Cérémonie de réconciliation jeudi à Moscou

Moscou: Patriarcat de Moscou et Eglise orthodoxe russe en exil réunifiés

Moscou, 18 mai 2007 (Apic) Le métropolite Lavr, primat de l’Eglise orthodoxe russe hors-frontières (New York), et le patriarche de Moscou et de toutes les Russies Alexis II ont célébré jeudi 17 mai à Moscou la liturgie de réunification de leurs deux Eglises, en la cathédrale du Christ-Sauveur.

Deux heures plus tôt, dans cette même basilique, qui avait été dynamitée sur les ordres de Staline en 1931 et fut reconstruite à l’identique dans les années 1990, les deux responsables orthodoxes avaient signé, sous l’oeil attentif du président Vladimir Poutine, l’acte de communion canonique réunissant leurs deux Églises, séparées depuis près de quatre-vingts ans.

Au terme de ce texte, cité par le quotidien français «La Croix», l’Église hors frontières fait désormais partie intégrante de l’Église russe, tout en bénéficiant d’un statut d’autonomie. Son primat sera ainsi élu par son propre concile épiscopal.

L’Eglise russe à l’étranger fut créée dans les années 1920 par le clergé ayant fui la Russie bolchevique en même temps que quelque 2,5 millions de personnes. En Russie, le clergé fut persécuté, ce qui incita le patriarche de Moscou de l’époque, Tikhon, à lancer, en 1918, un anathème à l’encontre du pouvoir bolchevique. Arrêté et assigné à résidence, le patriarche Tikhon mourut en 1925. Lorsqu’en 1927, son successeur Serguiï proclama la loyauté de l’Eglise orthodoxe au gouvernement soviétique et appela l’Eglise en exil à coopérer avec le nouveau pouvoir, le clergé en exil décida de rompre les relations avec le patriarcat de Moscou.

Sous l’influence de Poutine, les contacts n’ont repris qu’en 2003 avec la visite à Moscou de l’archevêque de Berlin Mark suivie, en 2004, de celle du métropolite Lavr, basé à New York. La réunification a été décidée en mai 2006.

Une partie du clergé émigré souhaite cependant que le patriarcat de Moscou se repente de son allégeance au régime communiste, avant d’évoquer une quelconque réunification. L’Eglise russe à l’étranger compterait aujourd’hui 500’000 fidèles dans plus de 30 pays et 300 paroisses en Amérique, en Europe et en Australie.

Violemment anticommuniste, elle prendra à l’époque systématiquement le contre-pied des positions d’un patriarcat qu’elle jugeait inféodé au régime athée, ce qui explique, par exemple, son opposition totale au dialogue oecuménique.

L’unité orthodoxe russe est cependant encore loin d’être réalisée. Certaines paroisses russes en Europe occidentale, qui se sont placées depuis les années 1930 sous la protection du patriarcat de Constantinople, ne souhaitent pas, pour leur part, céder aux sirènes de Moscou qui, sous l’influence du Kremlin, entend réunifier sous sa coupe toutes les Églises «de tradition russe».

La réunification de l’Eglise orthodoxe russe est en effet vue d’un mauvais oeil par le patriarcat oecuménique de Constantinople, dans la mesure où il considère sous sa juridiction tous les orthodoxes de la diaspora.

Orthodoxes français satisfaits

L’orthodoxie française se réjouit néanmoins. Dans un communiqué publié mercredi 16 mai, repris par «La Croix», l’Assemblée des évêques orthodoxes de France (AEOF) s’est réjouie «du rétablissement de la communion de l’Église russe hors frontières avec l’Église orthodoxe russe et, par conséquent, avec l’Église orthodoxe universelle».

Le Saint-Siège a pour sa part pris acte de la réunification interne de l’Eglise orthodoxe russe. L’Eglise orthodoxe russe à l’étranger et le patriarcat de Moscou ont signé le 17 mai, un acte de réunification mettant fin à plus de 80 ans de schisme.

«Nous respectons et prenons acte» de la décision du patriarcat de Moscou et de l’Eglise orthodoxe russe en exil de se réunir, a déclaré mercredi à I.Media Mgr Brian Farell, secrétaire du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens. «Nous considérons cette décision comme un acte qui s’intègre dans un processus plus large par lequel les changements survenus en Europe de l’Est, avec la chute du communisme, affectent la façon dont les Eglises orthodoxes se restructurent», a commenté Mgr Farell. «Pour cela, nous respectons et nous prenons acte de cette décision». (apic/cx/ns/imedia/pr)

18 mai 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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