Rencontre avec Sylvie Roman, coordinatrice de la Mission Bethléem Immensee à Lusaka
Apic Interview
En Zambie, à cause du sida, l’espérance de vie est tombée à 37 ans
Jacques Berset, agence Apic
Fribourg, 24 septembre 2007 (Apic) Depuis juin 2005, la géographe Sylvie Roman travaille à Lusaka, capitale de la Zambie, comme coordinatrice de la Mission Bethléem Immensee (MBI). L’Apic a rencontré cette volontaire lors de la tournée d’information qu’elle effectue en Suisse romande en septembre. Elle vit désormais dans le quartier populaire de Kaunda Square, dans la capitale zambienne.
Sylvie Roman, dont le père est originaire de la Vénétie et la mère Suissesse, a grandi à Céligny, une enclave genevoise en terre vaudoise. Géographe de formation, la Genevoise de 36 ans est chargée à Lusaka du développement de projets et du travail de mise en réseau de diverses initiatives avec des partenaires zambiens. Elle s’occupe aussi de l’accompagnement des 13 volontaires de la MBI – un groupe qui comprend toute une panoplie de professions, allant du prêtre au menuisier – dans ce pays d’Afrique australe, qui fut appelé Rhodésie du Nord du temps du protectorat britannique.
En Zambie, la MBI travaille dans le domaine de la formation, de l’agriculture, de la pastorale intégrale et de la santé, notamment dans le domaine de la lutte contre le sida, une véritable catastrophe humaine et économique dans ce pays où près d’une personne sur cinq est atteint du vih/sida et où l’espérance de vie est tombée à 37 ans.
La région minière de la Copperbelt, littéralement la «ceinture de cuivre», une province de Zambie particulièrement riche en gisements de minéraux, affiche un taux de prévalence du vih/sida de près de 27%, tandis qu’à Lusaka, la capitale, ce taux approche les 22%, alors que la moyenne nationale avoisine les 17% des personnes adultes. Le sida est une catastrophe humaine et économique en Zambie, car toute la population est touchée, en particulier les jeunes filles et les femmes.
Dans les zones rurales, on trouve des champs en friche, car la population active est décimée par la pandémie. Des usines ferment, faute de bras, des ingénieurs zambiens meurent dans les mines de cuivre, nombre de parlementaires sont déjà décédés des suites du sida, bien plus d’un millier d’enseignants ont disparu tandis les orphelins du sida sont déjà quelque 700’000.
Près de 40 millions de personnes dans le monde vivent avec le vih/sida. En 2006, 4,3 millions de personnes ont contracté le virus. Près de 28 millions de personnes sont déjà mortes des suites de la maladie. Plus de 63% des personnes touchées vivent en Afrique, au sud du Sahara (24,7 millions) et au moins 80% des personnes vivant avec le vih/sida et ayant besoin d’un traitement n’ont pas accès aux soins médicaux.
Apic: Vous travaillez en étroite coordination avec l’Eglise catholique en Zambie, notamment pour ce qui touche les malades du sida et les séropositifs…
Sylvie Roman: La MBI est active dans le domaine du Home Based Care Programme, c’est-à-dire des soins à domicile et du soutien aux personnes atteintes du vih/sida. Nous travaillons avec l’Eglise dans ce domaine, parce qu’effectivement elle est très active dans le secteur de la santé, comme dans ceux de l’éducation et de l’agriculture. Nos infirmières sont surtout chargées de tâches de coordination avec les services existants.
Apic: Le sida provoque à l’évidence de graves ravages dans la société zambienne. Il y a des zones où l’on ne trouve plus que les grands-parents qui sont encore vivants et qui doivent se charger de leurs petits enfants!
Sylvie Roman: C’est effectivement la réalité. Dans le passé, les oncles et les tantes prenaient soin de leurs neveux et nièces devenus orphelins suite au sida de leurs parents. Maintenant, ces oncles ou ces tantes sont souvent décédés eux aussi, ou sont trop pauvres pour venir en aide à ces orphelins.
Si on demande à une personne dans la quarantaine d’écrire l’arbre généalogique de sa famille, c’est impressionnant: je connais bien des personnes, dans une famille autrefois de sept adultes, qui se retrouvent seules avec les enfants survivants. Le programme de soins à domicile et d’accompagnement travaille justement avec ces familles. Nous sommes également actifs dans la prévention.
En ce qui concerne les malades du sida, nous collaborons par exemple avec les religieuses qui tiennent l’hôpital Saint-Luc, un centre de santé et une paroisse qui se trouvent à 2h30 à l’est de Lusaka. C’est en pleine brousse, car l’agglomération la plus proche est à 2h de voiture, et les villages sont éparpillés loin aux alentours. Depuis quelques années, une partie des malades a accès aux antirétroviraux, grâce notamment au soutien du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Ces trois maladies causent la mort de plus de 6 millions de personnes chaque année, et ce chiffre est en augmentation.
Apic: Les gens atteints du sida n’ont pas les moyens de se payer eux-mêmes les antirétroviraux.
Sylvie Roman: Ils ne pourraient pas se les payer eux-mêmes, car ils n’ont déjà pas l’argent pour payer les transports jusqu’aux centres de santé. Soit il faut marcher très longtemps, soit les transports sont trop onéreux. Cela limite l’accès aux soins, certes, mais il y aussi un autre aspect: les gens ont encore trop peur d’aller se faire tester, et préfèrent ignorer la maladie. Ils contribuent ainsi, qu’ils le veuillent ou non, à propager le virus! La stigmatisation demeure l’obstacle majeur: les personnes séropositives, en particulier les femmes, la population la plus touchée, sont souvent réticentes à l’idée de se faire dépister, de peur d’être rejetées par leur mari ou leur partenaire. Alors elles gardent le silence et ne cherchent pas à savoir.
Le mot d’ordre officiel, c’est l’abstinence et la fidélité. C’est la position évidemment de l’Eglise, mais aussi du gouvernement, qui partage cette position. Les grands mouvement qui travaillent à la prévention parmi les jeunes, comme «Youth Alive» (»Jeunesse vivante»), une initiative venue d’Ouganda, prônent eux aussi l’abstinence et la fidélité. Ils proposent des séminaires de changement de comportements, des groupes se rencontrent régulièrement pour développer d’autres valeurs, et combattre la promiscuité sexuelle. Mais le problème, c’est que la réalité est bien différente des grandes déclarations de principe.
Apic: C’est-à-dire ?
Sylvie Roman: Quand je parle avec quelques jeunes, ils donnent l’impression d’être totalement convaincus par ces arguments. Mais j’ai vraiment le sentiment que les gens ont une double vie, celle de jour et celle de nuit. Il y a l’idéal, mais la nuit, on oublie tout ce qu’on prône et prêche avec conviction pendant la journée.
Quand je leur dis: «Je pense aussi que l’abstinence est la meilleure solution, mais dans la pratique, quand vous avez tout de même des rapports sexuels, autant prendre un préservatif, non?» Ils répondent: «Non, non, abstinence!».
Ces deux vies en parallèle, c’est un peu schizophrénique! Plus je travaille sur la pandémie, plus je sens ce déni et ce décalage. La contamination se développe, malgré les campagnes de prévention. Tout le monde semble être informé, voit la famille disparaître suite au sida, mais rien ne semble changer au niveau des comportements. Alors que la pandémie décime la classe jeune et productive.
Apic: Face au préservatif, quand on est confronté à la réalité, n’y a-t-il pas la théorie du moindre mal ? Comment l’Eglise zambienne réagit-elle dans ce domaine ?
Sylvie Roman: Pour l’instant, l’Eglise en Zambie reste très prudente. Mais les évêques ont fait un premier pas l’an dernier, pour parler du thème du sida. Ainsi l’automne dernier, ils ont eu le courage pour la première fois d’aborder le phénomène dans les propres rangs du clergé: ils ont reconnu que cela ne touche pas seulement les paroissiens que l’on doit enterrer quotidiennement, mais aussi les prêtres, les frères, les soeurs. Certes, dans l’Eglise, officiellement on ne meurt jamais du sida – comme du reste dans la société en général -, mais de la malaria, de la tuberculose, ou d’autres maladies opportunistes.
Mais ces maladies viennent du sida, et les prêtres ne sont pas épargnés. Cela évidemment n’est pas dit de manière ouverte et reste un sujet tabou. Il y a eu tout de même une démarche consistant à dire que si l’Eglise veut dire quelque chose à l’extérieur, elle doit aussi ouvrir les yeux sur ce qui arrive dans ses propres rangs. La rue bruisse de toutes sortes de rumeurs sur la vie privée de certains clercs. Quelques prêtres demandent d’avoir accès aux tests, avec la promesse d’en publier les résultats. J’ai l’impression que tant que l’Eglise ne rompra pas le silence, les gens à la base auront aussi beaucoup de peine à avouer leur séropositivité, et la pandémie continuera à se répandre. JB
Quelques données sur la Zambie:
Superficie: 752’614 km2
Population: 11,2 millions
Capitale: Lusaka
Président: Levy Patrick Mwanawasa
Espérance de vie: Moins de 40 ans
Langues: Plus de 70 langues locales et l’anglais
Monnaie: le kwacha zambien (ZMK)
Encadré
Les victimes d’abus ont peur de la stigmatisation
L’Association des praticiens de médecine traditionnelle de Zambie (THPAZ) a mis en garde contre les charlatans qui prescrivent aux personnes infectées par le vih/sida d’avoir des relations sexuelles avec des mineurs et des vierges pour se soigner de la maladie. Le phénomène, constaté en premier lieu en zone rurale et dans les milieux les plus défavorisés, semble prendre de l’ampleur dans un pays où le taux de prévalence compte parmi les plus élevés du continent, favorisant ainsi la propagation du sida. Cette pratique se rencontre surtout à l’intérieur des familles, et les auteurs de ces forfaits sont souvent un proche, voire le père, l’oncle. Les victimes peuvent être tant des tout jeunes enfants que des adolescentes. Certains auteurs de telles agressions sexuelles avouent avoir commis ces actes sur prescription d’un guérisseur traditionnel. Le viol des enfants à des fins prétendument thérapeutiques est pourtant puni par la loi, mais les victimes d’abus sexuels gardent le secret et n’osent pas porter plainte, de peur d’exposer leur famille à la stigmatisation. JB
Encadré
La Mission Bethléem Immensee est engagée en Afrique, en Amérique latine et en Asie
La MBI est active dans le domaine de la coopération au développement, prônant le développement durable et encourageant les échanges interculturels. La tâche principale de la MBI consiste à préparer et à envoyer des volontaires pour des missions de 3 à 5 ans dans les pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie où elle est implantée. Les volontaires travaillent pour des organisations locales – c’est-à-dire pour des partenaires originaires des pays d’accueil. C’est une organisation catholique et son siège se trouve à Immensee (canton de Schwytz, près de Lucerne). Un Centre régional se trouve également à Fribourg, et un autre au Tessin. Le nombre de volontaires s’élève à environ 65, dont quelques prêtres et frères. En Suisse, par ses actions de sensibilisation (travail de d’information et de formation), la MBI s’engage pour un développement solidaire. Contact: Mission Bethléem Immensee, Chemin Freeley 18, CH-1700 Fribourg Tél.: 026 309 26 50, Fax: 026 309 26 79, Courriel: fribourg@bethlehem-mission.ch www.bethlehem-mission.ch JB
Des photos de Sylvie Roman sont disponibles à l’agence Apic: apic@kipa-apic.ch, tél 026 426 48 11
Bordeaux: Le cardinal Castrillon Hoyos ordonne 5 nouveaux prêtres du Bon Pasteur
Un Institut traditionaliste
Bordeaux, 24 septembre 2007 (Apic) Le cardinal Dario Castrillon Hoyos, président de la Commission pontificale Ecclesia Dei, a ordonné 5 nouveaux prêtres de l’Institut traditionaliste du Bon Pasteur, en l’église Saint-Eloi à Bordeaux, le samedi 22 septembre 2007. La Commission Ecclesia Dei est chargée des relations entre catholiques traditionalistes et l’Eglise officielle.
Le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et président de la Conférence des évêques de France, a également assisté à cette messe célébrée selon la forme préconciliaire dite ’de Jean XXIII’, sans pour autant participer personnellement au rituel de l’ordination, a constaté l’agence I.MEDIA.
Au cours de son homélie, le cardinal Castrillon Hoyos a jugé que l’Institut du Bon Pasteur, créé à peine plus d’un an plus tôt pour accueillir d’anciens lefebvristes, était «un don» pour toute l’Eglise catholique et pour le diocèse de Bordeaux en particulier. Il a aussi estimé que l’institut traditionaliste devait son existence «à la bonté et au sens pastoral» de l’archevêque de Bordeaux, le cardinal Jean-Pierre Ricard.
Celui-ci, à l’époque, avait pourtant été peu impliqué par les autorités romaines au moment de l’érection de l’Institut. La reconnaissance officielle de l’Institut du Bon pasteur en septembre dernier avait provoqué une vive réaction parmi les prêtres du diocèse de Bordeaux. Le cardinal Ricard disait alors espérer une réconciliation tout en adoptant un «réalisme prudent», d’autant plus que Rome a accordé aux traditionalistes un usage exclusif du rite de la messe en vigueur en 1962. Cela concerne aussi bien le missel que le rituel ou le bréviaire, les prêtres traditionalistes pouvant refuser de célébrer dans le rite de Paul VI.
Le président de la Commission pontificale Ecclesia Dei a aussi affirmé qu’avec l’ordination de 5 nouveaux prêtres, «toute l’Eglise de Bordeaux a fixé son regard» sur la paroisse traditionnelle de Saint-Eloi attachée à la célébration exclusive de la messe selon le missel préconciliaire.
Une partie du clergé diocésain paraît cependant peu apprécier l’installation à Bordeaux du siège de cet institut depuis septembre 2006, d’autant que Benoît XVI vient d’effectuer un geste supplémentaire à l’égard des traditionalistes du monde entier avec la libéralisation de la célébration de l’ancienne messe.
Assistant à la messe en habit de choeur – soutane rouge et surplis -, le cardinal Jean-Pierre Ricard n’a pas souhaité «imposer les mains» aux 5 nouveaux prêtres. Une quarantaine de prêtres et quelques centaines de fidèles ont participé à la messe célébrée dans la petite église Saint-Eloi de Bordeaux, comble, située tout près de la cathédrale de la ville. La célébration, en latin, a duré plus de 3 heures.
Au terme de la messe, le supérieur de l’Institut du Bon Pasteur, l’abbé Philippe Laguérie, un ancien d’Ecône, a publiquement remercié «les deux collaborateurs du pape» qui avaient participé à cette messe. En marge de la célébration, il a expliqué à I.MEDIA que son Institut entendait «jouer un rôle de réconciliation entre des blocs cristallisés» à l’intérieur de l’Eglise, pour faire disparaître le «clivage violent» entre traditionalistes et progressistes. Il a qualifié de signe extrêmement fort la présence à cette messe du cardinal Ricard. Il a fait enfin appel aux autres évêques français «afin de retrouver la paix dans l’Eglise du pays».
Attaque intégriste contre «la gérontocratie de l’Eglise de France»
Un peu plus tard, en l’absence des deux cardinaux, un des responsables de l’Institut du Bon Pasteur, l’abbé Guillaume de Tanoüarn, s’en est pris publiquement à «la gérontocratie de l’Eglise de France». Devant les participants au repas qui a suivi l’ordination, il a ainsi invité les évêques français, «bousculés par la tradition, à ouvrir leurs diocèses» à l’Institut du Bon Pasteur. Après la publication par Benoît XVI du «Motu Proprio» libéralisant l’usage des livres liturgiques préconciliaires, les évêques français ont d’ores et déjà annoncé qu’ils préfèreraient faire appel à des prêtres diocésains pour célébrer la messe traditionnelle lorsque cela sera nécessaire plutôt qu’à des instituts spécialisés.
Erigé par Rome le 8 septembre 2006, l’Institut du Bon Pasteur a déjà procédé à l’ordination de 7 prêtres. Il annonce que le séminaire qu’il vient de créer dans le diocèse de Chartres (France) accueille 35 séminaristes pour l’année qui s’ouvre. (apic/imedia/ami/be)




