La Lettre inédite est sous verre, à l’abri de la lumière

Genève: Le manuscrit de Calvin sur le suicide visible au Musée de la Réforme

Genève, 14 janvier 2008 (Apic) Le manuscrit de Calvin sur le suicide, offert au Musée international de la Réforme à Genève acquis par un mécène en juillet 2007, est exposé dans le jeune Musée international de la Réforme, sous verre et à l’abri de la lumière.

Le mécène anonyme avait acquis lors d’une vente aux enchères à Londres le précieux manuscrit de Calvin. Il l’a ensuite remis au musée. Il s’agit d’une lettre du 23 juin 1545 envoyée aux autorités de la ville de Genève, dans laquelle le réformateur prend parti pour un certain Jean Vachat, qui s’était suicidé, et lui offre la possibilité du pardon divin. Ce manuscrit a été acquis pour 70’000 livres (172’000 francs suisses) lors d’une vente aux enchères chez Christies.

Le Musée international de la Réforme, à Genève, expose à l’abri de la lumière et sous verre le précieux manuscrit autographe de Jean Calvin, qui avait disparu pendant plus de 150 ans. Il s’agit de « la seule lettre connue de Calvin sur le suicide », explique Isabelle Graesslé, directrice du musée, à Swissinfo. Le théologien y raconte qu’il a été appelé la veille auprès d’un certain Jean Vachat qui s’était planté deux coups de couteau dans le ventre.

A l’époque, le suicide est un crime: contre l’individu, contre la société et contre Dieu. L’acte relevait donc de la justice pénale et la procédure avait commencé avec le dépôt de la plainte ou la constatation du délit, comme l’indique le dossier établi par les Archives d’Etat de Genève sur la « Lettre de Calvin ».

Malgré les soins prodigués par le barbier (chirurgien), Jean Vachat meurt le jour même, à midi, non sans avoir été exhorté à se repentir, par Calvin. Ce qu’il fait , priant avec le pasteur, reconnaissant et confessant sa faute, révèle le document.

Enterré tout de même sans sépulture chrétienne, sur ordre du lieutenant de police

Le lendemain, Calvin et les autres intervenants dans cette affaire – un second pasteur et deux chirurgiens – établissent, conformément à la coutume de l’époque, leurs rapports d’enquête pour le lieutenant de police. Il ressort de l’autopsie du corps que Jean Vachat aurait pu survivre à ses blessures s’il n’avait pas déjà été affaibli par l’asthme dont il souffrait et qui était à l’origine de son geste désespéré. En dépit de tous ces éléments, le lieutenant juge « le cas fort scandaleux ». Il reste insensible à la demande du réformateur et ordonne que le corps du suicidé soit enterré sous le gibet, sans sépulture chrétienne.

Pour Isabelle Graesslé, directrice du Musée, « si Calvin a traité ailleurs de la question du suicide d’un point de vue théologique, ce rapport révèle le visage humain de Calvin. Il montre que les plus sévères ne sont pas ceux que l’on croit. » Une facette de la personnalité du célèbre réformateur qui serait restée dans l’ombre à jamais. Car la lettre de Calvin a été volée aux Archives d’Etat de Genève, vraisemblablement dans la première moitié du 19e siècle, en même temps que l’ensemble du dossier Vachat.

L’histoire du document, volé et mis aux enchères à Paris et Londres

L’auteur du larcin, un certain James Galiffe, adjoint à la Commission des archives, s’était constitué une collection de pièces non cataloguées. Ses héritiers ont rendu le reste de la procédure criminelle aux archives en 1915. Ne manquait que ce rapport, donné ou vendu à un particulier avant cette date.

Le document ne réapparaît qu’en 2003, lorsqu’il est vendu aux enchères chez Sotheby’s à Paris. Une réapparition qui provoque les protestations des Archives de l’Etat de Genève, sans pour autant réussir à faire valoir leurs droits sur ce document exceptionnel. Le droit suisse ne permet en effet pas «la revendication de tels biens soustraits à l’Etat depuis si longtemps» et le canton ne peut «renchérir aux frais des contribuables pour sauver son patrimoine», explique l’historienne Catherine Santschi sur le site des archives.

La lettre est achetée par un collectionneur qui meurt en 2005. Ses descendants décident alors de la revendre. Elle est mise en vente en juillet 2007, chez Christie’s à Londres, où elle atteint 70’000 livres, soit près de 170’000 francs. L’acheteur n’est autre qu’un groupe de mécènes du Musée de la Réforme. (apic/ag/vb)

14 janvier 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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