Passer de l’adolescence à l’âge adulte
Môtier: Le journaliste Maurice Page élu président de Fribourg-Solidaire
Môtier, 20 avril 2007 (Apic) Le journaliste fribourgeois Maurice Page, 45 ans (*), a été élu jeudi soir président de Fribourg-Solidaire, la fédération fribourgeoise d’organisations non gouvernementale (ONG) actives pour le développement et la solidarité internationale, fondée en 2003. Il a été nommé par applaudissement lors de l’assemblée générale de Fribourg-Solidaire (FS) à Môtier, dans la commune du Haut-Vully, en remplacement de l’avocat Pierre-Serge Heger, qui a porté la fédération dans sa «période d’adolescence».
Le nouveau président devrait la porter dans sa «période de maturité», en espérant notamment qu’un plus grand nombre de communes fribourgeoises y adhèrent. FS aimerait porter leur nombre à une vingtaine d’ici la fin de l’année. Fribourg-Solidaire a pour ambition de constituer une plateforme d’échange et de concertation, de promouvoir des actions de coopération de qualité, au service particulièrement des communes et du canton, devenir une force de plaidoyer en faveur de la solidarité internationale, dans la perspective notamment de la concrétisation de l’article 70 de la nouvelle Constitution cantonale fribourgeoise. Selon cette disposition, l’Etat encourage l’aide humanitaire, la coopération au développement et le commerce équitable, et favorise les échanges entre les peuples.
Soutien de la DDC renouvelé pour 3 ans
Bonne nouvelle pour la cinquantaine de personnes présentes dans la salle communale de Môtier: la Direction du développement et de la coopération de la Confédération (DDC) a décidé de renouveler son soutien à FS. «La DDC prévoyait un financement structurel initial sur trois ans, mais nos activités durant cette période ont convaincu la DDC de nous soutenir durant encore 3 ans», a relevé le président sortant.
Pierre-Serge Heger a souligné dans son rapport «l’événement phare» de Fribourg-Solidaire pour l’année 2006, et qui a représenté un beau coup médiatique: sa participation, comme invité d’honneur, au salon des Goûts et Terroirs à Bulle. A cette occasion, FS a pu thématiser le problème de la souveraineté alimentaire, avec la participation active d’élèves du Cycle d’Orientation de la Gruyère et du Collège du Sud. Le président sortant a souhaité que FS continue de fédérer les forces vives fribourgeoises du développement et de la coopération en particulier en arrivant à recruter des partenaires dans la partie germanophone du canton. Le budget 2007 – encore provisoire – se monte à 87’000 francs, dont une partie pour financer des projets de coopération.
Présent à Môtier, le conseiller d’Etat fribourgeois Erwin Jutzet – qui fut président notamment de la Commission de politique extérieure du Conseil national (CPE-N) à Berne, et à ce titre visité de nombreux pays du tiers-monde – a apporté le salut et le soutien des autorités cantonales. Rappelant à son tour l’article 70 de la Constitution fribourgeoise, cet ancien élève des Pères de Bethléem-Immensee a dit sa fierté que le peuple fribourgeois a donné cette mission de solidarité à l’Etat. Il a précisé que l’Etat attendait de son côté des projets d’aide au développement «bien ficelés» et si possible appuyés par des personnalités. Il a également souhaité que Fribourg-Solidaire obtienne l’appui du maximum d’ONG et de communes pour augmenter encore sa représentativité et devenir ainsi un partenaire de l’Etat incontournable.
L’assemblée générale de FS a accepté à l’unanimité comme nouveaux membres trois nouvelles ONG et une commune, celle de Neyruz. Les ONG sont Adra, Agence adventiste d’aide et de développement, dont les bureaux sont à Lentigny/FR, Magasins du Monde, et une association qui traite notamment les victimes de la torture en Bolivie (AESITEI).
La soirée s’est conclue par un débat animé par le journaliste Roger de Diesbach sur la «souveraineté alimentaire, mythe ou nécessité», qui a vu s’affronter des conceptions de l’agriculture assez divergentes. Jacques Barras, président du syndicat paysan Uniterre Fribourg, a ainsi présenté une vision de son métier qui ne correspondait pas à celle de Christian Haeberli, chef de la division des Affaires internationales et de la promotion des ventes à l’OFAG (Office fédéral de l’agriculture). Ce dernier a souligné que la politique agricole suisse relevait du mandat législatif donné par le souverain, et qu’il fallait l’appliquer. «On veut certes garder le plus de paysans possible et qui puissent vivre correctement, mais leur nombre doit encore diminuer. «
Le côté social et écologique de l’agriculture
Jacques Barras a pour sa part déploré que l’on mette toujours plus les paysans en concurrence, et on ne va pas les sauver en augmentant toujours plus les importations. Sans parler de l’aspect écologique: on importe des haricots du Kenya, à 5 ou 6’000 km de la Suisse, «ce qui nécessite 5 litres de pétrole par kilo de haricots.». Il a fustigé au passage les règles de l’OMC, l’organisation mondiale du commerce, qui ne voit l’agriculture que sous son aspect financier, «alors que c’est aussi et avant tout un problème de société !»
Venu du Togo, Valentin Konsana, du syndicat paysan africain MAPTO, a présenté une agriculture locale sévèrement concurrencée par des produits d’importation subventionnés, comme le blé ou le riz asiatique, malheureusement préférés sur les marchés par les consommateurs indigènes. «Ils croient que tout ce qui vient d’ailleurs, de chez les Blancs, est meilleur !» Avec son association, il essaye de regrouper les paysans pour vendre leurs produits à de meilleurs prix, fixés en commun avec les producteurs, souvent victimes des intermédiaires. Le débat entre les agricultures du Nord et celles du Sud montre qu’il ne fait que commencer ! JB
(*) Maurice Page occupe depuis le 1er janvier dernier le poste à temps partiel de rédacteur en chef de «Paroisses Vivantes», les bulletins paroissiaux de langue française édités par l’OEuvre de Saint-Augustin (OSA) à Saint-Maurice. Né en 1962 à Fribourg, cet ancien directeur du Centre régional de la Mission Bethléem Immensee pour la Suisse romande à Fribourg, fut de 2000 à 2004 coordonnateur de la radio communautaire Duji Lokar FM (Radio Etoile du Matin), fondée en 2000 dans le diocèse de Moundou, au sud du Tchad. Licencié en lettres de l’Université de Fribourg, il a fait ses premières armes de journalisme à l’Agence de presse internationale catholique Apic à Fribourg, où il fut rédacteur de 1991 à 2000.
(apic/be)




