L’Eglise latino doit entreprendre une mission forte et décisive
Voyage de Benoît XVI au Brésil: entretien avec le cardinal Hummes
Propos recueillis à Rome par Antoine-Marie Izoard
Rome, 7 mai 2007 (Apic) Face à la baisse du nombre de ses fidèles en Amérique latine, l’Eglise du continent doit «entreprendre une mission plus forte et décisive», estime le cardinal brésilien Claudio Hummes, préfet de la Congrégation pour le clergé. L’ancien archevêque de Sao Paolo a répondu aux questions d’I.Media, partenaire romain de l’Apic, et de l’hebdomadaire français Famille Chrétienne à la veille du voyage de Benoît XVI au Brésil, du 9 au 14 mai 2007.
Q.: Quel est ce Brésil que le pape va visiter et quel est le sens de cette visite?
Cardinal Hummes: Benoît XVI va découvrir un pays très beau et merveilleux, plein de ressources et fort d’un très grand patrimoine historique. Il va visiter la ville de Sao Paulo, l’une des plus grandes du monde, une ville postmoderne. Il vient ouvrir la Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et cela représente pour lui un grand engagement, un défi, car presque la moitié des catholiques de la planète se trouvent sur le continent et, aujourd’hui, l’Eglise catholique a des problèmes. Le pape vient d’abord confirmer l’Eglise et les évêques dans leur travail mais aussi donner des orientations et son éclairage afin que nous sachions aujourd’hui encore porter l’Evangile dans cette réalité qui est avant tout celle d’une très grande pauvreté, avec de nombreux problèmes sociaux. Il y a aussi le problème de l’Eglise face aux sectes qui se développent énormément, et lui font se poser cette question: pourquoi ceux que nous avons baptisés passent désormais à d’autres croyances ? Nous devons nous demander ce que nous n’avons pas réussi à faire. Les catholiques qui se sont éloignés sont très nombreux et cela signifie que l’Eglise devra entreprendre une mission plus forte et décisive.
Q.: Quel est le visage de l’Eglise du continent, et du Brésil en particulier ?
Cardinal Hummes: Dans les grandes villes, la culture post-moderne entre en force à travers les médias, l’université, les couches les plus instruites de la population ou la classe dirigeante. C’est ce que nous appelons l’individualisme, le relativisme, la déchristianisation et le pluralisme religieux. Tout cela commence à être très influent en ville, avec ses conséquences. Alors que, dans les campagnes, subsiste une religiosité populaire plus traditionnelle, qui trouve ses racines dans l’histoire de l’Amérique latine et de ses nombreux liens avec la culture espagnole, les indigènes, les cultures africaines venues avec les esclaves. Tout cela a entraîné une inculturation très importante de la foi catholique dans le continent.
Q.: Face aux défis actuels, l’évangélisation est-elle indispensable ?
Cardinal Hummes: Bien sûr, il faut une nouvelle évangélisation avec une méthodologie missionnaire. Nous devons sortir des communautés à la rencontre des gens, aller là où ils vivent, là où ils travaillent, là où ils sont. C’est-à-dire surtout dans les périphéries urbaines mais aussi dans les campagnes et parmi toutes les couches de la société. Nous ne pouvons pas attendre dans les paroisses et les institutions que les gens viennent, nous devons aller les chercher et leur porter de nouveau l’annonce de Jésus-Christ.
Q.: Outre l’ouverture des travaux des évêques du continent, quels seront les plus grandes étapes de ce voyage au Brésil ?
Cardinal Hummes: Il y a d’abord la canonisation du premier saint brésilien, le franciscain Antonio de Santa’Ana Galvão, à laquelle participeront plus d’un million de personnes à Sao Paulo. Il y a aussi la rencontre du pape avec la jeunesse, une rencontre significative et enthousiasmante. Et puis, enfin, le pape visitera une grande institution d’aide aux jeunes toxicomanes : la «Fazenda da Esperança» (la ferme de l’espoir, ndlr). C’est très important car la question de la drogue touche aussi le Brésil et Sao Paulo.
Q.: Pourquoi Benoît XVI visite-il particulièrement ce centre d’aide aux victimes de la drogue ?
Cardinal Hummes: Pour deux raisons. D’abord parce que son fondateur, un franciscain allemand, a tout de suite invité le pape à s’y rendre et qu’il a été emballé car c’est une grande institution qui fait un très beau travail. Et puis, c’est aussi parce que le problème de la drogue est vraiment très grand et que les jeunes en sont les premières victimes. Ainsi, dans la mégalopole de Sao Paulo, où vivent 19 millions de personnes, un million de jeunes ne suivent pas d’études et ne travaillent pas. Alors, que font-ils ? Beaucoup d’entre eux sont entrés dans la drogue et la violence. Pour cela, cette visite du pape a beaucoup de sens. (apic/imedia/ami/pr)




