursuit-il. Il qualifie d’»inquiétant» le voisinage de cette vision post-chrétienne de la foi et de la religion.
«Dieu a disparu, celui qui agit désormais, c’est l’homme», dénonce encore Joseph Ratzinger. D’après lui, «dans notre époque moderne (.), nous déclarons Dieu mort, ainsi nous sommes nous aussi dieu !». Et finalement, assure-t-il, les hommes ne sont plus propriété d’un autre, mais bien les seuls patrons d’eux-mêmes et les propriétaires du monde.
Dans son livre, Benoît XVI plaide pour unifier finalement les forces positives de l’humanité dans le chemin vers le futur du monde. «Le ’règne’ signifierait simplement un monde dans lequel règnerait la paix, la justice et la sauvegarde de la création», estime-t-il. «Cela serait le véritable engagement des religions», qui collaboreraient à cette fin. Même si «pour le reste, elles pourraient bien maintenir leurs traditions, vivre chacune leur propre identité».
La fusion entre la foi et le pouvoir politique a toujours un prix
Dans son long développement, le pape estime aussi que le chrétien est actuellement menacé par une atmosphère anonyme, par ce qui est ’dans le vent’, par ce qui veut faire apparaître la foi comme ridicule et insensée. Il critique aussi sévèrement l’abus du «nom de Dieu» qui peut «tacher Dieu lui-même».
Intervenant au sujet de la lutte pour la liberté de l’Eglise, Benoît XVI explique par ailleurs que la fusion entre la foi et le pouvoir politique a toujours un prix : «la foi se met au service du pouvoir et doit se plier à ses critères». Or, si pour le pape l’humanisation du pouvoir est possible, aussi dans notre temps et si le pouvoir peut recevoir un visage humain, la foi des chrétiens ne prête cependant à aucun pouvoir politique, mais reconnaît plutôt «l’autorité légitime» dans le Christ. Il insiste aussi sur le fait que l’Eglise, l’individu, ont toujours besoin de purification. «L’Eglise, dans son ensemble ne doit pas perdre conscience de devoir être reconnaissable comme la communauté des pauvres de Dieu», ajoute-t-il.
Critiquant les idéologues et les dictateurs, pour lesquels «les hommes sont seulement un objet qu’ils possèdent», le pape explique aussi qu’aucun homme n’appartient à un autre. Les enfants ne sont pas la ’propriété’ des parents, mais relèvent de leur responsabilité, argumente-t-il, comme «les époux ne se possèdent pas l’un l’autre», mais «s’appartiennent par le fait qu’ils acceptent la liberté de l’autre et se soutiennent réciproquement dans l’amour». Benoît XVI n’oublie pas, au passage, de défendre la famille comme étant le coeur de tout ordre social.
Enfin, au sujet de la souffrance, le pape évoque les maux «qui dévastent le monde et notre vie». «Nous pouvons, nous devons aussi prier le Seigneur de libérer le monde, nous-mêmes et les nombreux hommes et peuples souffrants, des tribulations qui rendent la vie presque insupportable», suggère-t-il, relevant que la catastrophe de Tchernobyl est «l’expression bouleversante de la création asservie dans l’obscurité de Dieu». (apic/imedia/ar/be)




