Papiers officiels causes de tensions
Indonésie: La mention de la religion sur la carte d’identité contestée
Jakarta, 17 avril 2007 (Apic) La mention de l’appartenance religieuse est obligatoire sur la carte d’identité en Indonésie. Des voix s’élèvent cependant pour supprimer cette notion et ainsi prévenir les violences dont peuvent être victimes certaines personnes de la part d’intégristes de tous bords.
Dans le plus grand pays musulman du monde, 85 à 90 % des habitants se réclament de l’islam et le pratiquent de façon modérée pour la plus grande part. Mais certaines régions du pays, en particulier l’archipel des Moluques et l’île de Célèbes (appelée aussi Sulawesi), sont victimes de vives tensions interconfessionnelles.
L’Indonésie ne reconnaît officiellement que six religions: l’islam, le catholicisme, le protestantisme, le bouddhisme, l’hindouisme et le confucianisme. La loi impose l’inscription d’une de ces religions sur sa carte d’identité. Mais le simple fait d’être identifié comme appartenant à telle religion, surtout celles minoritaires, constitue aujourd’hui encore une source de danger.
Ainsi, le 21 mars dernier, trois islamistes ont été condamnés à des peines de 14 à 20 ans de prison pour avoir décapité trois lycéennes chrétiennes, «coupables» seulement d’appartenir à une religion qu’ils haïssaient. Des villes indonésiennes restent divisées en quartiers chrétiens ou musulmans.
Supprimer la mention «religion» peut sauver des vies
Ces fractures sociales préoccupent Maya Safira, du Mouvement pour l’intégration nationale, une ONG basée à Jakarta. Ce mouvement milite pour une carte d’identité religieusement anonyme. Dans ce combat, le Mouvement pour l’intégration nationale peut compter sur d’autres organisations, des intellectuels parmi lesquels l’ex-président Abdurrahman Wahid, surnommé Gus Dur. Selon ce dernier, l’islam n’interdit pas la suppression de la mention de la religion sur les cartes d’identité, cela permettrait même de sauver des vies dans les conflits religieux, a-t-il précisé.
Selon Suma Mihardja, de l’ONG LBH Rakyat, les personnes pratiquant une religion autre que l’une des six officielles sont de fait privées de documents officiels tels que certificats de naissance, de mariage, de décès ou de résidence. C’est la raison pour laquelle, de nombreux Indonésiens non musulmans optent pour la mention «islam» sur leur carte.
La réforme n’est pas pour demain
Mais le ministre des Affaires religieuses, Muhammad Maftuh Basyuni, a soutenu que la mention obligatoire, loin de diviser, pouvait favoriser l’harmonie entre les différents croyants. Il a même ajouté que cela permettait aussi de vérifier si un citoyen pratiquait correctement sa foi. Dès lors la réforme de la carte d’identité indonésienne n’est pas pour tout de suite.
Le président de la deuxième plus importante organisation islamique indonésienne Din Syamsuddin, a, quant à lui, déclaré que les conflits confessionnels étaient suscités par les inégalités sociales et économiques, plutôt que par la carte d’identité. Il estime qu’il n’est pas nécessaire d’imiter les pays qui ont interdit la mention religieuse sur les papiers officiels. (apic/ag/js)




