Broc: Succès du 1er cours pilote pour la résolution non-violente des conflits
18 «civilistes» pour une semaine au «Village de la Paix» de Broc
Jacques Berset, agence Apic
Broc, 14 février 2008 (Apic) Le 1er cours pilote pour la résolution non-violente des conflits a réuni 18 «civilistes» alémaniques dans le «Village de la Paix» de Broc, en Gruyère. Durant toute cette semaine, ces jeunes de 18 à 28 ans – qui ont choisi le service civil en lieu et place du service militaire – ont suivi des cours traitant de la résolution non-violente des conflits.
Venus de tous les cantons de Suisse alémaniques, ces jeunes «étudiants» se préparent ainsi à mettre leurs compétences au service des projets sociaux auxquels ils seront affectés durant leur service civil: auprès des demandeurs d’asile, des sans papiers, des sans abris, des drogués, dans les EMS. Cette «Ecole de la paix», initiée par l’Association Suisse des Civilistes (ASC), est animée durant toute la semaine essentiellement par des intervenants extérieurs.
Ces derniers – Croix Rouge Suisse, Forum pour l’Education à la Paix, Centre de compétences pour les conflits interculturels (TikK), National Coalition Building Institute (NCBI) – leur fournissent des compétences sociales les rendant aptes à mieux se comporter en cas de conflits. «Nous avons trouvé au ’Village de la Paix’ de Broc des conditions idéales pour mener ce projet pilote, car il poursuit des buts très proches des nôtres, même si c’est un peu loin pour les Suisses alémaniques», a constaté l’une des chevilles ouvrières de cette semaine, Nicolas Zogg, chef de projet et membre du comité de direction de l’ASC, jeudi 14 février lors d’une conférence de presse.
Les civilistes sont des hommes aptes au service militaire, mais qui ont choisi, pour des raisons de conscience, de fournir un service civil 1,5 fois plus long que le service armé. «Ils ont la conviction que la violence n’est pas une solution; ils veulent s’engager pour la société et la prévention de la violence», a estimé le jeune Zurichois.
Les jeunes se déclarent enthousiastes, même s’il a fallu un peu réduire la durée des cours, tellement ils s’impliquaient dans les jeux de rôle et les exercices concrets. «C’est intense», a relevé Sibylle Ackermann, membre du comité directeur du «Village de la Paix», qui héberge cette première semaine de cours pour civilistes.
La Confédération derrière ce projet
Représentant la Confédération – le service civil dépend du Département fédéral de l’économie (DFE), et pas du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) – Samuel Werenfels a précisé pourquoi la Confédération s’engageait derrière un tel projet. A ses yeux, il est important que les civilistes acquièrent ce genre de compétences, car la situation mondiale va sans aucun doute s’aggraver. Face au manque de ressources et une population toujours plus nombreuse, l’agressivité ne va que croître.
Les civilistes – ils sont plus de 16’000 hommes (et 7 femmes!) depuis l’introduction du service civil en 1996 – ne peuvent pas accomplir un service militaire pour des motifs de conscience. Ils sont chaque année entre 3 et 5% des personnes astreintes au service militaire à choisir cette voie.
Aujourd’hui, les réticences face au service civil se sont grandement calmées. «Le mépris à l’égard des civilistes a fortement diminué au cours des années, reconnaît S. Werenfels. «En Suisse, la loi fédérale sur le service civil date de 1996. En Allemagne, il a fallu 30 ans, pour que le service civil soit enfin pleinement accepté par la majorité». En principe, le Parlement devrait enfin reconnaître prochainement «la preuve par l’acte», ce qui facilitera l’accès au service civil et éliminera les obstacles actuels.
La procédure de consultation concernant la révision de la loi fédérale sur le service civil (LSC) et de la loi fédérale sur la taxe d’exemption de l’obligation de servir (LTEO) a fait l’objet d’une évaluation. Une majorité s’est en effet exprimée en faveur de la «preuve par l’acte avec facteur 1.5». Le Conseil fédéral a chargé le DFE d’élaborer un projet de loi et un message y relatif. «Si tout va bien, la nouvelle loi pourra entrer en vigueur l’an prochain», a laissé entendre Samuel Werenfels. JB
Encadré
Le service civil introduit depuis 1996
Jusqu’en 1996, le service militaire était obligatoire en Suisse pour tous les citoyens de sexe masculin. Ceux qui ne voulaient pas faire d’armée pour des raisons de conscience étaient condamnés à des peines de prison. Aujourd’hui, le service militaire est toujours la règle, mais celle-ci s’est assouplie. La loi permet enfin aux objecteurs de conscience de se rendre utiles à leur pays en effectuant un «service civil de remplacement».
Le libre choix n’existe pas encore. Le requérant doit faire une demande écrite, dans laquelle il devra expliquer clairement pour quelles raisons le service militaire n’est pas conciliable avec ses convictions profondes. Ensuite, il est convoqué à un entretien personnel.
Si la demande est acceptée, le requérant pourra accomplir son service civil dans les domaines de la santé, de l’aide sociale, de l’agriculture de montagne, de la coopération au développement ou de la protection de l’environnement. La durée de ce service correspond au nombre de jours de service militaire restant à accomplir multipliés par 1,5. JB
Encadré
Plus d’un quart de siècle au service de la paix
Au pied de la Dent de Broc, à deux pas du Moléson et du Château de Gruyères qui marquent l’horizon, se dresse depuis plus d’une décennie le «Village de la Paix», qui a fêté en 2006 les 25 ans de sa fondation. Cette initiative venue d’une Suisse centrale imprégnée de l’esprit pacifiste de saint Nicolas de Flue a désormais poussé ses racines au coeur de la Gruyère.
Créé en 1981 au Flüeli, ce lieu mythique sur le plateau au pied des montagnes obwaldiennes où souffle encore l’esprit de l’ermite du Ranft, le «Friedensdorf» fut à l’origine une initiative de deux associations chrétiennes pour enfants et jeunes gens (Blauring et Jungwacht) implantées en Suisse alémanique.
Après une quinzaine d’années au Flüeli-Ranft, les Soeurs de Sainte Dorothée, qui avaient mis les locaux de leur internat à disposition du «Friedensdorf», mirent un terme à la collaboration avec ces militants pour la non-violence.
Il fallut donc trouver de nouveaux locaux pour le «Village de la Paix», et l’occasion se présenta après des recherches intensives. Ce fut Broc, où la propriété des Pères de la Salette était à vendre et à rénover. Le nouveau «Village de la Paix» fut inauguré à la Pentecôte 1997. Il a fallu certes plusieurs années pour que la petite communauté, essentiellement composée d’Alémaniques, soit acceptée dans ce coin de la Gruyère, mais il semble aujourd’hui que la greffe ait bien pris. (apic/be)




