Grande figure de l’Eglise catholique romaine
Rome: Décès du cardinal français Jean-Marie Lustiger
Rome, 6 août 2007 (Apic) Vu de Rome, les «vaticanistes» relèvent l’engagement du cardinal Lustiger dans le dialogue judéo-chrétien. La conversion au catholicisme a marqué l’enfance de cette figure de l’Eglise de France. Le collège cardinalice compte désormais 182 cardinaux, dont 105 électeurs.
L’origine juive et la conversion au catholicisme ont marqué l’enfance de Mgr Jean-Marie Lustiger, décédé dans la soirée du 5 août 2007 à Paris, dont les obsèques seront célébrées le 10 août à 10h à la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Après 24 années passées à la tête de l’archidiocèse de Paris, le cardinal Jean-Marie Lustiger avait pris sa retraite le 5 mars 2005, à l’age de 78 ans. Très proche de Jean Paul II, il avait participé au Conclave qui avait élu Benoît XVI en avril 2005. Les origines juives et la conversion au catholicisme ont marqué l’enfance de cet homme qui a été une figure importante de l’Eglise de France dans le dernier quart du 20e siècle. Artisan majeur du dialogue judéo-chrétien durant le pontificat de Jean-Paul II, l’ancien archevêque de Paris avait participé à la visite de la synagogue de Cologne (Allemagne) avec Benoît XVI, le 19 août 2005.
Une Bible protestante
Né à Paris le 16 septembre 1926 de parents polonais émigrés, Aaron Lustiger tombe à 11 ans sur une Bible protestante, qu’il se met à lire d’un bout à l’autre. Arrivé au Nouveau Testament, il le comprend comme la «conclusion normale» de l’Ancien. Un constat qui devient un appel. Il demande alors le baptême catholique, qu’il reçoit le 25 août 1940, dans la chapelle de l’évêché d’Orléans, en pleine Seconde guerre mondiale. Il choisit le prénom de Jean-Marie, et pense déjà à devenir prêtre. Sa soeur Arlette se convertit également quelques années plus tard. Sa mère, juive, déportée de France en Allemagne, mourra dans le camp d’ Auschwitz en 1943.
Entré au séminaire chez les carmes, à Paris, où il passe une licence en théologie, en philosophie et en lettres, il est ordonné prêtre le 17 avril 1954. Le jeune prêtre devient ensuite aumônier des étudiants de la Sorbonne, et directeur du Centre Richelieu pour étudiants, avant d’être nommé en 1969 curé de la paroisse Sainte-Jeanne de Chantal, porte de Saint-Cloud, à Paris, charge qu’il garde jusqu’en 1979.
En 1979, Jean-Paul II le nomme évêque d’Orléans. Mais, un peu plus d’un an plus tard, le 31 janvier 1981, il est nommé à 55 ans archevêque de Paris – un geste personnel et audacieux de la part du pape polonais – succédant ainsi au cardinal Marty, démissionnaire pour raison d’âge. Le pape le crée cardinal en 1983.
Enrayer le déclin des prêtres
Dès lors, il se fait de plus en plus remarquer pour ses capacités intellectuelles et pastorales. Sa priorité est d’augmenter le nombre de vocations sacerdotales, en chute grave à l’époque. Dans ce but, il crée en 1984 la Maison Saint-Augustin, instituant pour les candidats à la prêtrise une première année de vie communautaire propice au discernement. La même année, il fonde l’Ecole Cathédrale, qui forme depuis des milliers de prêtres, religieuses et laïcs, en marge de l’Institut catholique de Paris, sur des sujets qui touchent autant la formation théologique que des thèmes liés à la famille, la santé, et l’éthique. En 1985, il fonde le Séminaire de Paris avec deux cycles de formation en six ans, durant lesquels les séminaristes sont rassemblés au sein de huit ’maisons’ rattachées à des paroisses. Une stratégie qui s’avère positive, puisqu’en une vingtaine d’années, il ordonne près de 220 nouveaux prêtres à Paris.
Dans la perspective de l’évangélisation, il décide par ailleurs de s’appuyer sur des médias diocésains comme le magazine Paris Notre-Dame, Radio Notre-Dame, la chaîne de télévision KTO et le site Internet du diocèse. Tandis que, soucieux de toucher les visiteurs attirés par le patrimoine culturel de l’Eglise, il crée en 1989, «Art, culture et Foi», une association destinée à éveiller les visiteurs au sens spirituel et religieux des églises de Paris, à commencer par la cathédrale Notre-Dame, et le Sacré-Coeur de Montmartre. Enfin, il a le génie d’organisation d’événements fédérateurs comme les JMJ d’août 1997, lorsqu’il accueille Jean-Paul II à Paris, la messe chrismale – du jeudi saint – célébrée au Palais omnisports de Bercy en avril 2000 et la semaine de mission ’Paris-Toussaint 2004’ qui mobilise les paroisses de la capitale.
Membre de l’Académie française
Auteur de nombreux ouvrages, il est élu à l’Académie française en juin 1995. Il y avait fait son dernier passage le 31 mai dernier pour adresser ses adieux aux ’Immortels’, leur affirmant avec émotion : «Vous ne me reverrez pas». De ses écrits ressort une lecture prophétique de l’Histoire, qu’il exprime avec une grande liberté de pensée, et un souffle littéraire et spirituel qui fascine.
Dans l’ensemble, les mesures, parfois autoritaires, prises par le cardinal ont redonné une réelle vitalité au diocèse de Paris, même si une génération de prêtres, souvent encline à une interprétation plus ’progressiste’ du concile Vatican II s’en est trouvée brusquées. En dépit de son caractère parfois difficile, le succès de ses initiatives audacieuses et sa forte personnalité lui ont acquis un rayonnement bien au-delà des frontières de son diocèse et de la France. Très proche de Jean Paul II – il n’hésitait pas à venir à Rome pour 24 heures s’entretenir avec lui, de sa propre initiative, il avait toute sa confiance.
Le cardinal Lustiger a par ailleurs exercé quelques responsabilités au sein de la Curie Romaine, notamment comme membre de la Congrégation pour les évêques et de la Congrégation pour les Eglises orientales. (apic/imedia/ami/vb)




