Un homme de conciliation
Zurich: Mgr Peter Henrici, évêque auxiliaire émérite de Coire, fête ses 80 ans
Coire, 26 mars 2008 (Apic) Mgr Peter Henrici, évêque auxiliaire émérite de Coire, fête ses 80 ans le 31 mars prochain. C’est en 1993, alors professeur de philosophie à l’Université pontificale grégorienne à Rome, qu’il est nommé évêque auxiliaire par le pape Jean Paul II. Il a pour tâche notamment de contribuer à assainir la situation conflictuelle qui régnait à l’évêché de Coire.
Comme évêque auxiliaire, Mgr Henrici a énormément contribué à unir à nouveau les catholiques divisés du diocèse. Evêque auxiliaire à la retraite depuis 2007, il a peu fait parler de lui depuis lors, même s’il est encore très actif au sein de la Conférence des évêques suisses.
Bourgeois de la ville de Zurich, où il est né le 31 mars 1928, membre de la Compagnie de Jésus, Mgr Peter Henrici est issu d’une famille active dans le milieu catholique zurichois. Par sa mère, il est apparenté au célèbre théologien Hans-Urs von Balthasar. En 1946, Peter Henrici obtient son baccalauréat avant de passer deux semestres à l’Université de Zurich où il étudie la philologie classique. En 1947, il entre chez les jésuites et étudie la philosophie de 1949 à 1952 à Pullach-Munich, puis de 1955 à 1959 la théologie à la Faculté des Jésuites St-Albert à Eegehoven/Louvain. Il obtient en 1955 le doctorat en philosophie à l’Université grégorienne de Rome. Il est ordonné prêtre en 1958 à Zoug.
Professeur de philosophie contemporaine, auteur et traducteur
A partir de 1960, le Père Henrici est professeur de philosophie contemporaine à l’Université pontificale grégorienne à Rome. Entre 1972 et 1978, il est doyen de la Faculté de philosophie, fonction qu’il occupait à nouveau lors de sa nomination comme évêque auxiliaire en 1993.
En 1978, il fonde et dirige le Centre interdisciplinaire de communication sociale de la Grégorienne à Rome. De 1973 à 1988, il est membre du comité de direction de la Fédération internationales des sociétés de philosophie. Il participe dès 1982 à l’édition et à la rédaction de la revue internationale catholique «Communio». Il est aussi invité à donner des cours à Munich, Innsbruck, San Francisco, Sao Paulo et Kinshasa. Professeur pendant plus de trois décennies, le Père Henrici est resté néanmoins proche des réalités pastorales en travaillant dans une communauté de base à Rome
Ancien consulteur de la Congrégation vaticane pour la doctrine de la foi et ancien professeur de philosophie, Mgr Henrici a également publié des ouvrages sur «Hegel et Blondel» en 1958, «Aufbrüche christlichen Denkens» en 1978, «Meditationkurs» en trois volumes en 1991-1992, ainsi que diverses traductions de Jean Daniélou, Maurice Blondel et Peter Faber. Mgr Henrici est nommé évêque auxiliaire de Coire en mars 1993.
Vicaire épiscopal et défenseur des médias
Il est jusqu’en été 2003 vicaire général du diocèse de Coire, avec siège à Zurich, avant d’être nommé vicaire épiscopal avec la responsabilité de la formation théologique et philosophique, ainsi que de la formation initiale et continue des agents pastoraux du diocèse de Coire.
Mgr Henrici est président de la Catholica Unio Suisse, une oeuvre d’entraide internationale en faveur des Eglises Orientales, mais également évêque responsable du domaine des médias au sein de la CES, et président de la Commission épiscopale européenne pour les médias (CEEM). La CEEM est la Commission des médias du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE) et a pour tâche les développements des médias en Europe.
Pour le prélat, la tâche des médias est aujourd’hui essentielle pour l’Eglise. Constatant, dans une interview à l’Apic en 2007, que «nous parlons souvent un langage d’Eglise que la plupart des gens ne comprennent pas», il estime capital que «des chrétiens travaillent au sein des rédactions et puissent effectuer leur activité de rédacteur d’un point de vue chrétien.» Au sein de la Conférence des évêques suisses, Mgr Henrici est responsable des dicastères «Eglise et Société» (Justice et Paix, Culture, Monde du travail, Economie et politique, Environnement) et «Médias». Il réside actuellement à la maison des jésuites Lassalle-Haus Bad Schönbrunn, à Edlibach, dans le canton de Zoug.
Gérer les retombées de l’affaire Haas, une tâche difficile
Lorsque le pape l’a nommé évêque auxiliaire à Coire, le professeur de philosophie aurait préféré poursuivre son activité d’enseignant et de chercheur, mais en jésuite obéissant, il a répondu positivement à l’appel de Jean Paul II. Il a commencé en 1993 son travail en tant que évêque auxiliaire du diocèse de Coire et comme vicaire général, avec siège à Zurich, dans une situation particulièrement délicate.
A la suite de la nomination et de la gestion du diocèse contestées de Mgr Wolfgang Haas, installé évêque de Coire trois ans auparavant, c’était déjà un premier succès que les catholiques zurichois aient accordé à Mgr Henrici un salaire et mis à sa disposition des locaux. Ils avaient en effet refusé cela à son prédécesseur, Mgr Christoph Casetti, nommé vicaire général par Mgr Haas.
Bien accueilli à Zurich où il avait vécu son enfance et sa jeunesse, Mgr Henrici a bénéficié de ses origines locales pour pouvoir mener au mieux son mandat. Non seulement l’Eglise catholique de Zurich lui a réservé un bon accueil, mais l’Eglise réformée a aussi vu en lui un homme de dialogue. A son arrivée, comme il l’a dit à l’Apic en 2003, il avait débuté son premier jour de travail avec un bouquet de fleurs offert par le président du Conseil de l’Eglise réformée. A son départ, en 2003, le Synode réformé a également organisé des adieux, ce qui révèle bien l’ouverture d’esprit du prélat et son intégration dans le milieu de l’oecuménisme.
Le droit à l’asile, une valeur chrétienne
Martin Kopp, vicaire général du diocèse de Coire pour la Suisse centrale, a travaillé avec le prélat et a pu relever comment le climat de défiance qui régnait alors à Zurich s’est petit à petit transformé en confiance rétablie grâce au savoir-faire du zurichois de souche qu’est Mgr Henrici. Il a déclaré dans une interview à l’Apic que ce dernier a su s’entourer de personnes pouvant l’aider à réaliser un plan de pastorale pour l’Eglise dans le canton de Zurich et à trouver les bons chemins pour rétablir la sérénité au sein du diocèse.
Comme l’avait indiqué le cardinal Karl Lehmann lors de l’office religieux célébré à l’occasion des 70 ans de Mgr Henrici à Zurich, le succès du travail de l’évêque auxiliaire prouve que, dans l’épiscopat, il ne s’agit pas de quête de pouvoir. La personnalité de Mgr Henrici a joué un rôle crucial pour que Mgr Paul Vollmar puisse reprendre en toute tranquillité, le 1er juillet 2003, le poste de vicaire général à Zurich. Le cardinal allemand avait mis au coeur de son sermon la devise épiscopale de Mgr Henrici: «virtus in infirmitate», ce qu’il traduisait par «force de Dieu dans la faiblesse humaine». La force du pouvoir spirituel de l’évêque auxiliaire lui a permis de mener à bien sa difficile tâche dans un contexte particulièrement embrouillé et animé, avait-il précisé.
L’évêque avait fait les gros titres de la presse alémanique il y a trois ans, lorsqu’il s’était exprimé sans ambiguïté sur les positions de l’UDC relatives à l’asile et aux requérants, caractérisant de xénophobes les choix de ce parti, ce qui était pour lui entièrement contraire à l’esprit chrétien. Il avait en outre affirmé que de bons chrétiens ne pouvaient raisonnablement pas choisir l’UDC. Face aux virulentes critiques qui avaient suivi son intervention, il avait réaffirmé qu’il n’y avait aucune raison de modifier ses propos. (apic/js)




