Ce n’est pas encore le point final de cette douloureuse histoire
Allemagne: L’Eglise allemande présente une recherche sur l’emploi de travailleurs forcés
Mayence, 9 avril 2008 (Apic) L’Eglise catholique allemande a reconnu avoir utilisé des travailleurs forcés durant l’époque de la Deuxième Guerre mondiale. D’après une recherche de quelque 700 pages présentée mardi 8 avril à Mayence, sur le territoire des 27 diocèses actuels de l’Allemagne, 4’829 cas de travailleurs forcés civils et un millier de prisonniers de guerre ont été recensés.
Certes, sur un chiffre global de 13 millions de travailleurs – hommes, femmes et enfants – enrôlés de force par le régime nazi, ce chiffre est très faible, estime le directeur de la recherche menée par la Commission pour l’histoire contemporaine, Karl-Joseph Hummel.
Les résultats de cette recherche (*) qui a duré huit ans ne servent pas à clore cet épisode douloureux. D’après le cardinal Karl Lehmann, évêque de Mayence, ce n’est pas encore le point final et le travail de réconciliation doit se poursuivre au niveau européen. L’Eglise allemande a fermé les yeux trop longtemps sur ce chapitre de son histoire, a-t-il déploré.
Malgré le faible pourcentage de travailleurs forcés utilisés par l’Eglise, la question demeure de savoir pourquoi ce «chapitre oublié de l’histoire contemporaine de l’Eglise» – pour reprendre les termes du cardinal Lehmann – n’ont été étudiés que plus de 50 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les experts participant à la recherche y voient avant tout trois raisons: les conditions cadres au plan juridique, une base de données difficilement accessible et un manque de prise de conscience du problème qui en découle.
Pour le cardinal Lehmann, l’Eglise ne devrait pas se réjouir des résultats de cette étude. L’ancien président de la Conférence épiscopale allemande a estimé que cette documentation scientifique sur le travail forcé et l’Eglise catholique allemande entre 1939 et 1945 est une étape importante sur le chemin d’un travail de réconciliation dirigé vers le futur.
Employés dans 776 institutions catholiques
La Commission pour l’histoire contemporaine, basée à Bonn, a pu établir que l’Eglise catholique allemande avait employé 4’829 travailleurs forcés civils et 1’075 prisonniers de guerre dans 776 institutions catholiques, dont des hôpitaux, des homes et des jardins de couvents. C’est l’Eglise catholique allemande, sous la présidence de Mgr Karl Lehmann, qui a chargé cette commission d’historiens d’effectuer ces recherches. Ces résultats ont été à la base de la mise en place d’un propre fonds d’indemnisation et de réconciliation de l’Eglise catholique allemande. Contrairement à l’Eglise évangélique allemande, l’Eglise catholique n’a pas mis de l’argent dans le fonds d’indemnisation étatique de la Fondation «Mémoire, responsabilité et avenir» (Stiftung Erinnerung, Verantwortung und Zukunft, EVZ), mise en place en l’an 2000.
La fondation EVZ, dotée d’environ 5,16 milliards d’euros, s’est occupée de l’indemnisation du travail forcé. Jusqu’à décembre 2006, elle a versé des indemnisations d’un montant total de 4, 337 milliards d’euros à plus d’1,6 million d’anciens travailleurs forcés sous forme de versement unique pouvant atteindre un montant individuel maximal d’environ 7’670 euros.
Depuis la fin de la phase d’indemnisation le 31 décembre 2006, la fondation EVZ a pour mission de soutenir des projets visant l’entente entre les peuples, les intérêts des survivants du régime nazi, les échanges de jeunes, la justice sociale, le souvenir des menaces que représentent les systèmes totalitaires et la tyrannie ainsi que la coopération humanitaire internationale. Depuis sa création, la fondation a déjà alloué plusieurs dizaines de millions d’euros à bien plus d’un millier de projets dans le monde entier.
Outre les indemnisations qui ont pu être versées par l’Eglise (587 indemnités à hauteur de 2’556 euros ont pu être accordées), l’argent qui est resté dans le fonds, soit quelque 1,75 millions de francs suisses, doit, selon Mgr Lehmann, servir à la Fondation Maximilien Kolbe pour le travail de mémoire, créée en septembre 2007. Cette initiative commune de l’Eglise polonaise et allemande doit servir à la promotion du travail de réconciliation entre les catholiques des deux pays. JB
(*) Karl-Joseph Hummel, Christoph Kösters (Hrsg.), «Zwangsarbeit und katholische Kirche 1939 bis 1945», Verlag Ferdinand Schöningh, Paderborn 2008, 703 pages, 48 Euro. (apic/kna/com/be)




