Justice et paix donne la parole aux victimes de la cruauté
Congo RDC: Pour que le calvaire des femmes violées à Bukavu ne s’oublie pas
Bukavu, 29 mai 2007 (Apic) La Commission diocésaine Justice et paix de l’archidiocèse de Bukavu, dans l’Est de la République Démocratique du Congo, RDC, ne veut pas que l’on oublie le calvaire des femmes violées à Walungu (province du Sud-Kivu), dans cette même partie du pays.
Dans son numéro de mai, «Flash», la publication de ladite commission, consacre un numéro à ces victimes des violences sexuelles, rapporte l’Agence DIA à Kinshasa.
Durant l’année 2006, la Commission diocésaine Justice et paix de l’archidiocèse de Bukavu a accueilli dans ses bureaux 1’054 femmes violées. La plupart étaient à la recherche d’une assistance matérielle et sanitaire. La commission offre une assistance plutôt juridique mais, forcée par les événements, elle a négocié un contrat de collaboration avec l’hôpital de Panzi qui assure aux victimes des soins médicaux.
L’âge de celles-ci varie entre 5 et 80 ans. Lesdites victimes proviennent principalement des paroisses de l’archidiocèse les plus sinistrées, en particulier celles de Burhale, de Walungu et de Mwanda. En tout 853 ont été déclarées malades par les médecins.
Flash propose le témoignage d’une jeune mère dont la vie a été «volée et violée» par ces hommes que la guerre du Rwanda de 1994 a déversés dans les collines et dans les villages à l’Est de la RDC.
Le calvaire d’Emérance Cibalonza, âgée de 25 ans, a commencé le 26 février 2005 à 22 heures au village de Musengesi à Izege, zone de Walungu, territoire du Sud-Kivu, dans l’Est congolais, à moins de 50 km du Rwanda. Cette nuit là, des hommes armés, qui ont d’abord ôté la vie à son mari et à deux de ses six enfants ainsi qu’à son père, vont la violer. On lui enfonce un morceau d’étoffe dans la bouche probablement pour étouffer les cris. Les bras sont attachés et les épaules fortement tenues à terre par les bottes de ses bourreaux. Alors commence le viol en série. Combien l’ont-ils violée ? Elle se rappelle avoir vu trois hommes et après elle a perdu connaissance, le sang coulant de partout.
Pourquoi.
Cibalonza a bénéficié des soins. Mais elle a quitté l’hôpital avant qu’elle ne guérisse complètement, car elle a préféré rejoindre ses quatre petits enfants laissés chez ses compagnes au village. Elle décrit enfin son traumatisme, après avoir vu son mari, mais aussi son père ainsi que deux de ses enfants mourir. Inconsolable, Cibalonza se demande pourquoi le destin lui a réservé un tel sort cruel.
L’histoire de Cibalonza est aussi celle de Ntakobajira M’bisimwa dont le mari et le fils de 8 ans ont été assassinés devant elle et sa fillette de quelques mois qu’elle a emmenée avec elle dans la brousse.
Les responsables doivent payer
Cette histoire est également celle de 7 fillettes enlevées le 31 mars 2007 à Kaniola et emportées dans la forêt par les mêmes assaillants. Selon Flash, elles sont revenues après avoir été violées et après paiement des rançons allant de 100 à 200 dollars américains par personne.
La Commission diocésaine Justice et paix de Bukavu demande que les auteurs de ces crimes soient traduits en justice. «Il faut que les responsables de ces massacres répondent de leurs actes». La Commission de l’Eglise catholique estime nécessaire de documenter tous les faits. (apic/dia/pr)




