Un lieu pour entrer dans l’amitié du Christ

Fribourg : Un tiers de la communauté monastique d’Hauterive a moins de 40 ans

Bernard Bovigny, Apic

Hauterive, 29 février 2008 (Apic) Les congrégations religieuses contemplatives ne connaissent visiblement pas la même crise de vocations que les congrégations actives ou le clergé séculier. A Hauterive, un tiers des 21 membres de la communauté sont âgés de moins de 40 ans. Le Père Abbé, Dom Mauro, ne se fait pourtant pas trop d’illusions et porte un regard sceptique sur l’attrait général actuel exercé par la vie monastique. « Nous ne sommes pas une réserve d’indiens », lance-t-il.

Depuis qu’il a été élu Père Abbé, en 1994, Dom Mauro-Giuseppe Lepori a enregistré une dizaine d’entrées, dont huit qui sont toujours présents. « Cela m’a aidé, dit-il, car un ministère de paternité se comprend et se vit mieux avec des confrères plus jeunes ». Lui-même n’avait d’ailleurs que 35 ans lorsqu’il a été élu Père Abbé. Sous son impulsion, l’abbaye d’Hauterive s’impose doucement et silencieusement dans la région comme un haut lieu de rayonnement spirituel, et même au delà des frontières cantonales et nationales. Il ne se passe pas une semaine sans que des personnes ou des groupes n’y entrent pour vivre un temps de recherche spirituelle.

« Ce sont des gens à la recherche de silence, de prière, ou plutôt d’un sens à leur vie souvent agitée et désordonnée. Et aussi d’accompagnement spirituel, de dialogue, d’une parole. Nous accueillons aussi souvent des groupes de personnes qui visitent le monastère », précise Dom Mauro. « Nous avons de la peine à accéder à certaines demandes, par exemple de gens qui veulent vivre une retraite marquée par la spiritualité orientale, car cela ne correspond pas à la vocation chrétienne, bénédictine, de notre monastère, de l’expérience de Dieu que nous faisons ensemble dans le Christ ». Mais ce type de demande, un peu « nouvel-âge », était beaucoup plus important dans les années 90. « On voyait aux Offices, à l’église, des gens poussés par une certaine curiosité spirituelle et attirés par une ambiance méditative qui n’étaient pas vraiment reconnue comme chrétienne. On parlait ’énergies’ ou ’renouveau’. Aux offices, les visiteurs appréciaient l’ambiance mais ne comprenaient pas ce qui se passait », se souvient le Père Abbé. « Bien sûr, il faut accueillir les gens où ils sont, car tout peut exprimer la recherche de Dieu. Ce qui nous fait problème, c’est que souvent ce type de recherche reste très fermé à une réelle rencontre personnelle avec Dieu. Et le Christ, c’est le Dieu qu’on rencontre, non pour s’en servir, mais pour vivre une amitié qui donne sens à la vie. »

Aujourd’hui, les demandes deviennent plus précises. « Elles sont davantage centrées sur la Parole de Dieu et les sacrements. Nous n’avons plus tellement affaire à une ’nébuleuse spirituelle’ mais à une demande de relation à Dieu et de parole de vérité capable d’éclairer la vie. Les demandes d’accompagnement spirituel deviennent plus sérieuses ».

La vie monastique montrée en public

Actuellement, la vie monastique se photographie, se montre à l’écran, avec succès d’ailleurs. Un succès qui n’étonne pas Dom Mauro, mais qui ne l’emballe pas non plus. « C’est bien, mais chaque mode est .commode, elle ne ’dérange’ pas. Elle touche les sentiments, mais n’a pas d’influence sur la vie. Les prises de position du Pape, par exemple, dérangent. Pour cela elles ne deviennent pas une mode, mais elles interpellent la liberté des personnes, demandent une réflexion et un choix pour ou contre, un choix qui a des conséquences pour la vie. Tandis que pour beaucoup de productions sur la vie monastique, on peut en faire ce que l’on veut . ».

Le Père Abbé d’Hauterive ne veut pas qu’avec ce phénomène d’intérêt – ou de curiosité – pour la vie monastique, sa communauté n’apparaisse que comme une « réserve d’indiens ». « Cette approche n’est pas juste, car l’événement de la foi chrétienne vécue en communauté, dont on fait l’expérience, à travers toutes nos faiblesses et misères, est quelque chose qui de fait contredit la culture dominante, la conception de la vie, le sens qu’on donne normalement à la vie et l’usage que l’on en fait. Souvent, le médias ne viennent pas suffisamment près pour se laisser interpeller par une vie qui cherche à s’ouvrir chaque jour à l’amour selon l’Evangile ».

Est-ce cette même méfiance qui a incité le monastère de Silos, en Espagne, dont le chant grégorien a pointé au sommet du hit-parade au début des années 90 en Europe, à dire : Stop, ça suffit ? « C’est possible. Nous n’aimons pas être ’utilisés’. Dans ce cas, la plupart des gens ne voyaient que l’aspect extérieur, superficiel du chant liturgique. Or, le chant grégorien est d’abord la beauté de la Parole de Dieu. Et Dieu ne parle pas à l’homme pour être réduit à une musique tranquillisante. L’homme a davantage besoin d’éveil à la vie en plénitude que d’anesthésie ». BB

Encadré :

« En réalité, nous n’avons qu’un seul jeune »

« Ne me parlez pas d’une communauté jeune ! En réalité, nous n’avons qu’un seul jeune ». Père Marc, responsables des novices – ou plutôt « du novice » – met les points sur les i. Sur les 21 membres, un seul est âgé de moins de 30 ans. « On appelle ’jeunes’ ceux qui ont entre 30 et 40 ans. Et c’est fort préoccupant pour l’Eglise catholique occidentale », lance-t-il. A cette vague qui a vu plusieurs entrées il y a dix ans, suit maintenant une période où l’attrait pour la vie monastique apparaît moins évident. Depuis qu’il est maître des novices – et cela fait un an et demi – Père Marc n’a rencontré qu’un seul jeune qui a montré un intérêt effectif à rejoindre la communauté. Car s’il constate un regain d’intérêt en général pour la spiritualité dans notre société, cela ne va pas forcément se traduire par un désir d’engagement communautaire. « Je vois peu de jeunes, mais je suis sûr que beaucoup ont soif de vie spirituelle, de l’amitié du Christ. Si dans tous les cas c’est Lui seul qui appelle, ce ne peut être pourtant qu’à travers une communauté réunie en son Nom que cette amitié peut attirer ». (apic/bb)

29 février 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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