ONG et gouvernement applaudissent

Dictature argentine: Le prêtre Von Wernich condamné à la perpétuité pour crimes

Pierre Rottet, avec les agences

Buenos Aires, 10 octobre 2007 (Apic) Le Père argentin Christian Von Wernich a été condamné mardi à la prison à perpétuité pour violations des droits de l’homme pendant la dictature militaire entre 1976 et 1983. Le tribunal de La Plata, près de Buenos Aires, a ainsi suivi le parquet et l’accusation qui avaient réclamé lundi la réclusion à vie pour l’ex-aumônier des centres de détention clandestins.

C’est la première fois qu’un prêtre devait répondre de crimes commis pendant les années du régime militaire devant une cour argentine.

Christian Von Wernich, âgé de 69 ans, a été reconnu coupable de sept homicides, 31 cas de torture et 42 enlèvements commis dans cinq centres de détention clandestins dans la vaste province de Buenos Aires.

Le tribunal a reconnu coupable cet ancien aumônier de la police argentine, après un procès qui a débuté le 5 juillet. Un procès qui a fait la «une» des journaux dans le pays et à l’étranger. Le verdict du tribunal a été accueilli par des cris de joie dans l’enceinte du tribunal des survivants des camps de détention de la dictature et des proches des victimes. Les ONG ont applaudi. Le gouvernement a fait part de sa satisfaction. L’Eglise demeure prudente dans sa réaction.

Durant trois mois, une centaine de témoins ont défilé à la barre, relatant comment Von Wernich les visitaient durant leur détention, afin de faire pression sur eux pour «révéler ce qu’ils savaient» à leurs tortionnaires. Comment aussi l’aumônier catholique leur répondait alors qu’il recherchait son aide: «Ta vie dépend de Dieu et de ta collaboration». «Von Wernich n’avait aucun scrupule. Il était l’un des rouages macabres de la répression. Il incarnait la torture avec sa soutane tâchée de sang», devait relever l’avocat Alejo Ramos Padilla lors de son plaidoirie.

L’ancien aumônier, qui avait trouvé refuge au Chili, avait été le collaborateur et le confesseur du chef de la police de cette province, Ramon Camps. Ce dernier est l’un des principaux tortionnaires de la dictature militaire.

L’Eglise argentine a réagi à la sentence. Selon un communiqué de l’épiscopat, signé par le cardinal Jorge Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, émis peu après le verdict, les évêques argentins se disent émus «face à la souffrance que nous procure la participation d’un prêtre à des délits très graves selon la sentence du tribunal de La Plata».

La page noire de l’Eglise

«L’Église n’a pas tué, mais elle n’a pas sauvé» les victimes de la dictature, avait déclaré le Père Rubén Capitanio devant le tribunal chargé de juger le prêtre Christian Von Wernich. «C’est parce qu’elle ne les a pas sauvées qu’elle est responsable de ces vies», devait ajouter ce témoin devant la barre. Selon lui, le comportement de l’Église en tant qu’institution «fut scandaleusement proche de la dictature. Je dirais même avec un degré de complicité coupable».

Les deux prêtres furent compagnons de séminaire sous la dictature. Ils se trouvèrent dans des camps opposés. Le père Rubén Capitanio et le père Wernich se sont rencontrés pour la première fois en 31 ans dans la salle du tribunal, l’un du côté des accusés, et l’autre comme «témoin» pour attester qu’il était possible d’agir autrement.

Liste noire de religieux

Les organismes de défense des droits de l’homme qui participaient au procès demandaient à ce que Wernich soit condamné pour génocide à la détention à perpétuité. Christian Von Wernich a déjà été témoin par le passé (le 8 mai 1985), dans le procès intenté contre des membres de la junte militaire. Peu après, les lois du «Point final» et de «l’Obéissance due» ont été promulguées, garantissant l’immunité aux responsables de violations des droits de l’homme sous la dictature et empêchant d’ultérieurs procès. Jusqu’à la récente déclaration d’»inconstitutionnalité» de ces deux lois.

Vers la mi-juillet 1976, un groupe de religieux pallotins fut assassiné à Buenos Aires, et deux autres prêtres (Gabriel Longueville et Carlos Murias) furent tués dans le diocèse de La Rioja. Rubén Capitanio fut alors convaincu qu’il existait une «liste» de religieux dans le collimateur des militaires. Lui-même était l’un des prêtres de l’archidiocèse de La Plata (capitale de la province de Buenos Aires) qui figuraient sur cette liste.

Le silence de la majorité des évêques

Rubén fut sauvé lors de son transfert dans la province de Neuquén (à environ 1’200 kilomètres au sud-ouest de Buenos Aires), avec un autre salésien et évêque de ce diocèse, Jaime de Nevares. Il arriva à Neuquén le 7 août 1976, deux jours après l’assassinat de l’évêque de La Rioja, Enrique Angelelli, tué par les militaires.

Rubén Capitanio et Christian Von Wernich représentent deux camps opposés du peuples argentin (et latino-américain) face à la dictature et à ses agissements. D’un côté, Christian Von Wernich illustre ceux qui étaient persuadés que «les militaires les sauveraient du communisme» et qui en ont justifié, au nom de ce salut, toutes les actions, y compris les enlèvements, les disparitions, les tortures et les meurtres. «Si les évêques avaient parlé lors durant la dictature, nous aurions sauvé de nombreuses vies humaines!», devait déclarer plus tard Mgr Jorge Novak, évêque du diocèse de Quilmes, à Buenos Aires. (apic/misna/ag/pr)

10 octobre 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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